Chapitre 10 (1/2) – Oscar

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21.01.21

Wymoutain school, LONDON, 05:04 pm.

— Tu vas enfin m'expliquer pourquoi t'as décidé de travailler avec Tobias ?

— Oscar, ça fait quatre fois que tu me le demandes depuis ce matin. Arrête d'être aussi jaloux.

Ma sœur monte dans le bus. Je la suis, tends ma carte au conducteur et la rejoins à sa place.

— Je suis pas jaloux. Je croyais que tu voulais pas te faire d'amis, lui reproché-je.

Le regard assassin qu'elle me jette me fait aussitôt regretter mes mots.

— Tu préférerais donc que je reste toute seule toute l'année dans mon coin ? Il faut savoir ce que tu veux ; il y deux semaines tu voulais que je m'en fasse et maintenant, tu me le reproches.

— C'est pas ce que je voulais dire, essayé-je de me rattraper. Mais pourquoi ne pas avoir dit oui à Arthur ?

— Tout simplement parce que j'avais déjà accepté avec Tobias ! Je ne vais pas reprendre ma parole, ça ne se fait pas. On doit se mélanger aux autres ou sinon on sera toujours vu comme des pestiférés. Luna et ses amis nous en donnent l'occasion et en plus ils sont sympas.

Sa voix n'indique aucune objection. Je ne pensais pas qu'elle puisse être si dure. Mais elle a raison, je n'ai aucunement le droit de la priver de se faire des amis. Même si j'aurais préféré que ce soit pas Liam et sa bande...

— C'est bon, excuse-moi, je ne voulais pas faire le rabat-joie ! Je veux juste pas que tu oublies que je serai toujours là pour toi, ajouté-je plus bas.

Lorsque je relève les yeux sur elle, son regard s'est adouci.

— Je ne l'oublie pas, Oscar. Et je ne veux pas me séparer de toi. Jamais. Je ne pourrais pas faire grand-chose si tu n'étais pas là...

— C'est le rôle de l'aîné de prendre soin du plus petit !

Sarah souffle en levant les yeux.

— T'es chiant ! Il faut toujours que tu gâches tout.

Elle se tourne vers la vitre et se complaît dans l’observation de la nuit noire. Je lui donne un coup de coude. Elle me regarde et vient poser sa tête sur mon épaule avant de fermer les yeux. À cet instant, je me sens tout-puissant.

XXX

22.01.21

Belmarsh Prison, LONDON – 06:42 pm.

Mon téléphone vibre tandis que j'attends mon père dans le box habituel – enfin, ça ne doit pas être le même que la dernière fois, ils se ressemblent tous. Je regarde sur l'écran de verrouillage avant de souffler. C'est encore Mathieu. Depuis qu'on s'est vus, il ne se passe pas une journée, sans qu'il m'envoie un message. Il est gentil mais un peu pot-de-colle quand même. Je pensais qu'il était du genre à tirer son coup une fois et à oublier mais finalement non. Je sais très bien qu'il veut qu'on se revoie. Peut-être que je lui proposerai dans les prochains jours. Je dois bien avouer que la dernière fois a été plaisante.

La porte qui s'ouvre dans le box d'en face me fait sursauter. Je range prestement mon téléphone dans ma poche. Mon père fait son entrée, et on lui détache les menottes. Il se saisit du téléphone et j'en fais de même.

— Mon fils ! J'ai cru que t'avais fini par oublier ton vieux paternel... Mais juste pendant un court instant parce que j'sais que ce ne sera jamais le cas.

Son sourire laisse entrevoir des dents jaunies par le tabac. Je remarque des nouvelles cernes – je ne pensais pas que c'était possible – sous ses yeux. Est-il en bonne santé ?

— Évidemment, papa. Je suis désolé, j'ai été... un peu pris, ces derniers temps.

— C'est pas grave, va !

Soudain, il se penche en avant et me regarde à travers la vitre sale. Ses yeux pétillent de bonheur.

— Il faut que j't'annonce quelque chose. J'vais bientôt voir le juge, mon avocat a réussi à avoir une audience. J'vais peut-être avoir un aménagement de peine pour bonne conduite ! Tu sais ce que ça veut dire ? J'vais bientôt pouvoir sortir d'ici !

Je ne sais pas comment réagir. Je ne pensais pas que ça arriverait un jour, je n'ai jamais pensé au jour où il sortirait de prison. Pour moi, on ne peut pas retourner dans la vraie vie après avoir connu la prison. Voir mon père en dehors d'un box miteux ? Pouvoir le toucher, le regarder vraiment sans l'écran d'une vitre entre nous ?

Il me fixe intensément.

— C'est... C'est génial papa.

Son visage se ferme.

— Quelque chose ne va pas ? T'es pas content ?

— Si si, bien sûr que si, m'empressé-je de le rassurer. Je n'avais juste pas réfléchi à ça... et à toutes les conséquences. Tu en as parlé à maman ?

Il grimace.

— Pas encore. Je suppose qu'elle acceptera jamais que... que je revienne à la maison ?

Ma bouche se tord à son tour.

— Je ne pense pas, non. Je ne suis même pas sûr qu'elle veuille te revoir tout court. Il faudra que tu te débrouilles, soufflé-je doucement.

Il baisse les yeux quelques secondes avant de relever la tête. Son visage rayonne de nouveau.

— C'est rien, tout ça. Le plus important est que je sorte d'ici et que je puisse enfin serrer mes enfants dans mes bras.

Je ne réponds pas. Ça ne sert à rien de lui dire que Sarah lui est encore peut-être même plus hostile que maman. Ça ne ferait que briser un peu plus ses espoirs. Et pour l'instant, il n'est pas encore tiré d'affaire. Après tout, le juge peut aussi bien lui refuser son aménagement.

— Assez parlé de moi, comment vous allez, ta sœur et toi ?

— On va bien, lui réponds-je. Je dirais qu'on commence à s'intégrer, enfin, je pense....

— Toujours pas de conquêtes en vue ? Il n'y a pas de belles filles à l'horizon ?

Je le dévisage. Il me sourit, attendant ma réponse.

— Je te rappelle que je suis gay, papa.

Il ouvre la bouche et je vois sur son visage qu'il vient tout juste de percuter.

— C'est vrai.... un beau jeune homme alors ?

Je me pince les lèvres.

— Nan, personne.

Il hoche doucement la tête et le silence s'installe quelques instants.

— Je vais y aller, dis-je à demi-mots. Maman doit m'attendre pour manger et je ne veux pas être en retard.

— Je comprends. T'as raison, n'énerve pas ta mère, ce serait une mauvaise chose.

— Je suis content pour toi, papa. J'espère vraiment que tu pourras bientôt sortir.

—Moi aussi, fiston.

Après un dernier regard, je raccroche le téléphone et sors de la pièce. Un gardien vient chercher mon père et lui repasse les menottes.

Je sors de la prison l'esprit encombré de pensées tournées vers mon père. Ai-je vraiment envie qu'il revienne dans nos vies ?

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