CHAPITRE 3 : LA DERNIÈRE CHEVAUCHÉE (La légende d'Epona)

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« La jument rousse a encore été aperçu ! » voilà ce qui se murmurait dans les tavernes et les villages depuis quelques semaines maintenant. On l’apercevait partout, elle parcourait la Bretagne librement et ne semblait craindre ni les hommes ni les autres animaux.

Marc’h se moquait bien de l’animal jusqu’au jour où la rumeur disant que « la jument rousse est bien plus rapide que Morvarc’h » lui vint aux oreilles. Il envoya sa milice chercher l’impudent qui avait l’audace de colporter ces ragots.

L’impudent en question était un vieil homme, qui avait fait de la taverne sa seconde maison. Une fois de plus, il racontait à qui voulait bien l’entendre, qu’il avait vu la jument rousse. « Et même que cette vieille carne de Morvarc’h pourra jamais la rattraper ! ». Malgré les signes du tavernier pour le faire taire lorsque les soldats furent entrés, le soiffard continuait la même rengaine, ce qui lui valut d’être sorti de force.

Le cachot était sombre et humide, seule une petite lucarne laissait passer les quelques rayons du soleil, réchauffant ainsi légèrement la pièce. Le vieillard était alité ; sa gorge sèche et irritée le réveilla. Il réclama à boire. Pour toute réponse il n’obtint que moqueries et insultes.

Des bruits de pas résonnèrent. Lointain d’abord puis de plus en plus proche : le roi Marc’h arrivait. Quand il passa devant lui, le garde s’inclina et lui ouvrit la porte du cachot. La puanteur était telle que Marc’h eut un mouvement de recul et afficha une mine de dégoût. Il posa un tissu sur son nez et ordonna au garde de sortir.

Le prisonnier ne daigna se lever que lorsque le roi lui donna un violent coup de pied. L’arrogance avait disparu de son visage quand il croisa le regard de Marc’h. Un regard terrible, sombre, dénué de toute empathie.

Le vieil homme lui raconta tout d’une voix tremblante : l’endroit où il avait vu plusieurs fois la jument, les lieux où l’on disait qu’elle vivait et jura pour finir, de ne plus jamais colporter de tels mensonges. Dans un rire sadique, Marc’h lui assura qu’il ne le ferait plus et ordonna au geôlier de le libérer, après lui avoir coupé la langue.

Le roi Marc’h partit seul à l’aube, armé de son arc en bois de cerf qu’il affectionnait tant. Sa destination : la mythique forêt de Brocéliande, c’est là que le vieillard avait vu la jument plus de fois qu’il ne saurait le dire. Marc’h avait décidé, dans un premier temps, de vérifier ses dires. Si la jument n’était pas là, il retournerait au village et tuerait le vieillard devant tout le monde, « ça leur passera le goût du mensonge » avait-il pensé. Mais il n’eut pas besoin de retourner au village car en fin d’après-midi, la jument se montra.

Elle était là, magnifique, broutant l’herbe et laissant les écureuils grimper et jouer sur elle. Marc’h mit pied à terre et attrapa une flèche dans son carquois.

L’arc bandé, il attendait. Il voulait qu’elle le voie, il voulait voir la vie de cet animal s’éteindre dans son regard. Morvarc’h poussa un hennissement sonore et la jument rousse leva les yeux. Marc’h n’eut pas le temps de décocher sa flèche que la jument avait disparu à toute vitesse. Le roi frappa son cheval « Stupide animal ! » Avait-il hurlé. Puis, il se remit en selle et de sa flèche fouetta le flanc de Morvarc’h avec une telle violence, qu’il partit au triple galop.

Malgré son apparence pitoyable, la rapidité de Morvarc’h n’avait rien perdu de sa superbe et il parvint à garder une distance plus que raisonnable entre lui et la jument.

Le crépuscule tomba sur la Bretagne mettant fin à la course effrénée de la jument rousse qui se retrouva acculée au bord d’une falaise.

Marc’h descendit de cheval. La flèche toujours à la main, il prépara son arc. Plutôt que d’être nerveuse, la jument était calme et regardait son agresseur dans les yeux. Marc’h sourit et décocha sa flèche. Alors qu’il pensait sa cible atteinte, une forte lumière blanche l’aveugla et une force invisible le projeta en arrière. Lorsque le halo lumineux se dissipa, il n’en crut pas ses yeux : Epona se tenait devant lui, telle qu’elle était à l’époque. Elle tenait à la main la flèche tirée par Marc’h qu’elle laissa tomber tout en avançant vers lui.

Alors qu’il s’attendait à un châtiment quelconque, la Déesse n’eut aucun regard pour lui. Elle le dépassa et caressa Morvarc’h, « je suis désolée mon vieil ami » lui murmura-t-elle aux creux de l’oreille. Elle lui enleva son mors, sa selle et tous ses atours. « Tu es libre ».

Puis sans un mot, elle se dirigea vers la forêt. Le roi, toujours à terre, l’invectiva et la menaça : elle ne pouvait lui retirer ce qu’elle lui avait donné. Il hurla qu’il la pourchasserait et qu’il récupérerait son cheval quoi qu’il en coûte.

Elle se retourna et lui sourit : « Puisque tu crains que la compagnie de Morvarc’h te manque, je vais te donner de quoi penser à lui chaque jour ». Elle mit ses deux mains sur les oreilles de Marc’h qui poussa un hurlement terrible. La douleur qu’il ressentait était tellement insupportable qu’il avait l’impression que ses oreilles brûlaient. Quand Epona retira ses mains, à la place d’oreilles humaines, Marc’h était affublé de deux oreilles blanches de cheval semblables à celles de Morvarc’h.

Implorant le pardon de la Déesse, il la vit se métamorphoser en jument rousse et disparaître en compagnie de Morvarc’h dans la forêt.

Depuis, le roi Marc’h vécut en ermite dans son château. On raconte qu’une fois par mois, un barbier était autorisé à voir le roi pour faire sa toilette. Le barbier ne réapparaissait jamais.

Quant à Morvarc’h et Epona, on les aperçoit de temps à autre, galoper librement à travers le paysage Breton.

FIN.

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