Quelque part à un autre moment...

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Cela faisait plusieurs mois que je cherchais Jim au travers des mondes. Le lent chanteur l'avait retrouvé puis enfermé dans une autre vie. Des lunes et des soleils m'avaient accompagnée et ma quête se poursuivait toujours...

Assise dans ce que tout le monde appelait un bus, je regardais défiler le paysage sans vraiment savoir où j'allais. La musique de ce monde accompagnait les passagers qui discutaient entre eux. Un bruit de fond au milieu du brouhaha ambiant. Je perçus le faible grésillement de la radio. Intriguée par cette interférence, je tendis l'oreille à l'affût du moindre signe. Les portes s'ouvrirent sur le dernier arrêt et je continuai d'essayer d'écouter la suite de ce bruit. Tout le monde descendit. Tout le monde, sauf moi...

Mon ouïe aux aguets, j'attendais le calme. Me fourvoyai-je moi-même ? N'étais-je pas en train d'espérer l'impossible en trompant mon esprit avec tout un tas de signes possibles et inimaginables qui ne se concrétisaient jamais ?

Je me levai, abattue, refusant d'abandonner. Et quand le silence revint dans le bus, délicatement, la guitare emplit l'espace. Sa voix douce et chaude fit de nouveau battre mon cœur. Je ne pus m'empêcher de murmurer ses mots :

"J'étais là avec tous mes doutes,

Là oui, sur le bord de ta route,

Alors tu t'es dit sans réfléchir,

Que ce soir tu allais me faire rire..."

Jim était là. J'en étais sûre. Mais où ? Je me précipitai vers la porte pour descendre.

Désorientée, je tournai sur moi même cherchant un autre signe. Tout me ramenait à lui, toujours...

Une personne me bouscula et en me retournant, un chien noir attira mon attention. Il me regarda et me captiva. Je souriai bêtement en allant vers lui. Il passa par une porte entrouverte et entra dans un endroit étrange intitulé : "Chez J&D". Une toute petite porte délabrée en bois. Cette porte était habillée de gravures multiples : des mots d'amour, des dates, des noms, des sourires... Je devais sûrement être au bon endroit. Je passai mes doigts sur nos initiales et le stress me submergea. Angoissée, je saisis la poignée ronde et la tournai. La porte s'ouvrit sur une immense pièce éclairée par un puit de jour qui faisait entrer un rayon de lumière. Je la refermai délicatement et je vis, au loin, debout sur une échelle, un homme qui rangeait des livres. J'avais du mal à voir son visage et je ne reconnaissais pas sa silouette. Je m'approchai discrètement de lui. Il avait de grandes mains et ses pieds nus semblaient se cramponner aux barreaux de l'échelle. Ces cheveux longs dorés et roux paraissaient sauvages et épais. Il se tourna vers moi, et sa face bleue me percuta. Il me sourit et descendit en sautant.

  • Bonjour, comment puis-je vous aider ?

Je n'en revenais pas de le voir.

  • Je, euh... Puis-je avoir votre nom ?
  • Je... Pourquoi cette question ? fit-il en fuyant mon regard persistant.
  • Tu ne te souviens plus ?
  • Je...
  • Tu es Riouh... Je te reconnaitrai parmis mille.
  • Vous dites n'importe quoi, lâcha-t-il en se retournant tourmenté par mes mots.
  • R, j'ai quelque chose pour toi.

Je détachais un collier d'autour de mon cou et le lui tendis.

  • La Lune aillée... s'exclama-t-il en caressant la pierre. Je connais ce collier. C'est ...
  • Oui, c'est Akaril qui te l'a offert. Tu te souviens maintenant ?

Il le mit autour du cou et son apparence se tranforma l'espace d'un instant. Ces muscles se dessinèrent sur son corps et Riouh reprit vie. Il me sonda et mit son front contre le mien.

  • Vers l'aube ma sœur.
  • Vers l'aube mon frère. Tu sais où est Jim ?

Le chien noir passa dans un couloir.

  • Garde la porte soldat, ordonai-je à R. Elle va venir.
  • Elle est déjà là. Et elle détient Mila.
  • Qu'est-ce que tu viens de dire ?
  • Tout est en train de s'éclaircir dans mon esprit. Je l'ai vue, S.
  • Où ça ?
  • Je ne sais plus... Je... fit-il confus.
  • Ce n'est rien ça te reviendra. On va s'en sortir. On s'en est toujours sortis. Garde l'entrée. Jo a créé un portail qui pourra tous nous ramener. Je le laisse ici. Si lorsque le portail s'ouvre, je ne suis pas revenue, tu sautes dedans.
  • Mais, je ...
  • Ne discute pas, R.

Il acquiesça et saisit son épée. Je savais que si je ne revenais pas je risquais ma vie mais le nom de Mila me donnait l'énergie nécessaire pour continuer. Jo et R trouveraient forcément un moyen de me ramener si jamais... Je préférai couper court à mon sort qui se dessinait sous mes yeux et posai le portail sur la table. Puis, je partis rejoindre le fidèle qui m'attendait dans le couloir.

Dans une autre pièce immense, un homme lisait. Je m'approchai doucement de lui et il leva ses yeux vairons vers moi. Quand son regard se posa sur moi, mon espoir renaquit de ses cendres. Deux cycles de lunes étaient passés depuis notre dernière rencontre et je le trouvais tellement plus beau.

  • Bonjour, souffla-t-il.
  • Bonjour.
  • Ce livre regorge de savoir.
  • Oui, de douceur aussi.
  • Vous le connaissez ? s'étonna-t-il.
  • Je n'en ai lu qu'une partie. Celle qui m'a été donnée de lire, ris-je. L'auteur se fait prier vous savez...
  • Vous connaissez l'auteur des Terres de Keman ?
  • Je ne l'ai jamais vu. Je ne le connais pas vraiment non plus. Et vous, vous savez qui il est ?
  • Euh... Je...

Je devais tenter le tout pour le tout. Son esprit commençait à se troubler et je me mis à chantonner :

  • Je mettrais pas les pieds chez toi, non jamais...
  • J'y laisserai que de la poussière si tu me fais sortir le cœur, continua-t-il.
  • J'y laisserai que de la boue si tu veux qu'on parle de moi.
  • Je ne mettrai pas mes ailes dans ton ciel, non jamais...

Il siffla la suite en mimant les accords sur une guitare inexistante. Il se leva et sa voix se diffusa aux quatre coins de la pièce. Les notes de musique voletaient dans les airs et tout s'illumina. Il me sourit et je vis son âme se réveiller. Il regarda mes larmes sur mes joues et vint me susurrer :

  • Tu es belle quand tu jongles avec tes larmes, les joues rougies de sentiments.
  • Et moi, je suis qu'un con... soufflai-je.
  • Et moi, je suis qu'un con...
  • Et moi ? reprîmes d'un même filet de voix. Et moi, je t'aime...

Ses mains chaudes sur mes joues, mon cœur explosa. Je l'embrassais de tout mon être.

  • S...
  • Jim...

Tout se changea autour de nous et la lumière s'obscurcit. Les notes de musiques tombèrent à terre et notre baiser s'évapora. La voix d'Aourouh fit faner la fleur de notre amour. Elle se complaisait à l'écraser sans arrêt.

  • Tiens, tiens, tiens, rigola-t-elle. Qui voilà ? Encore ?
  • Laisse-la ! s'énerva Jim.
  • Petit pantin, sans Ri'ordis, tu n'es rien... C'était elle, S, ta protégée, que je voulais depuis des lunes.

Elle se jeta sur moi mais Jim s'interposa. Elle le balança au travers de la pièce d'un coup de poing. Elle transpirait le mal et sa sueur tombait sur le sol comme de l'acide. Je me cachais dans un coin en rampant comme un ver sur le sol poussiéreux.

J'entendis la sonnerie du portail qui allait s'ouvrir dans quelques minutes. Je me mis à siffler de toutes mes forces et le chien courut vers moi. J'eus à peine le temps de le toucher qu'elle l'attrapa par les pates arrières et le fit voler au-dessus des tables. Il s'écrasa sur le mur à plusieurs mètres de moi. Il se releva tant bien que mal et je vis sa silhouette se décupler.

  • Cette fois-ci, tu ne m'échapperas pas, ma belle !
  • Qu'est-ce que tu me veux Aourouh ? criai-je.
  • Je veux me rassasier de ton cœur, dit-elle en suivant ma voix.
  • Je ne te le donnerai jaimais !
  • Ne t'en fais pas, s'approcha-t-elle, je te l'arracherai !

Elle souleva la table sous laquelle je m'étais cachée et me lança ses liens qui m'enserrèrent. Ils éteignirent mes pensées et commencèrent à m'affaiblir. Elle m'attrapa par le pied et me traîna juqu'à la sortie.

Djoki se précipita sur Jim et ils fusionnèrent. À pas de loup, ils nous suivirent dans le couloir. Le portail s'était ouvert et Riouh attendait devant. Pleine d'espoir, je me mis à lutter contre mes pensées et sa manipulation mentale. Je rassemblais les forces qu'il me restait et ouvris la bouche. Une boule bleue y apparut et Djoki écarquilla les yeux. Je lui souris et me mis à crier :

  • Gardien d'Isoh !

À mon cri, A me lâcha et se retourna vers nous. Djoki se saisit de l'épée qui se trouvait dans ma gorge et au moment de la planter dans le sol, A se mit à émettre des ondes sonores tellement fortes qu'elles projetèrent mes amis au travers du portail qui se referma instantanément.

Elle s'égosilla de son rire maléfique et me reprit par le pied. À bout de forces, je ne pouvais plus lutter et sa manipulation mentale me faisait oublier qui j'étais. La tête qui traînait sur le sol, je plongeai dans un sommeil mortel. Dans les vappes, quelques mots me parvinrent :

  • À nous deux, ma jolie...

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