Quand l'amour entremêle les dimensions.

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Sous le saule

S.

J'ouvris les yeux brusquement. Je me redressai en vitesse, paniquée : de l'air, il me fallait de l'air ! Je n'y voyais pas bien : quelque chose troublait ma vision. Je portai mes mains à mes yeux et sentis des écailles qui ne voulaient pas tomber. Quelqu'un se redressa vivement non loin de moi et ses mouvements attirèrent mon attention. Je commençais à me sentir en danger. Il se pointa devant moi et m'attrapa par les épaules.

  • S., ma douce, calme-toi.
  • Je connais cette voix, m'apaisai-je. Jim ?
  • Putain, S., fit-il d'une voix tremblante, tu as des écailles sur les yeux, ma belle.
  • Oui, je... lâchai-je en les caressant.
  • Attends, laisse-moi faire.

Il embrassa longuement chaque écaille et elles se liquéfièrent sur mes joues.

  • Voilà ma puce, murmura-t-il en essuyant ma peau. Tu es trop belle.
  • Jim... prononçai-je en baissant les yeux. Merci.
  • N'aie pas peur de mon regard. Lui aussi, il t'aime.

Je relevai la tête vers lui et mis mes mains sur ses joues. Je passais mes doigts dans sa barbe et caressai ses lèvres. Je le dévorai avec mes yeux jusqu'à croiser les siens. Il colla sont front contre le mien et soupira de désir. Il passa ses mains dans ma nuque et les remonta dans mes cheveux. Il murmura ma lettre contre mes lèvres, qui n'attendaient que les siennes, puis il me déshabilla lentement. Ma robe tomba sur mes pieds et il caressa mes plaies. Mes mains sous ses habits, je sentis sa peau frissonner. Il releva mon menton et me sourit.

  • Tu sais ce qu'il va se passer quand on va s'embrasser ?
  • J'ai pas envie Jim. Je veux rester ici. Je veux le vivre. Te sentir. T'aimer. Brûler.

Je lui enlevai son tee-shirt et le respirai longuement. Il sentait encore mes larmes. Son corps était meurtri et la douleur m'envahit.

  • Tu es trop bon avec moi. Tu ne devrais pas.
  • Je te rappelle que nous partageons le même cœur. Tu es précieuse, ma petite chérie.
  • Mais Jim, regarde-nous...
  • Ne pense pas à tout ça, trancha-t-il en collant mes mains sur son torse. Là, sous les arbres, dans ton jardin secret, il n'y a que nous.

Le visage tourné vers lui, j'approchai mon corps du sien. Je le désirai et au point où j'en étais peu m'importaient les autres dimensions. Même si cela nous y projetterait.

  • S., tes larmes sont remplies de lumière.
  • C'est toi qui me les donnes. Laisse les éclater au sol, les particules de lumière nous envelopperont de chaleur.
  • Tu es magique S. Tu rends tout plus beau, tu sais. Je...
  • Je suis prête Jim. Embrasse-moi de mots.

Il me serra contre lui et nos peaux s'attachèrent l'une à l'autre sans jamais se défaire. Mes seins dans sa chaleur se durcirent. Il embrassa mon cou, passa ses mains dans le bas de mon dos en m'attirant toujours plus près. Son corps tendu contre le mien, je faufilais mes doigts dans son pantalon qui glissa sur ses chevilles. Nos habits disparurent et nos corps nus s'entremêlèrent. Il me souleva et dans ses bras, je me laissai emporter. Il me coucha dans l'herbe grasse et s'étendit près de moi. Son corps contre le mien, ses yeux dans les miens, je n'en pouvais plus de la distance qui séparait nos bouches. Je me relevai et lui volai le baiser qui pendait à ses lèvres. Il ferma les yeux et il s'abandonna à nos baisers langoureux. Il me regarda de nouveau et la voix pleine d'un désir brûlant, il me dit :

  • Je te vois ma belle. Est-ce que tu crois que...
  • Tu es mon extraordinaire, Jim. Ne réfléchis plus mon amour. Fais-moi l'amour avec des mots, encore une fois...

Le contact de ses lèvres chaudes contre les miennes nous projeta dans une autre dimension, à un autre moment, quelque part où deux personnes allaient s'aimer de trop près sans savoir à quel point elles étaient liées.

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Dans une autre dimension

S.

Sans le mesurer, je me retrouvai du côté des mots de Jim. Je pensais justement à ce mec que j'avais rencontré l'autre soir, au supermarché. Les bras chargés comme d'habitude, je ne voyais plus où je mettais les pieds. Nous avions partagé son chariot tout simplement, puis il m'avait raccompagnée jusqu'à ma voiture. Cet homme semblait être un roc, mais derrière son sourire se cachait tellement de tendresse et de retenue que j'avais l'impression qu'il s'excusait presque d'être là. Pauvret... En vrai, il me sauvait la mise sans le savoir.

Étrangement, il n'avait plus quitté mes pensées. Je ne le connaissais pas, je ne savais pas son nom et même après être retournée au supermarché, je ne l'avais jamais recroisé.

Un jour pluvieux, son être entra dans ma boutique. Je me souvenais encore de nos mots maladroits.

Attirée par ce qu'il dégageait, je l'avais regardé saisir quelques fleurs et composer un bouquet.

  • Bonjour, fis-je doucement. Je peux vous aider ?
  • Je... Vous en pensez quoi ? me questionna-t-il sans me regarder.
  • C'est parfait.

Troublé, il avait relevé la tête et soulevé sa casquette.

  • Euh, je... balbutia-t-il, je vous connais vous ! Vous êtes la dame qui ne prend pas de chariot, hein ?
  • Euh... fis-je gênée, oui c'est moi !
  • Bien, bien, bien... Je ne pensais pas vous revoir un jour. Pourtant, j'y suis retourné et puis je... bon bref. Pardonnez-moi, je ne suis pas... Je...
  • Allez, venez, coupai-je en voyant son embarras, je vais vous emballer tout ça. Il est pour qui ce magnifique bouquet ?
  • Pour Jess.
  • Ah, lâchai-je deçue, Jess. Okay !
  • Non mais je... Enfin, c'est ma...
  • Ça va, pas besoin d'en dire plus. Tenez, je vous l'offre.
  • Non mais...
  • J'insiste.
  • Merci.

Il avait baissé la tête et les yeux dans les fleurs, il m'avait attrapée par dessus le comptoir et avait glissé à mon oreille :

  • Vous ne quittez pas mes pensées.

Puis il était parti sans se retourner. Plantée là, je m'étais demandée qui était ce type. Tout était électrique autour de lui. Ma vie était une tempête ces derniers temps. Je devais sûrement être trop sensible et me faire des films. Enfin, j'avais soupiré et puis j'étais passée à autre chose.

Il était revenu le lendemain et le surlendemain et puis, tous les jours. Il m'avait raconté des morceaux de sa vie. Celle de Jess, sa sœur, puis son quotidien, sa mère, son travail. Je l'attendais chaque matin avant qu'il commence ses journées. J'ouvrai la boutique plus tôt pour qu'il reste plus longtemps. Il passait en fin d'après-midi pour m'aider à tout ranger sans jamais rien demander. Juste comme ça.

Assise dans la voiture à l'adresse qu'il m'avait donnée, je me posais tout un tas de questions. Mais pourquoi un mec comme lui venait me voir tous les jours ? Il n'avait pas su répondre à cette question, lui non plus. C'était drôle de se sentir aimée gratuitement. Il était tellement gentil, je ne comprenais pas ce qu'il fichait dans ma pauvre vie. Je n'étais pas une bonne pioche, je le savais. Les mains sur le volant, je me demandais si je ne devais pas faire demi-tour. Le lâcher, il trouverait sûrement mieux que moi. Des coups sur la vitre me firent sursauter. C'était lui, de l'autre côté, sous la pluie, sous sa casquette, il me souriait encore. Il faisait éclater toutes mes pensées.

Il ouvrit ma porte et me tendit une main chaude que je saisis fermement. Il me mena devant une porte en bois et se tourna vers moi.

  • Alors, fit-il stressé, tu dois promettre certaines choses avant d'entrer. J'ai gravé pas mal de lettre ici et je les ai toutes barrées. Je me suis trompé plein de fois et je ne suis pas aussi sûr que je le voudrais mais bon... Je pense que toi, tu peux entrer ici.
  • Euh... Okay. Je t'écoute.
  • Alors, souffla-t-il. Tout ce que tu verras doit rester ici. Tout ce qui sera partagé doit y demeurer. Tu dois aussi rester honnête et franche. Faut pas forcer, faut pas s'obliger, si ça va pas, on sort, d'accord ?
  • Promis, Jim. Mais attends, tu m'emmènes où là ?
  • Dans le secret de mon cœur. Ne le détruis pas.
  • Okay, et si je ...
  • Je n'attends rien de toi. Je ne te demanderai jamais plus que ce que tu peux me donner. Je me contenterai de toi, simplement. Tu promets de faire pareil ?
  • Je promets.
  • Bien, alors je grave ta lettre près de la mienne. Tu pourras toujours te réfugier ici. Pour importe le temps, la distance, la vie, les dimensions, tu seras ici chez toi, pour toujours. Stresse pas, prends ma main, ma douce, je t'ouvre juste mon cœur.
  • Très bien, allons-y alors.

Quand ma lettre fut gravée près de la sienne, la porte s'entrouvrit. Il regarda derrière nous et me fit passer devant. Le noir total m'attendait et je détestais ça. Il lâcha ma main et je commençais à paniquer. Apeurée, j'entendais des clefs tourner dans la serrure, m'enfermant dans le noir de son cœur.

Quand il me saisit de nouveau. Des millions de particules de lumière s'échappèrent de moi. Je regardais mes mains qui dégageaient lentement des rais de poussière dorée. Sans bouger, je les observai se fixer dans le noir.

  • Je savais que tu pouvais le faire, sourit-il.
  • Jim, c'est magique. Je... Mais...

Sous une pluie inversée d'or, j'entrelaçai nos doigts et me rapprochai de lui. Il passa son bras sur mes épaules et je passai le mien autour de sa taille.

  • Aujourd'hui, tout est presque calme, ici. Mais si la mer se soulève et me fracasse, si un jour le vent m'emporte bien trop loin de moi-même, si la terre m'engloutit, est-ce que tu veux bien me tenir la main S. ?
  • Oui, je serai là. Il te suffira de fermer les yeux. Peut importe où tu seras Jim, je serai là.

Les yeux remplis de larmes d'amour, il m'embrassa de tout son être. Tout s'évanouit autour de nous et une porte se dessina au loin. Il serra ma main et me fit avancer vers elle. Il la poussa doucement et je découvris un endroit complètement surnaturel. Je passais au milieu d'un couloir qui semblait être un tunnel sous les profondeurs. Sur les parois, des tas de mots y étaient gravés. J'en reconnaissais certains, il m'appartenaient. Il y avait un vent chaud qui sortait de mes mots. Il y avait même des mots que je ne lui avais jamais avoués. Tout brillait, tout était beau, tout était merveilleux. Mon cœur était gravé dans le sien sans même que je le sache. Mais qui était ce type, bordel ? Comment était-il rentré si profondément en moi. Mais pourquoi moi ? Je voulais fuir. J'avais peur de nous, de cet amour soudain que je chérissais dans le secret. Je voyais des tas de mots continuer d'être gravés dans la lumière des lettres. Je sentais ses mains dans mon dos. Il me caressai sans me toucher. C'était incroyable ce qui était en train de se passer.

Je fis des pas en arrière jusqu'à le percuter.

  • Tu as peur S. ?
  • Je... Oui, mais pourquoi moi ? Je n'ai rien à donner, rien a promettre, rien de sûr, je...
  • Regarde ce que tu me donnes. Ce n'est pas rien, tu sais. Tu me remplis de douceur, de tendresse, j'en ai besoin, j'en ai envie. Ton prénom est indélibile dans mes pensées. Je suis ton extraordinaire. Tu es mon merveilleux. Tu es ma bonne pioche S.
  • Je...
  • Ma belle, je crois en toi. J'y crois pour nous deux.

Une douce musique envahit l'espace. Il me fit touner et me ramena à lui. Il posa ma main sur son cœur et je le sentis battre à tout rompre. Il ferma les yeux et, en dansant contre moi, il serra mon visage dans ses mains. Il m'embrassa délicatement et des centaines d'oiseaux perforèrent le sol. Nous commençâmes à nous envoler avec eux. Ils nous menèrent au bord d'un ruisseau, dans l'herbe grasse et douce. La lune se reflétait dans l'eau qui coulait sans tarir. Le bien-être m'écrasa. Je passais mes mains dans sous ses vêtements et m'imprégnai de sa peau. Je voulais la goûter, la respirer, la manger. Il était un biscuit dans mon chocolat chaud.

Nous nous déshabillâmes en dansant l'un contre l'autre. Tout était doux et beau. Ses yeux pétillaient de plaisir. Il m'allongea dans l'herbe et passa ses doigts entre mes seins qui frémissaient de désir. Il les embrassa et ses baisers d'amour et de mots remontèrent dans mon cou. Je glissai mes mains dans sa barbe, dans ses cheveux. Et dans mes respirations qui débordaient d'affection, je lui donnai tout ce que j'avais.

Quand tout ne fait qu'un.

Soudain, les deux dimensions ne firent qu'une. Chacun dans son jardin, nous réinventâmes l'amour. Nous le partageâmes passionnément, lentement, tendrement, sauvagement, encore et encore.

Il se diffusa en nous, parcourant nos êtres transpirants.

Mon corps perla de lumière sous ses caresses. Il faisait naître en moi ce que je n'avais jamais eu. Nos corps mélangés glissaient l'un contre l'autre en unissant nos atomes. Nous ne faisions qu'un. Et puis, après être allés se baigner dans l'eau chaude dans laquelle se reflétait la lune, nous recommencions, encore. J'aimais tant le sentir dans mon corps. Il me susurrait des mots d'amour. Nous roulions dans l'herbe en laissant derrière nous le trop plein de nos étreintes en particules de lumière.

Lui sur moi, moi sur lui, nous nous lassions jamais de nos corps entremêlés.

Le temps s'arrêta, il n'y avait que nous sous la lune, dans le vent, sous les abres, dans l'eau chaude.

Tout s'y encra et nos lettres devinrent indélibiles.

Un amour fort.

Simple.

En un seul mot.

En toutes lettres.

Entre les plis du temps et des dimensions.

Juste nous.

Juste comme ça.

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