CHAPITRE 3 : LA SANTIRINE (La Santirine)

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Le boyau était de plus en plus étroit et Lilys dut se contorsionner afin de continuer à s’aventurer toujours plus profondément. Elle aperçut après un moment, une petite lueur et se dirigea vers elle. Lilys n’en crut pas ses yeux ; elle se trouvait face à une créature étrange, en piteux état. Elle avait la peau rouge sang, le visage très émacié, une queue fourchue et des cheveux couleur cendre. La créature passa sa main osseuse dans sa longue chevelure laissant apparaître deux yeux jaunes cruels, qui fixaient la jeune fille sans la moindre émotion.

Lilys comprit qu’elle se trouvait face à la créature de la légende qui se leva avec difficulté. C’était peut-être le côté malingre, mais Lilys eut l’impression que la créature mesurait trois mètres.

Contrairement à la légende, la créature ne montra ni animosité ni violence. Elle fit même preuve d’amabilité envers Lilys ; d’un claquement de doigt elle lui fit apparaître nourriture, vêtements et l’invita à s’asseoir près du feu dont le crépitement résonnait à travers la caverne.

Après s’être restaurée, Lilys commença à s’intéresser à la créature en lui posant bon nombre de questions. Questions qui restaient sans réponse car la créature semblait elle aussi s’intéresser à son invitée et répondait par une autre question. Polie, Lilys lui répondait sans malice et se livrait à quelques confidences sur sa vie et sa famille.

Une fois qu’elle eut appris tout ce qu’elle voulait de Lilys, la créature lui raconta son histoire : elle était autrefois un prince qui fut bannie de son royaume car ses pouvoirs effrayaient son père ; père qui lui avait toujours préféré ses autres enfants. L’absence d’amour paternel résonna dans le cœur de Lilys qui demanda : « Quels pouvoirs ? » - « Je vais te montrer » murmura malicieusement la créature dans un sourire malsain.

La créature l’emmena dans une cavité plus profonde et s’assit en tailleur. D’un geste de main, elle lissa la terre devant elle tout en expliquant à Lilys qu’elle avait le don de voyance. Elle enfonça son index dans le sol et Lilys se vit enfant, jouant avec Pierre. Une période heureuse de sa vie qui, malgré les circonstances actuelles, la fit sourire. Son sourire disparut après que la créature eut enfoncé son majeur dans le sol : Pierre désarmé était mené à la potence. « Cela se passe maintenant ? » interrogea Lilys inquiète, « Oui » murmura la créature dans un souffle, qui enfonçait à présent l’annulaire dans le sol. « Vois maintenant les tourments qui accableront ta famille ». Lilys vit les soldats du roi envahir le domaine familial et malmener son père et ses sœurs. La créature retira ses doigts de terre et se délecta du désarroi de la jeune fille.

Lilys, armée de son seul courage, s’apprêtait à se mettre en route et livrer bataille pour sa famille. Mais la créature l’arrêta : « Seule tu ne peux rien ! Mais je peux te donner la force de cent hommes si tel est ton désir ». Le ton de la créature avait cette fois-ci changé et il ne laissait aucune place au doute : il s’agissait d’un piège. Mais peu lui importait. Lilys accepta.

La créature se déplaça avec une rapidité surnaturelle et apposa sa marque sur le front de la jeune fille qui poussa un hurlement de douleur.

Lilys sortit de la caverne en rampant, sa peau la brûlait, ses membres s’allongeaient. Deux cornes marrons poussèrent sur sa tête, de son dos sortaient de grandes ailes noires semblables à celles des chauves-souris. Son visage se déformait, élargissant sa mâchoire dans laquelle des crocs avaient élu domicile. Ses oreilles s’étaient allongées et ses ongles devinrent des griffes. Une fois la métamorphose achevée, elle poussa un hurlement de rage tinté de haine et de douleur.

La créature sourit plus largement et posa sa main sur l’épaule de sa création : « Va ma Santirine. Par toi je me nourrirai, par toi je renaîtrai ! ».

La Santirine décolla.

Les flammes dansaient, faisant rougir la nuit. Maison et écurie étaient en feu. Les soldats avaient sorti tout le monde dehors et menaçaient quiconque cacherait la fugitive. Les sœurs avaient beau supplier en s’époumonant que si elles savaient où se trouvait Lilys, elles la dénonceraient ; mais les soldats ne furent pas attendris et ne montrèrent aucune clémence. C’est un jeune soldat qui entendit le premier battement d’aile. Il n’eut pas le temps d’entendre le second, qu’une paire de griffes acérées le soulevèrent et le projetèrent au loin.

La Santirine atterrit, se plaçant entre les soldats et sa famille. Elle jeta un regard à son père qui ne reconnut pas dans ce monstre sa fille. La Santirine attaqua les soldats, tandis que ses sœurs, toujours sous le choc, rejoignaient leur père.

Plus la Santirine tuait, plus la créature rouge toujours assise en tailleur dans sa caverne, les doigts plantés dans le sol, se nourrissait du sang des victimes qui parcourait les veines de la terre et regagnait en force.

Le carnage continuait. Des bruits de sabots se firent entendre malgré le tumulte ambiant. Un cheval traversa la fumée noire et laissa apparaître son cavalier : Pierre. Contrairement à la vision de Lilys, son ami était bien portant et arborait toujours les armoiries royales. N’écoutant que son courage, il se jeta dans la bataille.

Alors qu’il allait s’interposer entre cette étrange créature et un soldat à terre, il s’arrêta. C’étaient les yeux, ces yeux si bleus dans lesquels il avait depuis toujours, imaginé se perdre. « Lilys ? » demanda-t-il à la créature qui baissa la tête honteuse. Quand le père compris que l’immonde créature n’était autre que sa fille, il ne put cacher son dégoût.

Pierre remarqua la marque sur le front de la Santirine, il savait ce que cela signifiait. Il baissa son arme et avança avec précaution vers elle.

Le père profita de ce moment d’inattention pour attraper une épée qui se trouvait près de lui et la planta avec force dans le dos de la créature qui poussa un hurlement de douleur. D’un geste de patte, elle envoya valser son père contre un arbre. Elle le rejoignit d’un battement d’aile et le domina de toute sa hauteur.

« Même mourir honorablement, tu n’auras pas réussi ! » La violence des mots atteignit la créature en plein cœur et ce qui restait encore de Lilys à l’intérieur de la Santirine, pleura. Elle leva sa patte inférieure pour écraser cet homme qui durant toute sa vie lui avait fait tant de mal. Une épée transperça sa poitrine, elle tourna la tête et vit Pierre, en larmes, qui tenait l’arme.

La Santirine s’effondra dans les bras de son ami. Les larmes du jeune homme coulèrent sur la gueule de la bête, lui faisant peu à peu reprendre une apparence humaine. Elle offrit à Pierre son plus beau sourire avant de fermer ses grands yeux bleus pour la dernière fois.

Dans sa grotte, la créature rouge hurla de rage.

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