Une vérité qui lui appartient

6 minutes de lecture

Quand mon dos toucha le sien, je tombais dans ses plumes douces et soyeuses.

  • Zorig... murmurai-je en glissant mes doigts dans son plumage.

Il me déposa à terre puis je retrouvai mon chemin sans trop de difficultés. Au moment où j'allais déblayer la porte, une main se posa sur mon épaule et me fit me retourner. Dans le noir total, le stress me monta d'un coup et je me mis à battre l'air dans l'espoir d'atteindre ma cible. Un lasso s'illumina dans le noir et je sus imméditement qu'Alec était celui qui le tenait.

Doucement dans la nuit, je l'appelai :

  • Alec, c'est moi, Jim.
  • Merde, Jim, excuse-moi, je t'ai pas reconnu.
  • Où est S. ?
  • Elle est dans son monde. Ce n'est pas le meilleur, mais bon, tu sais comment elle est. C'est tout un extrême, elle.
  • Comment ça s'est passé ?
  • Viens, entrons. Je ne veux pas parler dans la forêt.

Une fois à l'intérieur, Alec nous raconta les évènements passés dans un autre monde, à un autre endroit, pendant un autre moment, bien loin de nous tous.

  • Son cocon était bien trop épais pour moi... J'y ai versé le sang de D. qui l'a tout de suite enrobé, mais au lieu de se briser, il a éclaté en poussière de lumière. La dernière fois que j'ai vu ça, ce n'était pas bon signe.
  • Merde, souffla Jo, tout est de ma faute aussi... Je suis...
  • C'est moi qui suis désolé, Jo, le coupa Alec. Je me suis emporté tout à l'heure. J'aurais pas dû. Nous sommes tous du même côté et se tirer dans les pattes est contre-productif. Je ne sais pas où elle est partie et j'espère bien qu'elle a trouvé un endroit où elle s'est réfugiée.
  • Est-ce possible qu'elle ait pu être à deux endroits différents au même moment ?
  • Qu'est ce que tu veux dire par là, Jim ? questionna Sulas.
  • Quand je suis sorti tout à l'heure, je l'ai vu courir dans la forêt.
  • Comment ? s'étonna Jo pendant que Alec se levait.
  • Je l'ai suivi jusqu'au gouffre qui sépare la forêt de la clairière.
  • L'a-t-elle traversé ? demanda Alec, inquiet.
  • Non, je l'ai retenue, mais son corps a éclaté en poussière de lumière. Exactement comme tu l'as décrit.

Alec et Sulas se regardèrent en souriant.

  • Ensuite, elle...
  • Elle t'a soulevé dans les airs n'est-ce pas ? continua Sulas.
  • Oui ! fis-je plein d'entrain. Puis, elle m'a dit de la retrouver.
  • Oh putain ! éclata Alec. Elle a traversé la mort pour venir te chercher. Mais c'est dingue ce qu'il y a entre vous ! C'est sûr qu'avec ça, on pourra tout contrer !
  • Tout contrer ? relevai-je.
  • Une autre fois Jim, intervint Jo. Tu en as eu assez pour aujourd'hui. Nous ferions mieux de tous nous reposer. Le soleil se lève dans quelques heures et nous devons reprendre des forces.
  • Oui, tu as raison Jo, confirma Sulas. Au repos les gars !

Le feu de la cheminée s'éteignait doucement dans notre planque enfouie sous la terre. Je n'arrivais pas à trouver le sommeil et pensais à elle et à cet enfant perdu dans un passé qui m'était encore inconnu il y a quelques heures. Que serait notre vie si chacun d'entre nous mettait une part dans un être qui serait le fruit de notre amour. Au vu des ténèbres qui rodaient dehors, je devais renoncer à cette idée. Pourtant, les moments près d'elle me manquaient déjà. J'aimais sentir son corps nu contre le mien et je chérissais ces moments qui n'arrivaient que rarement. Ils étaient finalement bien mieux dans ma tête que dans notre réalité. Et si la vie revenait en elle ?

  • Jim, j'entends tes pensées d'ici mec !
  • Et merde Alec ! Tu fais chier à lire dans ma tête !
  • Tu te tortures l'esprit mon gars. S. ne peut donner la vie qu'une fois tous les cinq ans. Chaque vie perdue lui repousse cette possibilité de trois ans. La dernière fois, c'était le deuxième qu'elle perdait. La première fois c'était pendant son adolscence. Enfin, vous n'êtes pas soumis au temps vous. Sa vie débutait et elle a été capturée par les maudits pour sauver Ju et Mila.
  • Ah oui, je me souviens de plus l'avoir vue pendant deux ou trois sids.
  • Oui, trois exactement. La semence d'un maudit a pénétré son corps pendant qu'elle était retenue dans la prison où se trouve Nic. Les yeux bandés, elle ne savait pas ce qu'il se passait.
  • Mais comment est-ce que ...
  • C'est pas comme ici, les maudits répandent leur semence à terre pour qu'elle féconde les gens comme nous. Ainsi, le mal dans les ventres des femmes, ils se reproduisent en insérant les ténèbres en elles. Elle m'avait raconté qu'elle avait senti remonter sur ses jambes comme des milliers de bêtes qui avaient fini par lui rentrer par tous les orifices.
  • Mais c'est déguelasse ça !
  • Quand Nic s'est fait emprisonné, moi, sous forme de fouine, je suis allé visiter les prisons dans le but de chercher le père de Lucas. Je suis aussi tombé sur elle, le ventre rond entrain de vomir des horreurs. En dévoloppant mon pouvoir d'échange d'apparence, j'étais revenu la tirer de là. Les pouvoirs ne fonctionnant que très peu de temps dans leurs souterrains, je m'étais surpassé ce jour là et une fois à l'abris je l'avais sortie du sac dans lequel je l'avais fourrée et moi, j'avais perdu connaissance. Elle m'a soigné et elle m'a veillé jusqu'à ce que je me remette.
  • Putain de putain ! dis-je en me redressant sur les coudes.
  • Comme tu dis ! Son corps se déformait de plus en plus vite et un jour elle a pris ma dague et s'est ouvert le ventre en deux. Avant que ce monstre ne sorte d'elle, elle se l'était retiré et l'avait tué.
  • Mais bon Dieu !
  • Ouais, ensemble on l'a jeté dans le gouffre et avant qu'elle n'y tombe aussi, je l'ai rattrapée puis soignée. Je tiens à elle plus qu'à ma vie. Sans elle, je n'existe plus.
  • Elle ne m'a jamais parlé de ça. Ni de sa vie dans le monde réel. J'ignore tout un tas de truc finalement.
  • C'est sûrement mieux comme ça crois-moi ! Si vraiment elle se sent en confiance, elle finira par te raconter des bribes d'elle. Tout ce que je sais c'est que si elle est venue à toi c'est qu'elle compte sur toi. Ce qu'il se passe entre vous est assez exceptionnel, tu ne trouves pas ?
  • Oui, soufflai-je. Il va falloir que je me fasse à cette idée de mélange de dimension.
  • Ça viendra...
  • Et pour le nôtre ?
  • Le vôtre ?
  • Oui, notre enfant, je veux dire.
  • Il est tout simplement mort. Il s'est décroché tout simplement. Nous l'avons remis en terre comme S. l'a souhaité. Elle l'a pleuré pendant de long jours. Les lunes sont passées et l'obscurité de ses sentiments l'ont maintenue enchaînée. Un jour, un petit oiseau est passé par la cheminée et s'est posé sur elle un instant. Elle est sortie de la forêt avec lui dans les mains, et, après l'avoir embrassé elle l'a fait s'envoler. Le soleil s'est levé sur elle ce jour là et puis, nous n'en avons plus jamais reparlé.
  • Tu penses que cet oiseau est...
  • Bien sûr qu'il l'est. Ici, nous croyons que chaque vie compte et celle-ci n'aurait jamais dû s'éteindre si tôt.
  • Où est-elle maintenant ?
  • Si elle a passé la mort et qu'elle est venue te chercher alors elle a dû retourner dans les bas-fond de son monde sûrement.
  • Ah merde !
  • Ouais, en plus avec son caractère, la ramener ne sera pas une mince affaire, mon gars !

Je me recouchais et, les yeux rivés vers le plafond, je susurrai :

  • J'y arriverai.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 6 versions.

Vous aimez lire Sila P. ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0