Jules et Louise
Après des semaines de recherches, Jules et Louise soufflaient : ils avaient enfin trouvé un charmant petit terrain. Le budget dont ils disposaient correspondait à leurs possibilités, raisonnables et précises.
Le critère le plus important de leur projet concernait le lieu d’acquisition de la parcelle. Il se situerait éloigné de la ville où depuis près de trente-cinq ans ils demeuraient, dans laquelle ils avaient tenu un magasin de décorations d’intérieur ; une affaire saine revendue à une jeune femme enthousiaste et ambitieuse.
Leurs trois enfants avaient fréquenté de bonnes écoles ; Jules et Louise n’étaient pas peu fiers de leur réussite professionnelle et personnelle. Désormais, il n’y avait plus lieu de s’inquiéter pour leur avenir. Ils pouvaient se lancer.
Ce terrain, ils le souhaitaient dans le Midi de la France où Louise vivait jadis. Ils s'y étaient rencontrés lors d’un marché de Noël provençal. Un retour sur les pas de leurs premiers émois, de leur délicieuse et frivole jeunesse envolée.
Le bourg, entouré de cyprès de Florence, de collines et de champs de lavande, jouissait d’un cadre splendide. Il se trouvait à distance confortable du bruit et des pollutions urbaines, tout en étant proche des principaux axes routiers et ferroviaires. Il bénéficiait en outre de deux avantages appréciables : bien desservi par les transports et non loin des centres d’intérêt culturels et touristiques.
Convaincus que leurs filles et petits-enfants – tous très occupés par la vie citadine – ne les visiteraient guère souvent, Jules et Louise mettaient ainsi tout en œuvre pour que leurs voyages vers leurs parents soient agréables, peu contraignants et leurs séjours auprès d’eux aussi plaisants que possible.
Avant de dénicher l’emplacement idéal, ils s’étaient rendus à la mairie à plusieurs reprises afin de consulter les plans et d’obtenir les autorisations, règlements, etc. Toutes ces démarches nombreuses et fastidieuses avaient engendré une montagne de paperasse. Jamais ils n’avaient imaginé que la tâche serait si compliquée ; mais enfin ils l’avaient surmontée.
Le couple fraîchement retraité pouvait à présent se consacrer à l’étape suivante : la construction. Ils se documentèrent et très rapidement s’accordèrent sur un modèle adapté à leurs modestes goûts. Un espace simple, classique, leur suffisait amplement. Le tape-à-l'œil de certaines demeures, ce n’était pas leur genre ; eux préféraient privilégier le confort intérieur.
Certains d’avoir pris la bonne décision, confiants en l’avenir qui s’ouvrait devant eux, Jules et Louise poussèrent alors la porte vitrée de l’agence des pompes funèbres.

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