Quand tout nous sépare...

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S.

Installée dans mon nouvel appartement, je me construisai une petite vie avec ce que j'avais. Une enfant peuplait les lieux avec moi et elle m'avait donné son nom : Mila. Après être tombée dans la ruelle, j'avais trouvé dans la poubelle, une enveloppe avec des clefs et une adresse. Essayant de me repérer au mieux, je nous avais conduites dans un lieu qui à priori, nous attendait. Mila s'était réveillée plusieurs jours après avec des écailles sur les yeux. Chaque jour, elle en avait de nouvelles et toutes les couleurs y passaient. Après en avoir ri, je lui avais posé des questions sur ces écailles que je n'avais jamais vues auparavant.

Elle m'expliqua être perdue dans la forêt et elle commençait à s'y enfoncer de plus en plus.

  • Bientôt, je serai à la clairière, m'avoua-t-elle.
  • À la clairière ? fis-je surprise. C'est quoi cet endroit ?
  • C'est un endroit où on va vers le ciel. On meurt là-bas.
  • Comment ça, on meurt là-bas ? Tu ne vas pas mourir, ma puce !
  • Personne ne vient me chercher là-bas, se désola-t-elle.
  • Mais moi, je suis là ! Et tu ne peux pas m'abandonner Mila !

Je me retournai vers elle et je la vis qui regardait par la fenêtre.

  • S, et si je ne voulais plus me battre ?
  • Mais qu'est-ce que tu racontes, Mi ? Je me bats pour toi, moi. Pour nous ! Allez viens par là, ma chérie.

Je la serrai dans mes bras et me mis à regarder par la fenêtre avec elle. Dehors, il pleuvait à verse toutes les larmes que je n'avais plus. Mon reflet dans la vitre me renvoya mon visage déchiré. Mila croisa mon regard et se tourna vers moi. Elle passa ses petits doigts sur ma plaie qui elle, reflétait un cœur que je n'avais plus. Puis, elle me dit :

  • Tu es belle S. Et je t'aime comme tu es.
  • Merci ma puce. Je t'aime tellement. Je ne serais rien sans toi.
  • Et Jim ? dit-elle soudain.
  • Jim ? répétai-je. Parfois, je me demande bien où est ce Jim dont tu me parles tant.
  • Si tu le vois, tu promets de lui laisser une chance ? Tu ne dois pas lui fermer ton cœur.
  • Je n'ai plus de cœur, ma perle. Allez viens, on va manger des crêpes !

Quelques instants plus tard, alors que je nettoyai la vaisselle, Mila s'était endormie, repue, sur le canapé. Je vins près d'elle et allongeai ses jambes sur les miennes. La tête perdue dans ses mots, mes yeux couraient sur la vitre qui plus tôt, reflétait mon image. Je sentis ses doigts sur ma cicatrice et je l'entendis prononcer son nom. Il sonnait comme un tambour à l'intérieur de mon être brisé.

Jim...

Jim

Sous la pluie incessante, j'étais perdu dans les sentiers de mes pensées et je me demandais ce que j'avais loupé. Pourquoi n'avait-elle pas répondu à Riouh ? Pourquoi avait-il senti sa peur ?

Je les savais en sécurité dans cet appartement que nous avions mis en place dans ce monde, elle et moi, dans une autre vie. Tout me paraissait loin et je ne voyais pas comment j'allais réussir à la convaincre de revenir à moi. Je la sentais si loin de moi que je me perdais moi-même dans son souvenir.

Je savais qu'elle était têtue et bornée et je ne voulais surtout pas la brusquer. J'avais essayé de l'accoster une fois, mais sa froideur m'avais gelé sur place.

J'errai en bas de chez elle en espérant pouvoir la croiser de nouveau, mais j'avais l'impression que cette fois, tout nous séparait.

Je devais rester positif, tant que notre cœur battait, tout restait possible.

Aro, qui avait réussi à pénétrer dans leur monde fermé à double tour, entra dans l'immeuble. Il me fit un salut et je me mis à l'envier.

Je chérissais l'idée de l'avoir près de moi, de sentir sa peau contre la mienne. Je voulais que son odeur entre par mes pores pour que ne fassions qu'un. Encore une fois...

Un homme vilain me bouscula vivement. Il se retourna et quand je vis ses yeux vitrés, je compris que c'était un maudit. Ils devaient sûrement sentir la lumière de Mila. Dans quelques jours, elles devraient déménager et je me mis en quête d'un nouveau petit nid pour elles et cette fois-ci, le voisin pommé, ce sera moi.

S.

En descendant ce matin, je pensais à Mila qui ne faisait plus d'écailles. Toute contente, j'allais jeter mes poubelles quand je vis une enveloppe dépasser de ma boîte aux lettres.

Je ne recevais pas de courrier d'habitude et c'est pleine d'appréhension que je l'attrapai. Je remontai vite et l'ouvris en vidant son contenu sur la table. De nouvelles clefs, une nouvelle adresse, Mi et moi avions reçu le message cinq sur cinq comme elle aimait tant dire. Un petit archer tomba de l'enveloppe et je le retins avant qu'il ne rebondisse sur la table. Il était en tous points identique au mien. Je me mis à les comparer et Mila vint me sauter dessus.

  • C'est Jim, lança-t-elle.
  • Ah oui ?
  • Oui, c'est un code que vous avez entre vous depuis pas mal de temps d'ailleurs. C'est étrange que tu ne souviennes toujours pas de lui.
  • Peut-être que je ne veux pas me souvenir...

Elle éclata de rire et me fit sombrer dans un fou rire qui m'arracha quelques larmes de joie.

  • Allez ma cocotte, prépare ton sac, on s'arrache !

Quelques instants plus tard, toutes nos affaires réunies dans un sac de voyage que je portais sur le dos, Mi et moi étions devant la porte de notre nouveau logement. Plus grand et plus cosy, il nous plut instantanément. Mila sautait sur le canapé sans ménagement pendant que je defaisais nos affaires. Le soir venu, elle zappa les chaines sur la télé jusqu'à s'endormir devant. Je la portai dans son lit et allai fermer la porte à clefs. Soudain, j'entendis du bruit dehors. Je baissai la poignée doucement et sondai vivement l'obscurité du pallier qui m'attirait. Aux aguets, je tatai le mur pour trouver la lumière. Une main caressa la mienne et la panique me gagna. Je perçus son souffle dans le silence et me laissai guider vers lui. Je m'approchai et lui saisis les bras pour les lui coincer derrière le dos. Je lui fis un croche patte et le plaquai au sol.

  • S. putain, calme-toi !
  • T'es qui toi ? Comment tu connais mon nom ?

Il se mit a chanter les sentiments qui habitaient dans son âme.

J'ai la vie devant moi et des idées derrière la tête
Mais j'ai pas trouvé l'inspiration depuis la dernière averse

...

Hé, sans rigoler, le temps m'isole
Je vis dans l'éloignement du monde qui m'environne

Sa vérité me claqua tellement fort, que je lâchai prise. Je courus vers ma porte mais il me rattrapa et me retourna vivement. Il me serra si fort dans ses bras pleins de d'amour que mes pieds ne touchaient plus le sol. Il me respira et passa sa main dans mes cheveux. Je m'imprégnai de son odeur et de sa voix suave, il susurra à mon oreille :

  • Je suis mi-loup mi-homme...

Puis, il se détacha de moi et s'enfuit dans la cage d'escalier comme un loup sauvage.

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