14.4 * JAMES * CHEZ MOI, C'EST L'ARCTIQUE

13 minutes de lecture

CHAPITRE 14.4

CHEZ MOI, C'EST L'ARCTIQUE


* *

*


J.L.C

30.10.22

05 : 20


♪♫ KEEP YOUR HEART — TV ON THE RADIO ♪♫



Ses mots me pètent à la gueule. Un uppercut direct dans le buffet. Plus d’air. Plus rien. Magnifique obus au napalm direct dans ma désillusion. Vide brut dans mes tripes. Putain, que… QUOI ? Sérieux ? Bleedin’ bawbag, fookin’ eejit, gob full o’ shite that’d be better used tae wipe me arse, for plungin’ yer rotten cock in her! Bloody bastard scum o’ me balls![1]

Bah oui. Forcément. Elle, plus lui, plié d’avance. Et je lui réponds quoi, au juste : « Fais pas ton malin, trouduc, parce que ce soir t’auras ni Vi ni Leslie, alors que moi, la première me supplie de la prendre et la seconde a pris sa réservation ! » Bollocks ![2]

Tout mon corps s’embrase version incendie criminel, pire qu'une raffinerie qui saute. Dent contre dent, poings en proue, mes ongles grignotent ma chair. Mon coude frémit, prêt à fracturer. La violence cogne déjà à mes os, impatiente, familière. Un seul geste, un seul, et j’ouvre un atelier sculpture sur visage.

Sale tronche → Comptoir → Nez pété → Bain de sang → 18 → 17, aussi. Détour par la case menottes et commissariat. La bobine défile dans ma tête à cent deux à l’heure. Je vais lui–

Stop !

Douche cryogénique. Comme si quelqu’un m’arrachait la prise électrique en plein court-circuit, coupant net le jus de ma rage en plein élan.

Pour qui tu te prends ? C’est TOI le lâche. TOI, le disparu. Le traître silencieux. TU l’as quittée. TU l’as désertée, trompée. TU lui as tourné le dos, choisi la poudre, la fuite, le néant, l’amnésie. De quel droit tu t’indignes qu’elle ait trouvé quelqu’un d’autre à aimer, hein ? Toi qui as dévoyé ton regard pour le planter partout sauf dans le sien. Et maintenant quoi ? Tu voudrais jouer les écorchés vifs ? Parader en victime ? Foutaises. Les secondes où ses doutes l’ont rongée, les nuits où elle s’est sentie délaissée, les bouffées de rancune, les spasmes de désespoir, les morsures de frustration, l’incompréhension, tout le ressentiment qu’elle a dû digéré, tout, absolument tout, porte ta signature. Ton vide. Ta décision de merde. Même si ce charognard se délecte, même si son sourire me crible de décharges, j’ai zéro légitimité, aucune prérogative, ni l’ombre d’une quelconque autorité morale. Chacun se coltine ses balafres, ses écarts de conduite, ses liaisons révolus. Victoria traîne les siennes. Moi, les miennes. Ni mes coups ni ma fureur ne cracheront le passé hors de nos corps.

Avalée par une crue de remords, ma colère se dissout à la vitesse d’une étincelle noyée sous la flotte. Chaque battement de cœur forge mon sentiment de honte totale et de culpabilité en acier trempé. Elle a rien fait de mal. Tout est de ma poche. Ils ont niqué ensemble ? Mon intuition hargneuse avait flairé la piste. Quand exactement ? Ou depuis combien de temps ? C'est du réchauffé ? Un trouc récent ? Avant moi… ou après ? Quelle importance. J’ai fait pire. Bien pire… Lui, en revanche…

— Salis son nom encore une fois et je t’enterre, feulè-je.

Sec. Simple. Suffisamment salé pour qu’il percute, même à distance, que je ne plaisante pas et que mon calme, arraché in extremis, ne tient qu’à un grognement sourd dans l’ombre, prêt à déchirer le statu quo.

À peine Mati ébauche-t-il un haussement de sourcils que Victoria surgit comme un rayon de soleil. Radieuse. Guillerette. Ses phalanges caressent furtivement les miennes, légères, badines, et son visage s’illumine lorsqu’elle me flanque un regard enflammé. Cette ombre de message clandestin emboutit mes décodeurs neuronaux et me désarçonne sur-le-champ. Putain, ça, là… ce… ce braquage en plein cœur, ce claquage d’âme, ça signifie : « je te veux ». Zéro doute. Pas de foutu doute. Bugger me ! Ce yoyo infernal me ponce les nerfs !

Malheureusement… tout de suite après, elle enroule ses bras autour du salopard prétentieux. C’est bref, oui, mais réel, brûlant, dévastateur, impossible à ignorer. Infime en durée, genre poussière de temps, vraiment, vraiment, vraiment gigantesque en violence. Tous mes atomes se déconnectent d’un coup en mode Armagedon moléculaire. Black-out.

Triple merde ! Les voir enlacés, ça me… putain, ça me… Je… C’est au-dessus de mes forces ! Tout se brouille, tout par à la flotte… Je… je peux pas. Faut que je… Il me faut une dose, bordel ! Non, surtout, surtout pas ! J’ai tenu bon. Je remonte. Je lutte. Vingt-quatre jours… vingt-quatre jours à crever sans céder ! J’ai pas le droit. J’ai besoin d’oxygène, d’évasion, d’exil immédiat !

J’entends vaguement Victoria chantonner des remerciements. Pure, lumineuse, insouciante. Comme si ce crevard ne venait pas de meuler mes couilles et elle, mon cœur.

— Je serai toujours là pour toi, balance l’enflure, chaque syllabe un coup de bélier sur ma cervelle.

Boum. La mèche touche la poudre. Finito. Je marmonne un « je vous attends dehors » aussi froid qu’un carrelage de chiottes en plein décembre et, sans un regard en arrière, détale vers la sortie pied au plancher.

En dix secondes, je me retrouve à l’air libre. Mes pas éclatent en échos étouffés sur le bitume mouillé à mesure que je m’isole de l’antre où tout est parti en vrille. Quelques mètres plus loin, campé au bord du trottoir, sous un platane dont les branches griffent le ciel nocturne, je m’écroule debout, raide, cabossé, encastré au décor de mon amertume. Le vent me mord l’épiderme, me pousse à me barricader dans ma veste avec brusquerie, vestige de colère pas tout à fait crevée.

Les lumières palotes de la ville dérivent dans la brume, fantômes de réverbères. Cette semi-obscurité humide me plonge dans un silence bienvenu, bien qu’un souffle de musique s’échappe encore du club, rappel grinçant de ma débandade. L’air s’engouffre, fait bruisser les feuilles mortes au sol et celles perchées au-dessus de ma tête. Je tends l’oreille : le flot atténué de la Garonne, pas de circulation pour le troubler, des voix bafouillantes ponctuées de quelques rires.

Victoria jaillit en trombe entre les oliviers qui verdissent l’entrée, le regard sismographique, scrutant les environs façon girouette. Elle me repère et accourt vers moi, petite silhouette blanche fendant la pénombre. Traits tirés, sourcils froncés, lèvres pincées, elle trottine et s’emmitoufle dans ses bras. Elle se caille ? Tu m’étonnes. La princesse frigorifiée cherche l’ours polaire. Charmant tableau…

Viens pas par ici, Vi… Chez-moi, c’est l’Arctique…

— James ? Tout va bien ?

Réplique-fouet :

— Si tout le monde est Okay, on décolle.

Victoria cale. À deux mètres, elle freine sa foulée, recule presque. Un panneau STOP lui aurait pas mouché le nez plus brutalement. Logique, mon animosité l’a cueillie en pleine face. Foutue bile ! La bouche entrouverte, elle flotte sur place, lorgne derrière elle, avant de revenir sur ma pomme, visiblement paumée. Finalement, elle balbutie, un peu confuse :

— Euh… d’accord… très bien… je… oui, tout le monde est là, je crois…

Mon attention se déporte vers le porche du club : la meute de ses proches déboule. Victoria rejoint sa cousine, récupère son perfecto et une écharpe prince de Galles. Je détourne le regard au moment où elle s'enfourne dans sa veste, et j'avance vers la bagnole, garée quelques rues plus loin.

Derrière moi, la troupe me colle au train : les talons des filles tambourinent les dalles, des messes-basses s’échappent par bribes, mais je cherche pas à les écouter. Focus sur mes foulées, sur le froid qui me poivre la tronche, l’air qui gonfle mes poumons, le rythme à mâter de ma cage.

Courir… Si ça ne tenait qu’à moi, je rentrerais, me désaperais, me rechausserais et ressortirais aussitôt me faire un parcours. Des tractions jusqu’à sentir mes épaules se déboîter. Des dips sur des barres glacées, bras en fusion, articulations qui craquent, paumes cisaillées. Tout le jus sur l’épuisement musculaire : le reste peut crever en file d'attente.

Quand je serre les dents, quand je fixe un cap, le monde disparaît, réduit au compte de mes répétitions. 1. 2. 3. 4. Bondir, grimper, retomber, recommencer. 5. 6. 7. 8. Et ça continue. Par 4. Par -4. Par overdose de sueur et paquets de cent. Les agrès me redressent, me forcent à la rigidité, à l’alignement parfait, à une ténacité automatique. Je transforme les obstacles en une boucle hypnotique et impitoyablement lessivante. Du cambouis humains. Des toxines. De l’adrénaline. De la douleur surtout. Pour que mes tendons fléchissent. Pour que ma psyché se décharge. Pour que la dépendance recule d'un barreau. L’exercice m’éduque une discipline, sculpte ma maitrise, ma carrure. Celle que Victoria reluque sans mégoter son plaisir. Sans savoir que la saturation, l’abrutissement, l’anesthésie par l’effort remplace mon manque, équilibre mes envies. De came. D'orgasmes. De silence éternel.

Il existe un autre… ressort, une horloge plus intime, une… mécanique des corps, quelque chose auquel j’ai goûté l’été dernier. Un talon d’Achille doux, irrésistible. Or, c’est là que le bât blesse… Je ne peux pas faire de Victoria un réceptacle pour mes tares aussi tentante soit la perdition promise par la chaleur de sa peau et la friction de ses courbes contre les miennes… Je rêve de vrai sexe, celui qui te décape l'âme jusqu'au sourire. Celui qui te rend l'innocence entre deux soupirs. Celui qui aligne deux architectures en une résonance unique. Celui qui balaye la mort par l'instinct de suite, qui réveille le créateur sous le jouisseur. Pas d’une soupape. Pas d’un antidote…

En contournant la caisse pour me glisser côté conducteur, je jette une sonde en arrière. Victoria m’épie de biais et ses traits sont… délavés. Je fuis sa déconfiture, trop conscient de ma propre fissure, puis déverrouille les portières. Lauriane grimpe la première, grelottante. Ses dents tintent sur le même tempo discret que mes martèlements sur la tôle. Camille ricoche un rire puis la chambre gentiment, tout en poussant sa copine à investir la place du milieu. Après un bref signe de menton vers Victoria, il s’engouffre à son tour à l’arrière. Copilote, elle sera, donc.

Dernière passagère à pénétrer dans l’habitacle, elle laisse derrière elle le souffle frais de la nuit. Je lui emboîte le pas, sentant tout de suite la dissonance entre mon gabarit et celui de Yelly. Chaque élément me renvoie mon volume : assise, dossier, appuie-tête, ceinture. Normal, l’Audi de ma jumelle a rarement eu la malchance de m’accueillir au volant. Même Antoine ne le conduit quasiment jamais, ce SUV.

Pendant que je réaccorde les rétros et vérifie les angles, j’invite Camille à entrer son adresse dans Waze.

Victoria saisit la balle au bond et me répond d’un aplomb tranquille :

— Pas la peine, je te guide.

Me guider vers où, au juste ? Droit dans un ravintapissé de cailloux de désespoir ?

Face à mon mutisme, un petit sourire prudent effleure la commissure de sa bouche. Sa voix se fragilise quand elle bredouille :

— Enfin, si tu es d’accord, et… je…

Front accordéon, sa phrase s’évanouit sur ses lèvres, à présent sous la tyrannie de ses dents. Soupir. Et voilà qu’elle détache sa ceinture. Qu’est-ce qu’elle… ?

— Camille, passe devant, lance-t-elle à son pote, doigts sur la portière.

— Raconte pas n’imp, Vicky. On est bons.

— Non, t’es sobre, moi pas. Alors, autant éviter que je nous ramène à Pétaouchnok.

Une bourrasque vive envahit l’espace confiné, me tirant un frisson.

Putain… Arrête de faire ton boudeur à la con ! Secoue-toi les noix ! Cause. Dérouille tes zygomatiques, histoire de pas te faire estampiller « relou de service ».

— Pour… euh, comment tu dis ? — Pta-ouch-noc ? — je sais pas, mais Pech David, je te fais confiance pour pas finir en rase campagne, tentè-je, cavalier.

Je parle, je parle… mais est-ce que j’ai vraiment l’air naturel ? Non. Mes yeux croisent les siens tandis que je tourne le compteur et embraye. L’Audi vrombit. Victoria cligne des cils.

— Ferme plutôt cette portière et allume le chauffage. T’as l’air congelée, ajoutè-je, en essayant d’infuser un peu de chaleur dans mon timbre.

Elle… obtempère sans un mot, affiche un maigre sourire. Je le vois, le devine : ce sourire s’éteint à la lisière de ses prunelles dorées. Rien ne lui échappe, rien ne lui échappera jamais. Avec cette meuf, je deviens transparent, pathétique et condamné à le rester. Mon cœur loupe une mesure, désarticulé par un éclair de panique et un soufflet d’impuissance. Un filet glacé se minéralise sur ma nuque, y traçant son sillon de malaise. Nom de Dieu, par quel miracle vais-je pouvoir arracher mes aveux à ma gorge sans m’écrouler sous leur poids et l’entraîner plus bas que terre ? Crap

Ponctué par ses consignes spartiates, mais carrées, le trajet se fait dans un silence relatif. À l’avant, du moins. Derrière, ça mouline encore à mi-voix, de la pluie et du beau temps. Je grappille quelques échantillons partiels : l’Aude à rallier dans l’après-midi ; la tribu de Victoria en conclave pour la Toussaint ; une histoire de gerbe à récupérer — glamour, jusqu’à capter qu’il s’agit de fleurs et non de vomito ; un spoiler sur une série dont Isla m’a rabâché les oreilles la semaine dernière ; un débat pro ou anti cannelle dans le banana bread ; et même des vannes à propos du canon à neurones mous avec qui Lauriane n’a finalement pas conclu. Comme je disais : tout et n’importe quoi.

Vi ne participe qu’à moitié, murée dans une passivité distraite — gueule de bois ou blues ? — répondant la plupart du temps par des monosyllabes. Son buste s'incline sensiblement vers mon côté, preuve qu'elle est pas totalement fermée, et des œillades brûlantes viennent m'électriser par rafales sporadiques, poussée par un vice conscient ou un automatisme de prédatrice, j'en sais foutre rien. N'empêche, je vais finir par me pétrifier sur mon siège si elle continue son manège de Méduse.

Une bonne vingtaine de minutes plus tard, les pneus crissent devant un portail sombre flanqué de deux tourelles en brique foraine. Le chez-eux de l’heureux couple à l’arrière. Babillage de circonstance, remerciements chaleureux, bises qui claquent, mains agitées en l’air et ultimes recommandations, de la plus polie à la plus salace. Surpris, je tique en voyant Lauriane descendre de voiture. Elle habite là, elle aussi ? En vrai, je me tâte à poser la question, mais… non, je me contente de redémarrer en silence.

On avale à nouveau les kilomètres en sens inverse. Angles, arbres, façades… aucune familiarité n'érafle le voile de cette ville nocturne. À cette heure bientôt matinale, les artères sont désertes, les ruelles encore plus. Nuit noire à l’extérieur, inertie troublante à l’intérieur. Dans l’habitacle, le moteur ronronnant, les quelques froissements de tissus par intermittence quand elle bouge ou que je m'acharne sur le levier, la monotonie des directives routières en mode conférence PowerPoint sur l’art de tourner à droite, rien n’égaye l’ambiance polaire qui pèse entre nous. Et comme toujours lorsque je conduis, mon appréhension lancinante à imaginer le dénouement tragique à la dernière intersection…

Alors je me lance dans des conjectures mentales…

Une question me tracasse : qu’est-ce que Victoria a chiné de ma conversation avec Isla ? Ma sœur n’y est pas allée avec le dos de la cuillère. Elle doit vraiment arrêter de fourrer son nez partout. Oui, je me détruis de l’intérieur. Oui, je suis bel et bien sur une corde raide. Mais, ma trouille la plus profonde reste d’engloutir avec moi une femme qui n’a rien demandé et qui raquera forcément de mes conneries.

'Victoria a capté l’ampleur de la catastrophe sur pattes que je suis ? Elle a entendu, comme moi j’ai perçu, la détresse que mon instabilité inflige à mon entourage ? Antoine m’a débité une liste colossale de vérités amères qui me scient toujours la gorge : Isla en bave et endure autant qu’elle s’escrime à me soutenir. Coincé entre respect et honte pour ce que ma jumelle encaisse par ma faute, mon cœur se ratatine façon canette écrasée dans mon poing, toute pression retenue se tordant contre mes côtes. Mes paumes me picotent soudain et une sueur froide escalade ma colonne.

Ce jour-là, y a deux semaines, j’ai eu beau lui seriner que je faisais que prendre l’air, mater le roulis des lames, écouter le ressac, parasiter le vacarme crânien, Isla m’a pas cru. À sa place, moi non plus, jaurais pas mis un centime sur ma parole de toxico. D’autant plus que j’étais planté sur un promontoire à pic, avec la flotte qui s'aplatissait des dizaines de mètres plus bas. N’empêche, c’était pas du cinéma : l’horizon s’étendait à l'infini, le soleil tremblotait sur les crêtes des vagues, les goélands traçaient des figures dans le ciel, mais chaque salve d’écume, chaque clameur salée, chaque bouffée d’embruns ramenait le rire, le parfum, la lumière des yeux de Victoria. Je n’aurais pas sauté…

Mon focus se perd un instant sur le bas-côté, l’esprit encore suspendu à ces images de mer et de lumière, quand ma passagère rompt ma dérive mentale.

— Après le feu, va tout droit.

Je la scrute à la dérobée.

But… y a un sens interdit.

— Je sais. Travaux en cours, rue bloquée, pas moyen de contourner.

— C’est une ruelle. Si un type arrive en face ?

— L’un de vous fera marche arrière. Rien de sorcier.

Tirée à grand-peine de sa torpeur, sa voix flotte, distante, un poil fade, fatiguée, un brin cinglante aussi. Je l'agace, apparamment. Je m'agace moi-même surtout…

Son quartier est nichée en plein centre, à deux pas du Grand-Rond, enclavé entre le canal du Midi, le Port Saint-Sauveur et le Jardin des Plantes. Un coin sympa, plus confidentiel qu’urbain. Je m’engage donc à contresens et ne tarde pas à découvrir les engins de chantier endormis à cheval sur les trottoirs. Victoria farfouille déjà dans son sac pour en sortir son trousseau, un bric-à-brac de grigris cliquetant. Ce truc doit peser l'équivalent d'un lingot.

Arrivé devant le muret qui ceinture sa résidence, j'avise une brèche de goudron quelques mètres plus loin. Me voyant dépasser l’entrée, elle m’arrête net :

— Attends ! Recule, t’as loupé le portail. Pas besoin de laisser la voiture dans la rue, ma voisine est absente, elle m’en voudra pas de squatter son emplacement.

Ma carcasse se fige, main crispée sur la boîte de vitesse, le cœur en étau. Je me racle la gorge, mal à l'aise.

— En fait, je… je vais pas rester.


[1]  Enfoiré de mes deux, putain de raclure, avec ta bouche pleine de merde qui serait plus utile à me torcher le cul pour avoir enfoncé ta foutue queue pourrie en elle ! Bâtard de merde, saloperie de mes couilles !

[2] Putain de merde

[1]

[1]

Annotations

Vous aimez lire D. D. Melo ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0