Prologue
Je ne me souviens que de peu de chose dans ma terrible existence. Ma propre conscience est si morcelée qu’il est de considérables enjeux de définir le propre « je » ; de définir si je suis bien un sujet ou un objet. Ces questions doivent être étudiées, et l’heure consacrée à l’appropriation de ma place dans l’univers : de mon égo à proprement parler ; ne peuvent être résolues ni ici, ni maintenant. Ainsi, la quête de savoir si mon corps était bien le mien, ou si je subsistait d’une autre et lointaine destination serait pour un futur que je redoute. Se définir soi : c’est avancer. C’est cette certitude de pouvoir poser des mots facilement, cet ancrage dans le présent et dans le réel qui nous permettent d’établir un pas pour être matériel et donc faire partie de la réalité.
Je redoutais les réponses, ou plutôt l’absence de réponse. Ne pas savoir était mieux avant de ne pas raisonner. Si et quand je me mettais à raisonner, aucune satisfaction puisse venir ; je ne pourrais que douter de moi-même, tandis qu’à cette heure, j’étais uniquement perdue. J’ai bien mes propres souvenirs, mais ils ne sont pas faibles. Ou trop éloignés du présent ; je me vois animale. L’animal n’existe que dans le présent, sa conscience du future est relative et sa raison, sa préservation n’est qu’une habitude génétique. C’est ainsi que je demeurais, cherchant à survivre plus qu’à voir le monde autrement. Ce prisme de réel s’est ouvert à moi, et le quand et comment c’était il y a quelques minutes.
Dans les cieux, dans le vide spatial, orbitant au-dessus de la planète, d’immenses vaisseaux trônaient. Ces édifices colossaux étaient chargés de protéger, dissuader, et de transmettre le message à la terre même. Celui, que Korriban était bien la terre au cœur de l’Empire. Non pas car c’était une capitale, ni par son administration ; mais parce-que ici, d’innombrables individus mourraient chaque jour pour naître sith. Leurs sang délavés et contaminés finissaient par se purifier en se maculant des faibles. Les ancêtres d’où d’immenses statues, d’où la planète était toute couverte de tombeaux en hommage aux plus puissants des seigneurs pouvaient contempler dans leurs morts la gloire perpétuelle qu’ils avaient bâtis, agrandis, perpétrés.
Korriban était une terre d’apparence aride avec son argile, ses grès et son sable. Ses deux soleils qui tournoyaient de manière à n’offrir qu’une nuit très courte, mais qui pourtant n'empêchait pas les températures d’atteindre des degrés négatifs. La Force ici était tantôt rouge tantôt noire. Le côté obscur, nommé ainsi pour les ignares, recelait d’une pression différente. Je pouvais sentir l’assemblage de centaines de milliers de vies sur des millénaires ; chaque petit individu échouant, qui comme une fourmi qui contribuent à la ruche -ici la Force- à grandir et prospérer ; comme les plus puissants maîtres, qui pouvaient à eux seuls gagner des territoires, modeler l’Image et la volonté des siths. Je pouvais sentir la Force antique bien différente d’actuelle, qui s’était adaptée aux générations, aux humains, à toutes les créatures qui trônaient.
La navette qui devait conduire nombre d’initiés dont moi sur la terre ferme s’est écrasée : de violents orages, signes d’anomalies frappaient sans discontinuer. Les détecteurs sabotés, les humains déréglés, les signaux hurlant : puis le choc sur le sol. Je me suis protégée avec mon propre pouvoir. N’importe quel utilisateur digne de ce nom pouvait le faire. Mais pas à mon âge, pas sans être un individu et en ayant autant de maîtrise si rapidement. J’étais crainte de l’inquisition. Le gouvernement ne m’a pas tuée, uniquement parce qu’il convoitait mon pouvoir. Le pouvoir appel le pouvoir, et la magnificence de l’Empire ne peut que resplendir davantage. C’est la propre philosophie de ce monde brutaliste, de ce monde qui ne tourne ses yeux que vers un progrès et une uniformisation, un remodelage de la conscience pour sa propre subsistance.
Comme je l’ai dit, ma propre conscience de moi était faible. Toutefois, celle que j’avais ne collait pas à mon passé. C’était comme si tout d’un coup j’étais réveillée d’un long coma. Peut-être pendant des centaines d’années, ou un millénaire. Il était difficile de dire pourquoi et comment. Je ne pense pas être une ancienne personne, comme je ne pense pas être cette jeune fille. Le corps se régénère entièrement tous les sept ans. Notre conscience s’allume et s’éteint toute les nuits, nos rêves prennent possession de nos souvenirs pour les déplacer et les fixer. Au réveil aucun décalage, pourtant un pétaoctet de donnée subit des modifications pour arranger notre mémoire. Notre cerveau perd plus de dix milles neurones, et seulement un millier sont créés chaque jour. Des connexions qui s’allument, s’éteignent, notre propre machinerie presque imparfaite, se fait et se défait. Ainsi le « moi » n’a jamais existé et n’existera jamais.
Je pensais jamais résoudre ce problème, ou du moins pas dans une situation aussi précaire. Pourtant, rien ne me semble fini. Je ne suis qu’au milieu du désert, sans nourriture, sans eau. Des créatures sauvages arrivent, et je ne ressens qu’un sentiment de banalité. Je suis moi. Au sens strict. Je n’ai pas besoin de croyance superflu, si je meurs il n’y aura pas de transmutation de donnée, pas de savoir qui va quelque part. Je suis moi, et j’ai toujours été moi car mes propres souvenirs aussi factices puissent-ils êtres, aussi artificiels sont-ils, ce ne sont que les simples choses qui peuvent me définir. Mes habitudes, mes comportements sont guidés par ceux de générations d’avant.
Des limaces k’lor : c’est-à-dire des créatures massives et monstrueuses, au corps allongé. Une gueule béante s’ouvrait sur plusieurs rangées de crocs acérés capables de broyer os et métal. Une allure de cauchemar, autant que celui d’un ver géant. Elles étaient de tailles à avaler rapidement des humains, et se baladaient en grand nombre. Très grand nombre, se reproduisant à une vitesse excessivement rapide. C’était trivial ; mon propre souffle me paraissait content ; satisfait d’un dénouement où je pouvais m’exprimer à travers l’art qu’est celui de la Force.
Je n’ai fait que les écraser. Pas avec mon propre corps, mais de manière physique, c’était comme si une pression énorme les compressait sur le sol. Leurs masses, leurs poids, leurs immenses aiguilles au nombre formidable, tout se réduisait en bouillie. Puis, je me suis effondrée. Rapidement à plat. Trop, il était évident que je ne maîtrisais pas mes pouvoirs. Pourtant, dans mes songes je flottais. J’ai pensé expérimenter la mort imminente, me voir du-dessus. Puis, d’autres navettes sont apparus avec les soldats d’honneurs amurés de rouges, puis des siths. Ça se sentait qu’ils maîtrisaient la Force même si je n’ai pas pu voir leurs lames. Ma conscience s’est dissipée alors que j’étais transposée dans un nouvel endroit. Je me suis réveillée dans l’infirmerie, en une bâtisse en forme de pyramide, de taille titanesque : on l’appelle l’Académie. Elle émet plus d’énergie que beaucoup de tombeaux, elle est un amas de pierre de grès, de glyphes, rituels, et autres langues siths collée sur la roche.

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