Chapitre 2

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Un matin, le père dit aux enfants de se préparer parce qu’ils allaient se promener en forêt avec lui. Jamais il ne les emmenait en balade. Hänsel se méfia donc et mit dans ses poches plein d’écrous trouvés dans le garage.

Avant de partir, le père examina leur tenue et trouva que les poches de son fils étaient bien déformées. Il en sorti les sacs d’écrou :

- Tu comptais faire quoi avec ça, Hänsel ? Tu as mes mobylettes à réparer dans les bois ? Ou des constructions de Mécano ?

Il était très content de sa blague et la mère se joint à son rire.

- Euh non…

- On va laisser ça ici, ça va te ralentir. Tiens prends plutôt ce bout de pain.

La mère s’était dit qu’il faudrait quand même qu’ils aient un peu à manger. Elle n’aurait pas l’impression qu’ils allaient mourir de faim par sa faute. Au moins, elle leur avait donné du pain…

Ils partirent donc, suivant le père, sans les écrous à semer sur leur chemin. Hänsel de temps en temps détachait un petit bout de pain de la miche et le laissait tomber par terre. À défaut d’écrou, on prend des miettes. Au bout de quelques temps, sa sœur s’aperçut qu’ils étaient suivis par tout un groupe d’étourneaux qui se régalaient du pain.

- Arrête, Hänsel avec ton pain. Ça ne sert à rien, les oiseaux bouffent tout, lui chuchota-t-elle.

- Mince…

- Et garde le, ça nous fera peut-être tenir un peu le temps qu’on trouve de quoi manger

Heureusement que la petite avait remarqué les oiseaux avant que tout le pain y soit passé.

Le père continuait sa progression, vérifiant régulièrement que ses enfants le suivaient. Il n’avait pas vu l’épisode des miettes et de toute façon, il s’en fichait bien. Il ne pensait qu’au moment où, avec la mère, ils partiraient loin, au soleil. Hänsel et Gretel faisaient déjà partie de son passé, de leur passé. Avaient-ils même déjà existé ?

Au bout de quelques heures de marche, jugeant qu’il les avait suffisamment éloignés de la maison et qu’il avait fait assez de changements de direction pour qu’ils soient totalement perdus. Il leur dit :

- Bon, vous devez être fatigués, on fait une sieste.

N’ayant pas d’autre choix que de lui obéir et terrassés aussi par la fatigue, les enfants tombèrent vite dans les bras de Morphée. Le père en profita pour s’éclipser discrètement, abandonnant là les deux marmots profondément endormis.

Il ne pensait qu’à la façon dont ils allaient pouvoir dépenser les gains de l’Euromillions et ne vit pas une branche basse. Il s’y cogna violemment la tête et tomba, inconscient. Il dût certainement être dévoré par des sangliers ou des ours parce qu’il ne reparût jamais chez lui.

La mère, inquiète au début, finit par s’y faire et se dit qu’après-tout, partager tout cet argent en un c’est mieux que partager en deux. Elle n’attendit pas les deux semaines qu’ils s’étaient fixés avec le père, mais au bout de trois jours, elle mit la clé sous la porte et partit, sans se retourner, découvrir le monde avec une valise dans une main, le ticket de loto dans l’autre. À elle la grande vie !

Quand Hänsel et Gretel se réveillèrent, ils étaient blottis dans les bras l’un de l’autre, tous seuls et la nuit commençait à tomber. Ils comprirent rapidement que le père les avait abandonnés, comme il l’avait prévu. Ils se dirent tous les deux qu’il avait dû retrouver la mère et qu’ils étaient bien tranquilles sans leurs enfants, maintenant.

Ils se mirent à pleurer tant et plus et puis à un moment, ils n’eurent plus de larme, tout avait coulé. Ils étaient devenus secs. Leurs cœurs étaient aussi devenus secs. Ils allaient s’en sortir et ils allaient le faire payer au père et à la mère.

Ils décidèrent de se mettre en marche. Cette forêt n’était pas infinie et ils finiraient bien par en sortir. Ils tracèrent tout droit, sans regarder en arrière eux non plus. Ils marchèrent encore et encore. De temps en temps Gretel montait sur les épaules de Hänsel, pour soulager ses jeunes pieds. Ils se nourrissaient des restes du pain, de baies, de noisettes. Ils buvaient l’eau sur les feuilles, dans les ruisseaux, ils dormaient dans des lits de mousse, se tenant chaud mutuellement. Lors de chaque arrêt, Hänsel mimait à nouveau les combats de ses héros, pour la plus grande joie de sa petite sœur. Ils étaient finalement assez heureux durant leur traversée de ces bois.

Au bout de quelques jours, ils entendirent une musique guillerette. Prudemment, ils approchèrent d’une clairière dans laquelle trônait une petite maisonnette. Elle était tellement colorée, on aurait dit du sucre, des couleurs si pétantes, si flashy, on aurait dit la maison de Oui-oui. C’est bien de là que s’élevait cette musique. En tendant mieux l’oreille, le frère et la sœur reconnurent les musiques des publicités de jeux et jouets pour enfant enchaînées. Ils les connaissaient tous les deux par cœur avec toutes les vidéos de placement de produit qu’avait tournées Hänsel. On aurait voulu attirer des enfants qu’on ne s’y serait pas pris autrement.

À pas de loup, ils arrivèrent juste en dessous d’une des petites fenêtres et jetèrent un rapide coup d’œil à l’intérieur : La pièce principale était pleine de tous les jouets qui ne leur étaient passés que très brièvement entre les mains. Tout semblait être là, comme à les attendre. Ils contournèrent lentement la maison et virent que la porte était entrouverte. Il semblait n’y avoir personne à l’intérieur. Oubliant toute prudence, ils pénétrèrent.

Ils y étaient seuls. Ne résistant plus à la tentation, ils se jetèrent sur les jouets, éventrant les cartons et déballant tout. Ils ne s’aperçurent pas qu’une femme s’était glissée par la porte d’entrée et venait de refermer celle-ci avec la clef pendue à son cou. Tout au plaisir d’avoir enfin des jouets pour eux et pas pour en faire la démonstration, ils ne détectèrent sa présence qu’au bout de longues minutes.

- Oh, madame, excusez-nous ! s’écria Hänsel.

Gretel, paniquée se cacha derrière son grand frère.

- Ne vous inquiétez pas les enfants, jouez tout votre saoul. Tout ce qui est là est pour vous.

- Mais… Pourquoi ? demanda le garçon.

- Parce que vous êtes des enfants et que j’aime beaucoup les enfants.

Ils auraient dû se méfier de la lueur gourmande dans son regard quand elle prononça ces mots, pourtant anodins…

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