Quand l'amour n'est pas qu'un mot.

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Dans une dimension bien trop proche de la réalité.

S.

Après avoir roulé dans l'herbe jusqu'à échouer sur les rives baignées des reflets de la lune, Jim n'avait plus les mêmes mots, plus le même regard. La peur l'avait saisi et subitement, toute la magie s'était évanouie. J'étais moi-même comme une funambule sur le fil de nos mots d'amour, à douter sans arrêt, à avoir peur de tomber, encore. Il devait redoubler de mots rassurants et sans le savoir, il prenait mes doutes. Sa main me tenait jusqu'à présent et puis tout d'un coup, il m'avait juste lâchée. La raison était entrée dans son esprit et avait fini par l'accaparer. Je ne pouvais rien dire, rien faire. Elle avait fait pareil avec moi.

Il m'avait gentiment ramenée à ma voiture, sans rien dire de clair. Il rouméguait des mots qui pénétraient mon pauvre cœur comme des flèches enflammées. Des "je ne sais pas, je ne veux pas les mêmes choses que toi, je ne veux pas m'enfermer, je ne veux pas m'engager, stop ! Je suis fatigué, j'arrête, et si je te blesse et si je..." il parlait en s'arrêtant, en se retournant sur chaque porte qu'il fermait. Nous en avions passées plusieurs et le grondement de ce qu'il renfermait se réveillait. La tempête arrivait, je la reconnaissais. Je le suivis, perdue dans l'odeur de ce que nous venions de partager, j'étais en colère, sans vraiment comprendre ses demis-mots.

Avant de fermer la portière, il m'avait murmuré qu'il n'avait pas assez confiance en lui et qu'il avait peur.

  • La porte reste ouverte, S. Seule toi peux la franchir. Toujours...
  • Toujours n'existe pas, Jim.
  • Je...

Sans même finir sa phrase, il remonta sa capuche sur sa casquette. Il ferma son cœur, son sourire, ses yeux et ses mots ne sortaient plus. Sans même se retourner, il s'enfonça dans la nuit, les mains dans les poches, le regard sur le sol. Au loin, la lune ne nous éclairait plus.

Je démarrai la voiture complètement retournée. Je remplis l'habitacle de toute la peine qui me faisait flancher et appuyai sur l'accélérateur. La musique de mes tendres souvenirs résonnait en moi. Arrivée en bas de mon immeuble, je n'avais même plus la force de monter jusque chez moi. Mais bordel ! Ce mec me faisait tourner la tête bien trop vite et j'en perdais l'équilibre...

Après m'être trompée dix fois de clef, je trouvai enfin la bonne. Je balançais mon sac et mes chaussures dans l'entrée et, en allant à la salle de bain, je me débarrassai de mes habits qui sentaient encore mes mots gravés sur ses parois. L'eau chaude me brûlait la peau. Plus de perles de lumière, plus de magie. Je me recroquevillai sous l'eau qui pleuvait sur mon corps et y mêlai mes larmes amères.

Les jours passèrent ainsi. Sans nouvelles de lui. Sans mots. Je savais bien que c'était trop beau pour moi. Moi, qui venais de tout plaquer dans ma putain de vie. Moi, qui avais un cœur trop fragile qui s'emballait sûrement trop vite, trop fort. Je me perdais dans la vérité de ce que je lui avais donné. Comment le nier ? Comment faire comme si cela n'avait jamais existé ? Comment passer par-dessus sans le voir ?

Une autre journée à la boutique finie, je préférai rentrer à pieds encore une fois. J'aimais marcher dans la nuit. Depuis que je l'avais rencontré, je m'étais mise à aimer le sombre, la rouille, le gris et le pluvieux. Il avait fait naître en moi des choses inconnues, il m'avait caressée comme personne auparavant. Il m'avait fait l'amour en m'embrassant avec des mots. Mais qui faisait des choses pareilles ? Il était tout simplement d'un autre monde, d'un autre univers. Une autre dimension qui me dépassait clairement.

Je n'étais qu'une putain de mauvaise pioche mise à côté des autres cartes. Certainement qu'un de ces quatre, je servirai. En attendant, je complétais un jeu bien garni.

À chaque douche, je lavais mon corps de lui. Mes pensées me trompaient souvent : je l'imaginais près de moi à me savonner, me sêcher, je sentais ses mains sur ma peau, entre mes cuisses, parcourant mon corps la nuit. Il était sans arrêt présent dans ma tête, dans mon esprit. Je lui écrivais puis j'effaçais parfois même cent fois de suite pour enfin renoncer... Et lui ? Où était-il ? Que pensait-il ?

Je soupirai ma nervosité, puis je me mis à crier ma colère dans les airs. Je sortis de la douche et me dirigeai dans la cuisine. J'ouvris les placards et plus les jours passaient, moins j'avais de vaisselle... Tant pis pour celle qui restait. Je la saisis et la fracassai au sol en crachant les mots qui me détruisaient. Tout ce que je voulais, c'était lui près de moi. Ses doigts mélangés au miens. Ses mots sur ma bouche. Ma lettre sur ses lèvres. Son corps dans le mien. Son prénom indélibile sur ma peau, dans mes pensées. "Si je ne dis pas les choses, ce n'est pas pour autant que je ne les pense pas" m'avait-il dit. "Mais alors, pourquoi ne pas les dire ?" avais-je répondu. Pourtant, il me disait bien plus quand il m'aimait. Ses mots, si bien assemblés, me faisaient rêver, me donnaient des ailes, illuminaient ma nuit de poussière dorée, alors pourquoi quand nous réfléchissions tout cela disparaissait ?

Merde plus d'assiettes. Les verres et les tasses restants finirent en éclats contre le mur. "Ben oui je suis expressive !" hurlai-je. "Et alors ? Pourquoi me taire ? Tu as peur de mes mots ? " exprimai-je en me souvenant de nos échanges. "Je suis solitaire" m'avait-il répondu. "Solitaire ?" crâchai-je. "Solitaire ? Et quand tu m'enveloppes de tendresse es-tu seul ? Quand tu me remplis de douceur et que tu m'embrasses de tout ton être, es-tu seul ? Mais merde ! Putain de merde ! Jim !"

Je lui criai dans son silence ce que mon cœur ne supportait plus. Le recevrait-il ? L'entendrait-il ? Je n'en savais rien. Fallait juste que mon ressenti sorte, qu'un peu de mots soit mis dessus.

La réalité de l'état de ma cuisine me frappa soudainement. Mais qu'est-ce que j'étais en train de faire ? Je débloquai... J'attrapai pelle et balai et me mis à ramasser les débris de mon âme, ceux de mes sentiments, de mes doutes, de mes peurs... Un grand sac se remplit doucement, mes larmes mouillèrent mes joues et une chanson vint retentir dans le silence de mon appartement. Ses mots firent accélérer mon souffle :

https://soundcloud.com/jimcobrel/comme-des-chiens?in=jimcobrel/sets/jim-cobrel

Je n'apprivoiserai pas la menace, si d'esprit je lutte, le reste s'encrasse,

La Californie s'étend jusqu'à Paris, étoile d'argent, poète maudit.

L'amour se chante en anglais, et les sentiments, si on les reconnait, ne valent plus rien.

Car ici, on ne vit même pas comme des chiens.

Je n'arracherai jamais l'écaille. Elle porte ton nom et ma faille.

La souffrance s'accroche à nos peaux comme les souvenirs au corbeau.

L'amour est toujours hors délais, et les sentiments, si tu les reconnais, ne valent plus rien

Car ici, on ne vit même pas comme des chiens.

Je ne nierais jamais l'évidence, bien qu'elle m'aveugle de sa brillance.

L'Europe se tient par les bourses, pendant que l'humanité finit sa course.

L'amou nous traîne comme un boulet, et les sentiments, si on les reconnait, ne valent plus rien.

Car ici, on ne vit même pas comme des chiens.

L'amour éxécute tous nos souhaits, et les sentiments, si tu les reconnais, ne valent plus rien.

Car ici, on ne vit même pas comme des chiens.

Soudain, des coups retentirent à ma porte.

  • S. ! m'appela-t-il en tambourinant de plus belle. Ouvre la porte !

Je me levais vite et allais ouvrir.

  • Jim ?
  • Putain S., lâcha-t-il en m'enlaçant.

Il respira ma peau, et se refugia dans mon cou.

  • Tu m'as manquée, dit-il en me regardant.

Il détourna ses yeux vers le bazar de ma cuisine.

  • Mais qu'est-ce que...
  • C'est rien, fis-je confuse, c'est euh...

Il se détacha de moi et posa ses mains sur les murs.

  • J'entends mes mots dans ton silence, S. Laisse-moi les remplacer.
  • Jim, écoute, je...
  • Je te tiens la main dans la tempête. N'aie pas peur.

Puis il se mit à fredonner puis à chanter. Il m'avait donné cette chanson mais je l'avais laissée tomber à terre. Il me prit dans ses bras et nos corps s'emboitèrent parfaitement. Sa tendresse m'envahit de nouveau. Il me fit tourner contre lui et murmura ses quelques mots avec toute sa vérité. En pesant chacun d'entre eux. Là, tout simplement, dans le bordel de ma vie. Au cœur de la tempête. Il me souffla son réconfort :

https://soundcloud.com/jimcobrel/en-pens-es-vagabondes

J'étais là, avec tous mes doutes. Là oui, sur le bord de ta route. Alors tu t'es dit sans réfléchir, que ce soir, t'allais me faire rire.

Puis demain, on verra bien. Tu voulais juste me prouver qu'il restait encore des humains,

au milieu de rien, au milieu de rien.

J'étais là avec tous mes rêves. Là oui, où les autres les crèvent.

Alors tu t'es dit sans malice, que ce soir, t'allais partager mon précipice.

Et demain ? Demain, on verra bien. Tu voulais juste me prouver qu'il restait encore des humains,

au milieu de rien, au milieu de rien.

Une âme me lie dans l'espoir du monde, et on ne s'y allie qu'en pensées vagabondes, qu'en pensées vagabondes.

J'étais là avec tous mes silences, là oui où le futile trouve résonnance.

Alors, tu t'es dit sans rien attendre, que ce soir, t'allais t'endormir sur mes cendres.

Et que demain on verra bien, on verra bien. Tu voulais juste me prouver qu'il restait encore des humains,

au milieu de rien, au milieu de rien.

Une âme me lie dans l'espoir du monde, et on ne s'y allie qu'en pensées vagabondes.

Une âme me lie dans la vérité de l'existance, et on ne s'y allie qu'en confondant nos errances, qu'en confondant nos errances.

Il colla son front contre le mien et me susurra :

  • Tu es mon merveilleux, ma douce. Viens t'endormir sur mes cendres, allonge tes jambes. Laisse-moi t'aimer sans douter.

Il passa ses mains dans mes cheveux, et embrassa mes larmes de lumière. Il m'avoua que mon nom était indélibile dans ses pensées. Il m'attira plus près de lui et son baiser nous projeta dans un autre monde, sous un saule, dans un jardin dérangé. Loin dans mes rêves, je sentais le vent dans les lianes. Il était mon reflet et aujourd'hui, il me souriait. Et demain ? demain on verra bien...

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