L'Éclat et le Souffle
Il bouillonnait au fond de son cratère, une prison de roche qui l’étouffait. Le vent, ce messager cruel, lui apportait parfois le parfum de la montagne d'en face : une odeur de neige pure, de silence et de cristal. Elle était là, si proche dans son immobilité bleutée et pourtant à des siècles de distance thermique.
Il savait que s’il débordait, il deviendrait un monstre de scorie noire, un linceul de cendres qui étoufferait la pureté de son aimée. Il ne voulait pas la conquérir, il voulait être vu.
Alors, il ne choisit pas la coulée. Il choisit l'explosion.
Dans un rugissement qui déchira les entrailles de la terre, il rassembla toute sa fureur incandescente et se projeta vers le ciel. Il ne cherchait pas à atteindre le sommet d'en face, il cherchait la verticale.
Pendant quelques secondes, il fut une colonne de feu pur, s’élevant au-dessus des nuages. À cet instant précis, au sommet de sa trajectoire, Il admirait enfin le visage du glacier, chaque crevasse, chaque reflet de diamant dans la glace.
Le but de son existence étant atteint, alors il laissa le froid de l'altitude saisir son élan. La lave retomba en pluie de pierres et de cendres. Le silence revint, plus lourd qu'avant.
Elle, de son côté, vit l'obscurité de la nuit se déchirer devant cette déclaration incendiaire.
Elle avait reçu cette gifle de lumière en plein cœur, et pour la première fois de son existence, elle ne se sentit plus sereine, mais prisonnière de sa propre froideur. Ce pilier de feu qui venait de s’embraser pour elle l'avait marquée à jamais.
Alors dans un craquement sourd qui fit trembler la vallée, elle décida de répondre.
Elle ne pouvait pas s'élever, alors elle choisit de se briser.
Elle contracta ses entrailles gelées, jusqu'à ce qu'une immense crête de glace se détache de son flanc. Ce n'était pas une simple avalanche, c'était une sculpture de désespoir. En tombant dans l'abîme qui les séparait, les blocs de glace s'entrechoquèrent avec une telle violence qu'ils se pulvérisèrent en une poussière de diamant fine, presque immatérielle.
Le vent de la montagne s'empara de cette poudre. Pendant un instant suspendu, la vallée fut remplie d'un nuage de paillettes de givre qui scintillèrent sous la lune, exactement à l'endroit où, quelques secondes plus tôt, l’écume de feu s’est éteinte.
C'était sa façon à elle de le rejoindre dans l'air, là où ils ne pouvaient ni se détruire, ni se toucher. Elle se transformait en brume pour caresser les cendres qu'il venait de répandre.
Elle acceptait de perdre sa forme éternelle pour devenir un simple souffle froid sur son flanc encore brulant.
Et c’est peut-être cela, l’amour impossible : désirer ce qui nous détruit et appeler cela la vie.

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