Chapitre 30

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La deuxième pulsation ne se contenta pas de faire vaciller les flammes.

Elle sembla traverser la pierre.

Pas comme une onde physique.

Comme quelque chose de plus profond, de plus ancien, qui ne passait ni par les murs, ni par l’air, mais directement par ce qui les entourait… et par ce qui les constituait.

Apolline sentit son souffle se couper.

Pas complètement.

Juste assez pour comprendre que ce qu’elle ressentait ne venait pas d’elle.

Elyndra, elle, ne bougea plus du tout.

Son regard s’était fixé vers l’extérieur, vers le cœur du palais, comme si elle pouvait voir à travers les murs.

Et dans ce regard, il n’y avait plus seulement de la tension.

Il y avait de la certitude.

« C’est le cristal. »

Sa voix était basse.

Mais sans doute.

Izia inspira brusquement.

Et cette fois, elle pleura.

Pas doucement.

Pas comme un enfant qui se réveille.

Un cri.

Clair.

Brut.

Percutant.

Qui déchira le silence de la chambre comme rien ne l’avait fait jusque-là.

Apolline réagit immédiatement.

Elle se pencha, la prit, la serra contre elle.

« Ça va… ça va… »

Mais non.

Ça n’allait pas.

Pas du tout.

Le cri ne diminuait pas.

Il montait.

Comme une réponse.

Comme si quelque chose, ailleurs...

L’appelait.

Ou lui faisait mal.

Elyndra fit un pas.

Puis un autre.

Vers la porte.

Puis s’arrêta.

Hésita.

Une fraction de seconde.

Et cette hésitation,était nouvelle.

Parce qu’elle impliquait un choix.

Le cristal.

Ou rester.

Izia pleura plus fort.

Apolline leva les yeux vers Elyndra.

« On ne peut pas rester ici. »

Le mot “on” tomba naturellement.

Sans réflexion.

Sans stratégie.

Elyndra la regarda.

Et dans cet instant, quelque chose bascula.

Pas dans le palais.

Entre elles.

Elle hocha la tête.

« On y va. »

Le couloir n’était plus le même.

Les gardes n’attendaient plus.

Ils couraient.

Des ordres fusaient.

Contradictoires.

Trop nombreux.

« Évacuez l’aile est ! »

« Personne dans la salle du cristal ! »

« Reculez ! »

Une troisième pulsation traversa l’espace.

Plus violente.

Les torches s’éteignirent presque.

Puis se rallumèrent dans un souffle instable.

Un garde recula brutalement contre un mur.

« Ça ne s’est jamais comporté comme ça ! »

Un autre cria :

« On doit le stabiliser ! »

Elyndra ne s’arrêta pas.

« Personne n’approche sans moi ! »

Sa voix coupa le chaos.

Un instant.

Mais pas complètement.

Apolline suivait.

Izia contre elle.

Le bébé pleurait toujours.

Et ce n’était plus un simple pleur.

C’était...

Insupportable.

Pas en volume.

En sensation.

Comme si chaque cri portait quelque chose de plus lourd que du son.

Comme s’il résonnait.

Dans le corps.

Apolline serra les dents.

Elle sentait quelque chose.

Pas le vide.

Pas comme avant.

Autre chose.

Une chaleur.

Une pression.

Une direction.

Comme si elle savait où aller.

Sans réfléchir.

Elyndra ouvrit les grandes portes.

La salle du cristal.

Et là, tout s’arrêta.

Ou plutôt, tout explosa.

Le cristal ne flottait plus calmement.

Il pulsait.

Violent.

Instable.

Sa lumière dorée n’était plus douce.

Elle éclatait.

Par vagues.

Par éclairs.

Par projections.

Des fragments de lumière jaillissaient autour de lui, frappant l’air comme des éclats impossibles à fixer du regard.

Un garde cria :

« Ne regardez pas directement ! »

Trop tard.

Un autre recula, les mains devant les yeux.

« Ça brûle ! »

Mais ce n’était pas une brûlure.

Pas vraiment.

C’était pire.

La lumière était trop intense pour être comprise.

Trop pure.

Trop instable.

Elle avalait les formes.

Elle effaçait les contours.

Elle rendait tout irréel.

Izia hurla.

Un cri plus fort que les précédents.

Plus aigu.

Plus déchirant.

Le cristal répondit.

Oui.

Répondit.

Une impulsion plus violente traversa la salle.

Un éclat doré explosa vers le plafond.

Les gardes reculèrent.

Certains tombèrent à genoux.

« Éteignez ça ! »

« On ne peut pas ! »

« Votre Altesse— ! »

Mais Elyndra n’écoutait plus.

Elle regardait.

Le cristal.

Puis...

Izia.

Puis...

Apolline.

Et là...

Elle comprit.

Pas tout.

Mais assez.

« Ce n’est pas instable. »

Murmura-t-elle.

Sa voix se perdit dans la lumière.

« Il réagit. »

Apolline fit un pas.

Sans réfléchir.

« À elle. »

Ajouta Elyndra.

Mais ce n’était pas totalement vrai.

Parce que le regard du cristal, Était aussi sur Apolline.

Elle le sentait.

Elle n’aurait su dire comment.

Mais elle le savait.

Une impulsion.

Encore.

Plus forte.

La lumière devint presque insoutenable.

Apolline plissa les yeux.

Mais ne recula pas.

Elle avança.

Un pas.

Puis un autre.

« Apolline— »

La voix d’Elyndra n’était plus un ordre.

C’était un avertissement.

Ou une peur.

Mais elle ne s’arrêta pas.

Parce que quelque chose...

L’appelait.

Pas comme le rêve.

Pas comme une voix.

Comme une évidence.

Izia pleurait.

Mais moins.

Non,

Pas moins.

Différemment.

Comme si ses cris, s’accordaient.

Avec les pulsations.

Elyndra hésita.

Encore.

Puis...

Elle fit le choix.

Elle avança aussi.

Et attrapa la main d’Apolline.

Instinctivement.

Sans réfléchir.

Le contact fut immédiat.

Réel.

Fort.

Apolline tourna légèrement la tête.

Leurs regards se croisèrent.

Une seconde.

Pas de mots.

Pas besoin.

Elles avançaient ensemble.

Vers quelque chose qu’elles ne comprenaient pas.

Mais qu’elles ne pouvaient plus éviter.

Le cristal pulsa.

Plus vite.

Plus fort.

La lumière devint...

Aveuglante.

Totalement.

Les formes disparurent.

Les gardes.

La salle.

Les murs.

Tout.

Il ne restait que la lumière.

Dorée.

Infinie.

Et leurs mains liées.

Et dans cet éclat impossible, quelque chose répondit.

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