Chapitre 8 - Après la flotte bouillante

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Je reste quelques secondes planté comme un con dans la vapeur du jacuzzi, la peau encore brûlante, la tête pleine de cette saloperie d’adrénaline qui te fait croire que tu viens de vivre un truc énorme alors qu’en réalité tu viens peut-être juste de te foutre dans une merde monumentale. La terrasse est silencieuse comparée au bordel qui hurle dans la villa derrière la baie vitrée, mais même ici l’air sent encore la sueur chaude, le parfum trop cher et cette odeur indéfinissable de fric qui dégouline partout à Malibu comme si la ville entière avait décidé de s’astiquer la conscience avec des billets.

Kylie sort de l’eau la première, et évidemment elle le fait comme une chienne magnifique qui sait exactement l’effet qu’elle produit. L’eau glisse sur ses jambes, sur ses hanches, et je me surprends à la regarder comme un putain d’abruti affamé, exactement le genre de regard qu’elle doit collectionner comme des trophées. Elle ne dit rien, elle se contente de me lancer ce petit sourire insolent qui veut dire : oui, je sais que tu me veux, et oui, je sais aussi que ça va te rendre complètement fou.

Aušra sort juste après, beaucoup plus calme, beaucoup plus froide, comme si toute cette histoire n’était qu’un exercice parfaitement contrôlé. Elle attrape une serviette, se sèche avec cette élégance arrogante qui donne envie de lui dire d’aller se faire foutre tout en ayant envie de la baiser partout. Son regard se pose sur moi, pas tendre, pas cruel non plus, juste lucide, comme si elle regardait un animal intéressant dans un laboratoire de luxe.

Je sors enfin du jacuzzi et l’air de la nuit me frappe la peau comme une gifle froide. Je me sens à la fois puissant et complètement ridicule, ce mélange sale qui te donne l’impression d’être un roi et un bouffon en même temps. La musique continue de cogner dans la villa, les basses passent à travers les murs comme un cœur qui bat trop vite, et je me dis que toute cette baraque est une foutue machine à fabriquer des conneries.

Kylie me balance un verre de whisky comme si elle lançait un os à un chien, et évidemment je le rattrape. Je bois. Le liquide me brûle la gorge et je sens mon cerveau devenir encore un peu plus stupide, ce qui est probablement la meilleure condition pour survivre à ce genre de soirée.

« Tu penses trop », elle me dit en me regardant comme si elle parlait à un type adorablement idiot.

Je ricane.

« C’est mon super-pouvoir de connard. »

Elle s’approche, pose un doigt sur mon torse, pas doucement, pas brutalement non plus, juste assez pour me rappeler que je suis encore dans son terrain de jeu.

Aušra éclate d’un petit rire bref derrière elle.

« Non », dit-elle calmement. « Son super-pouvoir, c’est qu’il est manipulable. »

La phrase me rentre dans le bide comme un coup de genou, mais au lieu de m’énerver je souris comme un crétin. Parce qu’au fond je sais qu’elle n’a pas complètement tort. Je passe ma vie à jouer au mâle dominant devant des caméras, à faire croire que je contrôle tout, et là je me retrouve face à deux femmes qui me regardent comme si mon numéro était juste un jouet amusant.

On retourne à l’intérieur, et la fête a encore monté d’un cran dans le délire. Une fille danse sur la table basse comme si le bois allait s’ouvrir sous ses talons, un mec applaudit en riant comme un milliardaire débile, et quelqu’un renverse une bouteille entière sans que personne n’ait l’air de trouver ça important. Le sol colle sous les semelles, l’air est lourd, et tout le monde a cette tête de gens qui ont décidé que la nuit peut bien aller se faire foutre.

Kylie attrape ma main et me tire vers la foule avec cette énergie insolente qui te donne l’impression d’être entraîné dans une bagarre que tu as déjà perdue. Aušra nous suit, plus lente, plus calme, avec ce regard qui semble toujours savoir exactement où la soirée est en train d’aller.

Et moi, pauvre abruti, je me laisse faire.

Parce que je suis assez débile pour aimer ça.

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