Retrouvailles

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« Dry your eye,

Soulmate dry your eye

‘Cause soulmates never die »

Comme si on l’avait tiré d’un long sommeil, Nathanaël ouvrit les yeux. Nauséeux, la tête lourde, il trouva néanmoins la force de regarder autour de lui. Il se situait dans un petit salon joliment décoré, mais dont les murs portaient de nombreuses taches de rouge. Il se rassit avec difficulté et continua de scruter les alentours. Des coupes renversées, des fauteuils arrachés, une assiette cassée et des macarons émiettés jonchaient le sol de la pièce. Une bagarre avait dû se dérouler ici un peu plus tôt.

Il se regarda lui-même et constata qu’il portait une tenue de docteur peste. Il ne se rappelait pas avoir enfilé ce genre de déguisement. De quoi se rappelait-il d’ailleurs ? De pas grand-chose : il se rendait au travail quand un éclair s’était abattu sur lui. Aveuglé, il s’agenouilla pour tenter de se protéger de la lumière et ce fut à ce moment qu’on lui couvrit le visage avec un sac avant de l’assommer. Depuis cet incident c’était le trou noir. Rien. Il ne se souvenait de rien. Comme si sa conscience avait été endormie pendant un temps indéterminé. Il se força tout de même, en vain. Il secoua la tête et décida de repérer des éléments en jaugeant l’endroit dans lequel il s’était réveillé. À côté de lui, une jeune femme gisait, inconsciente. Allongée sur le ventre, élégamment habillée pour un bal d’halloween, le visage caché par ses longs cheveux noirs, la jeune fille tenait fermement un objet dans ses deux mains. Un long sceptre qui scintillait. Alors qu’il l’observait en silence, dans ses veines, son sang s’anima. Une chaleur envahit sa chair jusqu’à faire monter sa température et provoquer de minuscules tremblements. En sus de cela, son cœur s’emballa, des perles de sueur coulèrent le long de son dos, son souffle se raccourcit. Incapable de contrôler la puissance de ce mystérieux lien surnaturel, il en déduisit qu’il s’agissait d’un ange. Et pas n’importe lequel, un ange supérieur. Or, à ce jour, le seul ange capable de produire un tel effet sur lui ne pouvait qu’être Aelina.

Lorsqu’il comprit, il se précipita à son chevet pour l’examiner. Il la retourna pour la mettre sur le dos, vérifia si elle portait des traces de coups ou de violence et si elle respirait encore. Il fut soulagé lorsqu’il entendit un léger son régulier émaner de sa bouche. Il la contempla un moment. Elle portait encore le masque de loup, à présent déformé et de travers, qu’elle avait sans doute dû revêtir pour la soirée. Malgré sa timidité, il prit l’initiative de lui retirer le masque afin de lui apporter un peu plus de confort pendant son sommeil. Précautionneusement, il dénoua le fil de dentelle noir et fit glisser le masque en chassant les mèches folles qui s’étaient emmêlés dans le cordon. D’un geste doux, il replaça ses cheveux derrière ses oreilles et se surprit à caresser la chevelure soyeuse de la jeune femme, à rougir au simple contact de sa main sur sa peau veloutée quand il redescendit vers son visage, à haleter quand il atteignit son cou.

Et l’instant volé se brisa en mille éclats quand Aelina remua légèrement. Il retira précipitamment sa main, toutefois celle d’Aelina la retint. Elle ouvrit les yeux et le fixa, l’esprit encore embué. Lorsqu’elle le reconnut, elle se releva rapidement. À genoux, le buste légèrement penché vers lui, elle passa ses mains sur son visage pour vérifier son état. L’avait-on blessé ? L’ensorcèlement avait-il réellement disparu ? Elle étudia la moindre parcelle de son visage en une douce caresse, geste qui le fit légèrement tressaillir, et l’obligea à initier un mouvement de recul pour calmer son cœur qui s’affolait. Un air aussi inquiet qu’interrogateur s’afficha sur le visage d’Aelina. Soucieuse de ne pas perturber encore plus Nathanaël, elle se ravisa, posa ses mains sur ses genoux, avant de demander, la voix légèrement enrouée :

  • Tu…tu vas bien ?

Il hocha la tête en une réponse positive. Un sourire éclaira le visage de la créature céleste qui se tenait devant lui, cette créature qui possédait son cœur et son âme. Il n’avait plus aucun doute à présent, il s’agissait bien d’elle. De celle qu’il avait tant cherchée. Cette enchanteresse qui s’était insinuée dans son cœur et qui ne l’avait jamais plus quitté depuis cette fameuse nuit de bal. Et coïncidence ou non, s’il en jugeait par la tenue qu’elle portait, il l’avait retrouvée dans un endroit qui semblait avoir accueilli un bal. Son cœur ne cessait de battre la chamade au point que ça en devenait douloureux et il rassembla le peu de raison qu’il lui restait pour lui demander :

  • Que s’est-il passé, ici ?

Aelina le jaugea du regard. Une multitude d’émotions passa dans celui-ci sans que Nathanaël sût sur laquelle s’arrêter. Elle finit par répondre à sa demande :

  • Evidemment tu ne te souviens de rien… Le sort était vraiment puissant.
  • Je me souviens d’avoir pris la route pour aller travailler, puis d’un éclair aveuglant et d’un coup sur la tête. Après plus rien, jusqu’à maintenant. Pourquoi sommes-nous ici ? Pourquoi es-tu seule et c’est quoi cette odeur de sang ?

Aelina sourit timidement. Elle inspira avant d’enfin lui révéler la vérité :

  • En fait, tu as été enlevé. On t’a amené ici, puis Uriel t’a ensorcelé pour faire de toi son esclave. Lorsque j’ai tenté de te délivrer avec le sceptre, il l’a su et t’a laissé à la merci de ses démons pour me faire payer mon affront. Ensuite, je ne me rappelle plus clairement, mais je suis entrée dans une rage folle, je me suis battue contre ces démons, puis le sceptre s’est mis à scintiller et là ils ont tous disparu. J’étais tellement à bout de force que je me suis évanouie.

Nathanaël resta coi. Les yeux perdus dans les méandres de son esprit qui tentait de tout remettre dans l’ordre, de combler le trou béant de sa mémoire, il analysa chacune des paroles de la portraitiste. Elle l’avait donc sauvé ? Toute seule ? Ce bébé ange ? Sa première réaction fut une explosion de colère, entremêlée à une profonde inquiétude qu’il ne tarda pas à manifester :

  • Tu t’es jetée dans la gueule du loup, toute seule ? Pour me sauver ? Non, mais tu es folle ! Tu te rends compte du risque que tu as pris ? Aelina, maintenant qu’ils savent qui tu es, ils vont te traquer sans relâche ! Ils sont prêts à tout pour te mettre la main dessus, pourquoi as-tu fait quelque chose d’aussi insensé ?
  • Je n’avais pas le choix, personne ne savait où te trouver. Je me suis inquiétée toute la journée car je ne te voyais pas arriver alors que tu ne rates jamais une réunion d’enquête. J’ai même demandé aux autres qui m’ont dit que parfois tu disparaissais pendant plusieurs jours et que tu finissais toujours par revenir et puis il y avait cette chose… ce lien qui s’affolait. Il agissait comme une alarme et du coup tout en moi me disait que tu étais en danger. Le soir venu, j’ai aussi vu un éclair comme toi et à la place d’une personne j’ai reçu une invitation m’indiquant de venir ici seule si je voulais te revoir vivant. J’étais tellement inquiète pour toi, que j’ai décidé de venir affronter cet ange… enfin ce déchu. Il avait promis de me révéler mon identité, de m’en apprendre plus sur mon passé, mais…

Alors comme ça, elle s’inquiétait pour lui ? Elle avait risqué sa vie juste pour lui ? Il n’en revenait pas. Il avait été sa seule préoccupation. C’était un comble ! Lui qui désirait la protéger venait d’être protégé. Cette situation le rendit encore plus amoureux d’elle. Il avait l’impression que son cœur allait exploser, pourtant il devait encore se contenir. Il ne lui avait pas encore avoué, et ne savait comment s’y prendre. Il en venait même à se demander si se déclarer autrement qu’avec des mots creux, vides de sens, bien souvent source de maux, n’était pas une meilleure solution. Selon lui, selon son éthique et ses valeurs, les gestes valaient bien plus que les paroles.

Qui plus est, au fond de lui-même, il éprouvait l’irrépressible envie d’aller à son contact. Il souhaitait tant la découvrir, la goûter qu’il se sentait prêt à brûler toutes les étapes pour lui montrer la profondeur de son amour pour elle et ô combien il l’avait attendue. La légende contait que les flammes jumelles se retrouvaient dans chacune de leur réincarnation et il en était la preuve même. Depuis le jour de leur rencontre, son âme s’était éveillée et il savait pertinemment qu’il aimait cette personne depuis la nuit des temps. Alors comment résister encore ? Cela relevait de l’impossible.

Perdu dans le dédale de ses émotions, il ne cessait de lutter entre la voix de la raison et celle de son cœur. Pourtant, il espérait tellement qu’elle le regarde autrement que comme le coureur de jupons qu’elle pensait qu’il était ; qu’elle le voit comme un petit ami, un amant, un conjoint et tant d’autres surnoms qu’il aimerait qu’elle lui donne. Elle. Elle seule. Uniquement elle. Juste elle. Le reste, surtout les autres, lui importait peu.

Il finit par relever les yeux pour affronter son regard. Oui, elle le mettait dans un tel état qu’il craignait de la confronter, de perdre le combat de patience qu’il s’était obligé à mener jusqu’à présent. Cette lutte contre ses désirs les plus profonds, les plus secrets, les plus charnels.

Lorsqu’ il la regarda enfin, Aelina ne put s’empêcher d’à nouveau parcourir la totalité de son visage avec ses mains. Elle avait tellement craint pour sa vie, qu’elle ne savait même pas comment elle aurait pu réagir autrement. Sur le moment, elle n’avait pensé qu’à lui, son cœur n’avait battu que pour lui. Et les mots demeuraient bien faibles pour expliquer clairement la profondeur de cette émotion.

Elle continua ses douces caresses ; cette fois-ci Nathanaël ne recula pas, il avait compris lui aussi. Aelina partageait les mêmes sentiments. Cette seule pensée le fit chavirer. Au diable la patience ! au diable les règles et les dogmes ! A présent il ne restait que lui, elle et leur attirance mutuelle. Son cœur ne l’écoutait plus, sa raison s’était envolée, remplacée par l’intarissable désir de lui appartenir pour toujours.

Le contact de ses mains fraîches sur sa peau échauffée par l’attirance et l’indécence, le poussa à céder. Son esprit se brouilla, son cœur s’affola encore plus si cela s’avérait toujours possible, la sueur qui perlait déjà dans son dos redoubla, ses tremblements s’accentuèrent, un rouge incandescent vint teinter ses joues, sa respiration se raccourcit rendant son souffle plus chaud. Il sut alors qu’il ne pourrait plus reculer, qu’il ne voulait plus attendre. D’un geste empli d’une infinie douceur, il posa ses grandes mains sur les siennes, plus petites, pour les maintenir en place, se colla à elle et fondit chastement sur ses lèvres.

D’abord timide, surtout surprise, Aelina ouvrit grand les yeux et resta immobile, incapable d’initier le moindre mouvement. Gêné, il se détacha d’elle. Caché derrière ses mèches, le souffle court, les lèvres gorgées de rouge, il la fixait ardemment. Sans un mot, sans un bruit, les joues rosies par l’instant sensuel qu’il venait de lui proposer, il attendait. Un temps. Deux temps. Sa pression sanguine commençait à redescendre, la déception s’insinuait tout doucement en lui.

Cependant, Aelina choisit ce moment pour faire sauter sa dernière barrière, puis initia le deuxième assaut. Plus intense, elle l’embrassa à pleine bouche. Comme un animal assoiffé qui boit l’eau d’une fontaine, elle s’abreuva de son désir, de son amour qu’il venait de lui offrir sur un plateau d’argent. Fougueuse, elle embrassa le premier coin de sa bouche et allait se détacher quand Nathanaël rattrapa son visage et reprit là où elle s’était arrêtée. Une fois sur le coin. Une fois sur l’autre. Au milieu. Doucement. Lentement. Profondément. Intensément. Ardemment. Avidement. Dans ses baisers, il mit toute la puissance de sa passion. Mains sur son visage, il la retint et continua de l’embrasser. Il glissa vers ses joues, y déposa une pluie de bisous qui lui arrachèrent une vague de frissons. Vibrant de désir, il continua vers son cou, remonta vers ses joues pour terminer sur ses lèvres. Sous les assauts langoureux de son partenaire Aelina sombrait de plus en plus dans les affres du désir.

Son visage arborait à présent la même teinte que celui de Nathanaël ; ses lèvres habituellement rosées avaient viré à l’écarlate ; dans ses iris, un éclat incandescent brillait, comme lui, elle haletait.

Incapable de s’arrêter, le jeune homme fit couler ses mains vers les épaules de la jeune femme, puis les logea dans son dos en une étreinte timide. Il nourrissait le dessein de la sentir plus proche que jamais, de réduire au maximum cette distance qui l’avait longtemps frustré et de lui montrer ô combien il la désirait.

Dans cette pièce désordonnée, vestiges d’une rude bataille, assombrie par la violence des moments passés, un nouvel éclat vint chasser la mauvaise ambiance. Un amour survenu des temps passés ; un symbole de renouveau et d’espoir, surgit des profondeurs abyssales. Un destin s’accomplissait.

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