23 – Épilogue
La joie éclatait partout. Les rues vibraient de rires, de cris, de retrouvailles. La vie reprenait son cours, inexorablement, jusqu’à la fin.
D’abord chaotique, comme une foule qui se cherche, elle s’organisait peu à peu, retrouvant ses rythmes, ses gestes, ses repères. Mais une interrogation demeurait, suspendue comme une ombre : pourquoi ne sont ils pas tous revenus ?
À l’évidence, tous ceux qui avaient participé au plan Mnémosyne manquaient encore. Leurs silhouettes absentes rappelaient que la victoire n’était pas totale, que l’histoire restait inachevée.
Lilia, le regard tourné vers l’horizon, comprit que sa mission avait changé. Elle devait transformer la vision des hommes : leur rappeler que la vie est ce qu’il y a de plus précieux sur Terre.
La planète, elle aussi, portait ses cicatrices. Sale, malade, épuisée, son souffle était court. Même son esprit semblait atteint, comme si la Terre elle-même avait besoin d’être soignée.
Il faudrait des sacrifices. Ne pas retomber dans les travers anciens. Réapprendre la mesure, la solidarité, la patience.
Lilia savait que ce poids reposait désormais sur ses épaules. Convaincre l’humanité. Réveiller les consciences. Faire de la renaissance un véritable recommencement.
Elle inspira profondément, et dans le tumulte des voix, elle murmura :
— La vie est notre seule richesse. Ne l’oublions jamais.
— Tu as raison… Lui répondit la Mémoire.
La prise en compte de nos décisions est difficile à appréhender. L’humanité doit apprendre à contrôler sa destinée.
Et désormais, Lilia est la gardienne de la Mémoire.
Cette nuit‑là, Lilia rêva.
Elle marchait sur la Terre, un faisceau de lumière douce jaillissant de ses mains. Chaque geste effaçait les impuretés : les fumées s’évaporaient, les déchets se dissolvaient, les cicatrices laissées par les hommes se refermaient. Les océans retrouvaient leur transparence, les forêts, leur densité, les montagnes, leur éclat.
Alors, comme par miracle, des formes de vie surgirent.
Des oiseaux aux plumages oubliés traversaient le ciel, des félins aux regards anciens s’avançaient dans les clairières, des fleurs disparues depuis des siècles s’ouvraient à nouveau sous le soleil. Les rivières chantaient, les océans retrouvaient leur beauté, les vents portaient des parfums oubliés. La planète renaissait, et dans ce rêve, Lilia comprit que rien n’était jamais définitivement perdu.
Elle se tenait au milieu de cette explosion de vie, émerveillée, et une voix résonna en elle :
— Tu es la gardienne. Protège ce monde, il t’appartient désormais de le transmettre.

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