Le risque à prendre.

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Debout aux aurores, je respirai l'air frais qui passait au travers des barreaux. Ces derniers temps, c'était devenu ma drogue. Parfois, quand son absence se prolongeait, j'avais des souvenirs qui remontaient. Je caressai les cheveux de la petite fille qui partageait ma cellule et lui promettais tous les jours de la sortir de là. Quand je la serrai contre moi, cette petite avait une lumière qui sortait de ses pores. Elle me revitalisait en quelques secondes. J'avais trouvé une boîte qui renfermait de grands pouvoirs derrière une brique et elle m'avait avoué l'avoir cachée ici. Elle la transformait en différents états : liquide, solide, gazeux et la déplaçait sans se faire remarquer. Il y avait de l'amour dans ses yeux quand elle me parlait de Ju et des larmes quand ses souvenirs remontaient jusqu'à sa défunte mère. Je ne savais pas qui j'étais pour elle mais visiblement, elle m'était attachée.

Ce matin, j'avais rendez-vous chez Cobrelson. Cette petite me répétait sans cesse qu'il était notre issue de secours, mais je n'arrivais pas à savoir qui il était. De plus, à chaque fois que j'y allais, cet homme se renfermait dans son univers. Casquette sur la tête, il rouméguait des choses incompréhensibles en boucle et la rouille se répendait de plus en plus sur les murs. Je ressentai une très grande peine quand j'étais près de lui et cela me permettait de fabriquer de très grosses larmes acides qui contraient la rouille de son malheur. Parfois, je découvrai les murs de couleurs. Il était intrigué par certains et souriait devant d'autres.

Depuis que A avait compris que je n'avais pas de cœur, elle prenait plaisir à me faire du mal. Hier, elle m'avait ouvert le visage avec son fouet. Ma peau avait du mal à cicatriser et mon sang tachait mes joues.

Ses pas se firent entendre et la petite se cacha dans un coin. A m'attrapa par le cou et renifla ma plaie qu'elle rouvrit avec sa langue. Elle me sourit et mon sang sur ses dents me rebuta. Elle m'enfila le harnais et y attacha la grosse et lourde laisse : c'était l'heure de la sortie.

Un dernier coup d'œil à la petite brune et je fus trainée comme un vulgaire chien balafré vers la sortie. Ce chemin, je le connaissais par cœur. Je l'avais fait les yeux fermés tant de fois, qu'il s'était imprégné dans ma tête.

Une fois sur la place, le soleil vint chauffer ma plaie qui suintait. Plus nous approchions de chez Cobrelson, plus j'avais envie de chanter. Un air me venait en tête : un ouh ouh ouh et des notes de guitare voulaient sortir de mes lèvres, mais je les gardais scellées.

Arrivées au point de rendez-vous, elle me jeta dans le hall comme un paquet empoisonné. L'homme attendit qu'elle parte pour m'aider à me relever. Un autre homme qui avait la face bleue apparut soudainement, et l'homme se retira. Il se jeta devant moi et colla son front contre le mien. Il passa sa main sur mon visage déchiré.

  • Je te connais, dis-je en fermant les yeux.

Des larmes, bien trop grosses malheureusement, s'échappèrent de mes yeux. Elles brûlèrent ma plaie en m'arrachant un cri.

L'homme à la face bleue me soutint et souffla sur mon visage. Son souffle chaud vint apaiser mes douleurs instantanément. Il tendit la main à l'autre homme qui vint en baissant la tête. Je ne parvenai pas à voir ses yeux à cause de sa casquette, et l'homme à la face bleue lui ordonna de retourner ses cartes. Il lui chuchota quelques mots à l'oreille, puis, après un regard sincère vers moi, il s'éclipsa.

Je regardais toutes les cartes changer de face et il apparut sous son vrai jour. Il approcha de moi et me prit les mains. À son contact, je fus submergée de toutes sortes de flash-back qui me firent flancher. Il attrapa ma taille et me serra contre lui. Je laissai couler mes larmes acides qui le brûlèrent. Je m'écartai violemment de lui et laissai tomber l'acide au sol. Sous mes pieds, le bois reprenait sa couleur initiale. Il me toisa et s'approcha de nouveau de moi. Il se pencha et ses lèvres frôlèrent les miennes. Un souffle de lumière sortit de lui et se diffusa dans tout mon corps. Je restais pendue à ses lèvres sans bouger. Nous étions là, sur un sol coloré, à nous regarder bien plus profondément que dans les yeux.

  • Tu es celui qui porte ce qu'il reste de mon cœur, murmurai-je.
  • Tu es celle qui complète le mien, souffla-t-il.
  • Jim ?
  • S, prononça-t-il toujours plus près de mes lèvres. Je...

Il colla un baiser contre mes lèvres brûlantes et je ne pus résister. De la lumière s'échappa de tout son être et passa dans le mien. Je me sentis revivre l'espace de quelques instants. Ma plaie cicatrisa et une paix me remplit.

Je papillonai des yeux quand je le vis sourire.

  • Tu es belle, ma douce.
  • Tu es beau, mon bel inconnu.
  • Inconnu ? rit-il.

Nous nous sourîmes tendrement.

  • Garde le cœur encore un peu.
  • Elle peut revenir à n'importe quel moment.
  • Je sais, mais Riouh guette, ne t'en fais pas, me rassura-t-il.
  • Mila est enfermée avec moi, Jim. On doit la sortir de là.
  • Tiens, nous avons préparé ça pour vous. Je ne sais pas si quand tu seras dans la prison de A le pouvoir fonctionnera, mais ça vaut le coup d'essayer.
  • Une fiole de sang ?
  • Oui, tu dois la boire quand tu seras seule et ainsi, tes souvenirs reviendront. Je te laisse un portail qui te mènera dans un autre monde à une autre époque. Il faut impérativement que nous le passions en même temps sinon... bon, tu le sais.
  • Oui...
  • Notre mémoire s'effacera de nouveau, mais nous nous retrouverons.

Nous entendîmes les coups de Riouh retentir, nous prévenant de l'arrivée de A. Il me mit la fiole autour du cou et glissa le portail dans ma manche. Il me jeta à terre et retourna ses cartes. A passa devant la devanture et regarda à l'intérieur. Elle resta à l'extérieur et Jim me frappa au visage. Ma plaie cicatrisée se rouvrit sans peine et lui, il baissa la tête. Avant que mon cœur ne me rende la vie complètement, je le déposai dans un baiser sur mes mains et le lui envoyai en soufflant. Il le rattrapa sans même lever la tête et il l'avala. De la poussière de lumière sortit de mon être et la rouille revint éteindre les couleurs de notre bonheur. Mes larmes acides n'étaient plus assez nombreuses et A entra avec fracas.

  • Que se passe-t-il ici ? Me tromperiez-vous ?
  • Elle m'a volé. J'ai juste récupéré mon bien.
  • Elle ne reviendra plus !
  • C'est ce que j'espère bien !

Elle m'attrapa par les cheveux et lécha ma plaie. À la vue de cet acte, Jim recula dans un coin. Je vis une main passer au travers de l'étagère le retenir. R veillait toujours. Le fredonnement de la voix de Jim me parvint :

  • And promise me this : you'll wait for me only.

Quand elle me passa le harnais et me traina avec sa grosse et lourde laisse, je sombrai dans l'oubli.

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