Quand tout s'accélère

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S.

Ce matin, en me réveillant, la première chose que je vis fut les yeux de Mila gros comme des billes.

  • Tu as dormi par terre, S. ?
  • Euh... Oui, on dirait bien ! En plus j'ai trop mal au dos, me plaignis-je en grimaçant.
  • Bah ! rigola-t-elle. Je sais que c'est pas vrai !
  • Allez, viens par là que je te chatouille et te gratouille, petite fripouille !
  • Ah non, pas les guilis ! cria-t-elle en s'enfuyant.
  • Si je t'attrape, je te croque ! Canaille ! m'amusai-je en contournant le canapé pour l'attraper.

Une fois emprisonnée dans mes bras qui la faisaient rire aux éclats, Mila ne pouvait plus respirer tant notre bonheur l'étouffait. Soudain, elle s'arrêta net et demanda :

  • S., et si on sortait aujourd'hui ?
  • Comment ça, sortir ? On est bien là, non ?
  • Ça fait des jours qu'on est ici. J'aimerai aller jouer dehors. J'aimerai aller à la bibliothèque qui a une porte en bois avec pleins d'écritures dessus.
  • Où as-tu vu cette porte, Mila ? me redressai-je pensive.
  • Quand on est venues en bus l'autre jour, on est passées devant.

Cette porte était un symbole fort dans chaque monde dans lequel nous étions passés. Elle devait encore renfermer des merveilles, des secrets ou des ténèbres. Mauvaise idée.

  • Je ne pense pas que ...
  • Allez, S., s'il te plaît ? me supplia-t-elle en faisant la moue.
  • Rah ! Bon, d'accord, mais au moindre danger, on rentre illico !
  • Reçu cinq sur cinq, Capitaine !
  • Mila, ne m'appelle pas comme ça... soupirai-je. Bon allez, va t'habiller pendant que je te prépare de quoi déjeuner.

Elle partit en sautillant, toute contente de notre nouvelle escapade en perspective. La voyant si heureuse, je ne pus m'empêcher de l'être aussi. Le sourire aux lèvres, je lui tartinais de confiture son morceau de brioche.

Une poignée de minutes plus tard, nous étions prêtes à découvrir ce que renfermait cette fameuse porte en bois aux mille gravures...

Jim.

Dans le bus depuis des heures, je restais cloitré dans un coin. La casquette enfoncée sur la tête et la capuche de mon sweat par-dessus, personne ne me remarquait. Je passais inaperçu parmis la foule qui montait et descendait dans un incessant va-et-vient bruyant.

Quand un regard trop insistant s'arrêtait sur moi, je tournai mes cartes tellement vite que je finissais toujours par disparaître.

Soudain, je les vis dans la rue. Mila trottinait, heureuse de prendre l'air frais et S., toujours méfiante, regardait derrière elle comme si elle était traquée. Que faisaient-elles dehors ?

Le bus s'arrêta et elles montèrent à bord. Je me mis instantanément à chanter, trop heureux de pouvoir les voir de si près sans qu'il y ait un cataclysme :

Quand elle rentre dans le bus, ce n'est pas un individu
Cette fille est une variation de l'air, une infinitude
Une atmosphère en plus, une population à elle seule
Le regard dans le vide, elle ne verra pas ma belle gueule
L'odeur qu'elle dégage tue la totalité de mes sens
Faut pas qu'elle redescende, j'pourrai pas renaître de mes cendres
Quand elle rentre dans le bus, ce n'est pas un individu
Cette fille est une variation de l'air, une infinitude
Une atmosphère en plus, une population à elle seule
Le regard dans le vide, elle ne verra pas ma belle gueule

Assis au fond du bus, j'ai pris un ticket sans arrêt
La tête contre la vitre, je ne pense a rien, je l'admets
Tout d'un coup une fille monte, nos regards ne se croiseront jamais
J'ai pris de quoi écrire, et puis je l'ai décrit dans mon carnet

Elle se retourna sur ma voix, scruta les passagers pour me voir, me lire, m'écouter, recevoir.

Donner ? non, elle en était incapable : c'était mon tour.

"Prends ma douce, pensai-je." Elle tirait inconsciemment sur le fil qui nous liait. Notre cœur battait à tout rompre. Et moi, je lui parlais en silence, en murmurant des paroles qu'elle seule pouvait entendre :

Il y a la nuit dans le regard de cette fille
Elle me laisse septique
Je ne connais pas bien son histoire comme Shakespeare
Mais moi je m'en fous tant que demeure la rêverie
Elle me donne le vertige
C'est comme si tout d'un coup j'étais asservi
Elle n'avait pas de peine et paraissait sans merci

Elle avait les yeux brillants
Les cheveux bruns et elle
S'est bien débrouillée
Pour que mon cœur soit broyé
Certains la draguaient
Mais moi je la traquais
J'étais comme drogué
Je n'avais plus de tracas
Puis quand elle est descendue, j'ai tout oublié d'un trait
Victime d'amnésie, comme pour se souvenir d'un rêve
C'est comme si j'avais trébuché sur son absence
Et, elle s'en allait loin de moi, comme si je n'avais rien d'essentiel

Quand elle rentre dans le bus, ce n'est pas un individu
Cette fille est une variation de l'air, une infinitude
Une atmosphère en plus, une population à elle seule
Le regard dans le vide, elle ne verra pas ma belle gueule
L'odeur qu'elle dégage tue la totalité de mes sens
Faut pas qu'elle redescende, j'pourrai pas renaître de mes cendres

Elle était à de doigts de dévoiler notre secret. À deux doigts de nous mettre à découvert. Je ne pouvais pas quitter ses yeux du regard. Soudain, quelque chose attira son attention dans la rue. Elle leva une main et arrêta une flêche qu'elle brisa en deux d'un coup de genou. Djoki arrivait en courant dehors, l'épée à la main. Il fit un saut et traversa la vitre qui explosa. Un SorGriff, trois goulards et quelques Barlokors prirent d'assault le bus. Les passagers s'enfuirent en vitesse. S. sauta sur Mila et la couvrit de son corps comme un bouclier. Elles partagèrent en vitesse la boîte de Mi et la petite disparut dans un rai de lumière. Mila en sécurité, S. se retourna vivement et se mit à se battre. Riouh brisa le bus en deux de son épée, et entra dans le combat qui éclatait.

Je retournai vite mes cartes et fusionai avec Djoki. Ri'ordis à la main, je fis crisser le bout de la lame contre le fer. Des étincelles en sortirent et je commançai à la faire tourner. Elle trancha la gorge du SorGriff et se planta dans l'abomen d'un Barlokor. Je décuplais mon épée et envoyai le double à S qui commençait à peiner.

Au loin, Aourouh nous observait en criant des malheurs. Ses ondes, sorties tous droit des tréfonds, nous destabilisèrent un instant. Des SorGriffs nous envahirent de toute part. Chacun d'entre nous à son poste, le combat se poursuivait. Riouh ne cessait de cingler tout ce qu'il y avait autour de lui. Aro arrivait, Judith et Soan se joignirent à nous. Et Solis débarqua avec Skasaas et Saalis. Rassuré, j'osai croire qu'à nous tous, nous allions nous en sortir.

Le bruit de l'épée de S. qui tomba à terre me fit me retourner et je la vis clouée à un siège. Je glissais à terre jusqu'à l'épée et rassemblai en vitesse Ri'ordis. S. se débattait et le poison commençait à se répendre dans ses veines. Je me redressai devant elle et brandit Ri'ordis pour couper le fil invisible qui reliait la flêche à son archer. Au moment d'abattre le tranchant qui allait la libérer, elle m'éjecta avec ses jambes sur le côté et le coup de lance qui m'était destiné la transperça.

  • Putain ! S. ! hurlai-je.

Je ressentis toute sa douleur et le sang qui sortit de sa bouche m'étouffait. Aro, vint couper les jambes du tireur et lui arracha la tête d'un revers de patte. Il me lança un portail et m'ordonna de le passer avec elle. Je brisai le lien qui la retenait encore, me dissociai de Djoki qui, un court instant, colla son front contre le sien, et ouvris le portail sous nos pieds.

Dans un élan de dernier instant, elle me saisit le bras et, dans un souffle, elle me dit :

  • Je sens l'horizon, Jim...

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