Quand les choses se brisent

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s : https://www.youtube.com/watch?v=61DJuuAlabA

Jim : https://www.youtube.com/watch?v=H0iV2ngzy34

S.

Le plaid sur les épaules et le thé brulant entre les mains, j'écoutai la douce voix de celui qui murmurait, presque mot pour mot, ce que j'avais sur le cœur :

Winter shall howl at the walls
Tearing down doors of time

Shelter as we go

And promise me this
You'll wait for me only
Scared of the lonely arms

Je resserrai mes bras autour de moi en pensant à ceux qui venaient tout juste de m'étreindre. Je ne voulais plus être liée à qui que ce soit. Loin de Aourouh, la mémoire remontait de plus en plus. Je me souvins de ce jour où, pensant m'être enfin éteinte, la vie revenait se répendre dans mes veines. Je m'étais alors aperçue de mon état proche du détritus. J'étais comme absorbée par ces deux êtres qui venaient de me voler ma mort un jour plus tôt. Je les avais suivis et observés pendant de longues heures jusqu'à cette porte en bois sur laquelle était écrite ma lettre. En collant ma pauvre oreille contre elle, je les avais entendus discuter de comment ils allaient faire pour se débarrasser de moi. J'écoutais, comme une pestiférée, le pauvre garçon qui pleurait mon éventuelle perte. Sûrement que le morceau de mon cœur restant devait se serrer à la mention de leur plan. Sous son instance, ils en avaient conclus que si je mourais, alors lui aussi. Finalement, il m'aimait par défaut. Et si mon lambeau n'avait pas correspondu à ce qu'il lui manquait, m'aurait-il fait cas ? Moi, la souillon... Je ...

  • S ?
  • Mila ? Ma puce, qu'est-ce que tu fais debout à cette heure-ci ?
  • J'ai fait un mauvais rêve...
  • Oh, ma perle, fis-je pleine d'amour, viens par là !

Je la câlinai sans ménagement. Il n'y avait rien de plus sincère que les bras d'un enfant. Enfant qu'il me serait aussi compliqué d'avoir... Pleine de ressenti, je la portai au lit et me couchai près d'elle jusqu'à ce que nous trouvions le sommeil dans l'amour qui nous unissait.

Jim

Une fois à l'air frais, j'errai au hasard des rues pendant de longues heures. Je refusais qu'elle rejette ce que nous avions. Mais que se passait-il ? Je perdais le contrôle de tout ! Son état commençait à sérieusement m'inquiéter.

Il fallait que je fasse quelque chose. Je devais raviver les braises, lui rappeler que notre lien était indéfectible...

À bout de nerfs, d'incompréhension et d'impuissance, je me mis à chanter :

Mon regard dans les étoiles lentement se noie
J'aimerais y plonger pour dilater le temps
J'ai dans ma collection de souvenirs une image de toi
Ce soir-là tes pupilles brillaient faiblement

Le souffle coupé quand tu ramenais de l'air

Filer rêveusement, ça, tu sais le faire

Pour planer tu ne vas pas t'acheter de l'herbe

Tu préfères rêver sans appeler de l'aide

...

Le plafond de la ville m'absorbe et je ne peux rien faire contre sa volonté

Les points blancs dans le ciel obscur viennent se prolonger

Dans mon regard et ce de façon prononcée

...

À l'heure où j'écris ces mots la nuit a tué le jour

Dispersant dans les cieux des morceaux de soleil éparpillés partout

À l'heure où j'écris ces mots la nuit a tué le jour
Dispersant dans les cieux des morceaux de soleil éparpillés partout

À l'heure où j'écris ces mots l'automne a tué l'été
À l'heure où j'écris ces mots l'automne a tué l'été
En lui demandant, juste avant "Peux-tu m'éclairer?"

Malheureux et seul, je ne voulais pas rentrer.

Finalement, S était la seule chose que je n'avais pas inventée. Elle n'était sortie ni de mes ténèbres ni de ma lumière. Elle était une identité entière et elle était bien là et ce, depuis toujours. Elle me complétait et m'aidait à avancer depuis tant d'années. Sans elle, rien ne valait plus la peine. Je sortis mon carnet et me mis à assembler quelques mots. Une chanson ? Un texte ?

Non, juste notre amour qui ne me réchauffait pas ce soir là ...

Judith

  • S. se perd dans sa souffrance.
  • Elle me fait penser à toi, Ju, lui dit Soan en la faisant tourner entre ses bras. Tu sais ce qu'il te reste à faire ?
  • Oui... Et si elle refuse ?
  • Tu feras alors ce qu'il faut. Ses doutes nous mettent tous en danger. Les ténèbres sont là. J'ai vu l'évacuation de Horto, les vilains ici, Aourouh... Tu dois la ramener.
  • Un besito amor mio.
  • Siempre estaré contigo...

S.

Du même côté que les mots de Jim, je me retrouvais encore à être réveillée par mes peines.

Quand allait-il sortir de ma tête et de ce cœur que je n'avais plus ? Dans l'obscurité de la nuit, je laissai le noir me remplir de plus en plus. Bien que Jim soit rassuré par lui, sans lui à mes côtés, je sombrais dans un gouffre sans fin. Personne pour me rattraper. Personne pour me rassurer. Personne pour...

  • S. ? la voix de Judith me percuta.
  • Judith ? Tu es venue ?
  • Bien sûr ! Toujours ! souffla-t-elle en m'enlaçant. Les cris du cœur que tu n'as plus sont venus jusqu'à moi. Tu ne dois pas les laisser gagner.
  • Je refuse de les faire taire. Ils me protègent de tout cet amour hypocrite.
  • C'est un mensonge. Laisse-moi te montrer.

Elle posa ses mains sur moi pour me projeter dans mes souvenirs, mais je m'écartai violemment.

  • Ne joue pas à ça avec moi, Ju.
  • Il le faut, S.
  • Je t'ai dit que je refusais, éclatai-je. Lâchez-moi un peu avec vos merdes, là ! C'est moi qui le vis, pas vous !
  • Mais enfin S, tenta-t-elle.

Elle s'approcha de moi et tenta de nouveau de me toucher. Refusant de replonger dans ce qui me semblait loin désormais, je l'attrapai à la gorge et serrai ma poigne. Je la regardai se débattre puis lui murmurrai :

  • Tu sais que je t'aime, Ju. Je t'en prie, pars. Ne me brise pas plus que ce que je suis déjà.

Contre toute attente, Judith m'attrapa le bras avec ses deux mains et me propulsa dans de merveilleux souvenirs. La lumière m'envahit et mon corps se souleva. Je fermai les yeux me laissant voguer sur les doux flots que je ne voulais plus. Je la lâchai et elle tomba au sol m'arrachant à mes doux secrets d'amour et de bonheur. J'ouvris les yeux et tombai à mon tour. Je repris vite la maitrise de mon esprit qui de nouveau s'abandonnait à une fausse réalité.

  • Tout ça n'est pas pour moi, Judith, prononçai-je dans un soupir. Pars ! hurlai-je.

Paniquée et démunie, ce fut, les larmes aux yeux, qu'elle s'enfuit dans l'ombre. Plus de lumière pour moi, juste le noir environnant qui m'éteignait...

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