Chapitre 4

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 Le coq hurlait : Le soleil venait de se lever. Quelle aubaine, le Seigneur Venan dort encore. J’aurais le temps de préparer les affaires et le carrosse. Je vais d’abord devoir lever le cochet. J’entendais le brouhaha des cuisines. Ils mettaient le paquet. La bonne me croise dans le couloir, elle me sourit en rougissant. Rougir ? Je ne suis qu’écuyer. Je me retourne furtivement. Ce sourire m’était bien destiné. D’accord… Je descends les escaliers pour chercher le cochet et je passe devant la cuisine. Ça sent bon le laitage et le pain. Il fait bon vivre à Kirett. Surtout quand on a toute l’attention des petites gens. J’ai halluciné. En sortant, un attroupement de villageois à l'air frigorifié et désemparés fixait l’entrée :

  • Où qu’est-ce qu’il est le Seigneur ?
  • Où que…

Parlez le villageois, c’est un peu fatiguant. Il faut rassembler les mots, les mettre dans l’ordre. Un vrai travail d’orfèvre. Fort heureusement pour moi, c’était un exercice où j'excelle :

  • Le Seigneur Venan se prépare, que voulez-vous ?
  • Si le Seigneur a un peu de bonté, j’aimerais bien que.. Il nous empêche de décéder. On n’est pas dans la minute, hein. Mais bon.

Je roulai des yeux. Je n’imagine même pas le Seigneur Venan à ma place. Je vais devoir prendre les devants. Ils étaient en total manque de culture mais sincères. Les autres villageois attendaient à côté. Je peux bien investiguer un peu :

  • Expliquez-moi, je vais lui faire part des problèmes.
  • Dans le détail, on sait pas mais… Les nuits sont mauvaises ici. Il fait froid, il fait trop noir. Quand il pleut, c’est.. Pire !

Je comprends. J’en ai fait l’expérience hier soir. En quoi le Seigneur Venan pourrait-il les aider ? Quel genre de pouvoirs détient-il ? Est-il connu ? Plus qu’au château ? A dire vrai, c’est un événement pour une petite bourgade comme celle-là.

  • Bon, ben, je vais voir ce que je peux faire.

Ils ont tourné le dos et sont partis. C’est tout ? Pas étonnant que l’écart entre la vie paysanne et la vie de château soit un si grand fossé. Ça m’a serré le cœur. J’avançais avec le poids du monde sur les épaules. J’arrive devant le cocher qui graille un morceau de pain :

  • Il faut préparer le carrosse. Le Seigneur doit partir tôt, nous avons du trajet.
  • Ça a été la chambre ? C’est pas comme la grange, hein ?
  • C’est… Différent…

Qu’est-ce que je pouvais bien lui dire ? Je lui aurai bien décrit la chambre, mais c’était une cahute en bois comme les autres. Rien de bien royal. Je me demande bien ce qu’il s'imaginait. C’était bien loin de dormir avec les montures, néanmoins, rien de folichon. Si j’avais dormi dans un lit, à la rigueur… Je devais me hâter, préparer les affaires et lire un peu. Prestement comme dirait le Seigneur Venan.

De retour au carrosse, j’ai dû parler au Seigneur Venan des maux de Kirett. Sa réaction pourrait désarçonner n’importe qui :

  • Je vois… J’opèrerais à Keradz, le centre des maux vient de là bas, vous verrez.
  • Seigneur Venan, que voulez-vous dire ?
  • Avez-vous étudié ? Quel est le nom de la chaleur ?
  • C’est Yohk. Il me semble.
  • Bien vu. La chaleur existe dans toute forme de vie, la lumière et le feu.
  • Il ne s’agit donc pas que de chaleur, Seigneur Venan
  • J’aime votre perspicacité. J’ai su que c’était vous dont j’avais besoin pour ce voyage.

Le seigneur Venan me flatte. Il y avait des chevaliers au château. Il aurait pu partir en quête avec une personne bien plus expérimentée. Ces gens étaient beaucoup plus aptes au combat que moi. J’ai entendu dire que le messager de la Garde de Nuit n’avait encore pas entamé son retour. Il n’était pas pressé visiblement.

Je regardais dehors. Plus nous avançions et plus le paysage semblait malade. Les arbres deviennent tordus, l’herbe noircit. Les paysans sont des épouvantails dans les champs. Leurs vêtements sont en lambeaux. Leurs visages squelettiques sont creusés par le froid et la faim. Plus rien ne pousse. Un arc-en-ciel trahit une humidité élevée. Le soleil frappe lourdement mais l’air est frais. J’ai vu un paysan glisser sur le sol comme tiré par une force invisible. Il a fini dans une flaque noire, sombre comme la mort.

J’ai levé la tête pour savoir si c’était bien ce que j’avais vu. Il était un peu tard. Le carrosse filait comme un aigle. Cet événement restera dans mon esprit pendant un moment. Le Seigneur Venan n’avait pas l’air intrigué. Il y avait pourtant un charnier, des pendus, des sacs de paille dégoulinant de jus de poubelle. Avec des choses pareilles, je commençais à me dire que le Seigneur Venan avait raison : Le mal venait peut-être de Keradz.

En parlant du loup, on venait d'arriver. Le carrosse s’est arrêté. Le cocher ouvrit la porte. Une odeur de fer et de cendre s’engouffra dans le carrosse. La ville était bien moins accueillante qu’on me l’avait décrite. Elle était décharnée, un tombeau ouvert avec des rats en guise de villageois. Ils longeaient les murs, fermaient les fenêtres. On pouvait lire la peur dans chacun de leurs gestes. Ceux qui se nourrissaient étaient courbés de honte et de souffrance. Au centre de la place du marché, la Garde de Nuit. On ne pouvait pas les rater. Un ours imposant en armure avec une épée lourde sur le dos donnait des ordres à des chevaliers. Ils s’activaient, allumaient des torches pour la nuit à venir. Certains badauds étaient raccompagnés chez eux.

Une personne ne bougeait pas. C’était une statue de marbre. Blanchâtre, ses cheveux noirs accompagnaient les soupirs du vent. Son armure épousait son corps tel un plumage métallique sur un corbeau inquisiteur. Je compris aussitôt que c’était notre contact :

  • Bonjour, Dame Capicelli. Je suis le Seigneur Venan et voici l’Ecuyer Lennon.
  • L’Ecuyer…

L’entendre prononcer ce mot avec son regard perçant me glaçait le sang. J’avais l’impression qu'elle pouvait voir à travers mes vêtements, à travers mon déguisement, à travers mon âme…

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