Toujours payer un ravisseur en chèque

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 Vendredi et samedi, Suzie s’était appliquée dans sa mission mais n’avait toujours pas de quoi faire progresser l’enquête. Elle y avait pourtant cru quand un monsieur coiffé d’un chapeau en aluminium avait fait irruption dans la librairie en hurlant « C’est la fin du monde ! ». Visiblement, lui avait une autre version que la sienne puisqu’il clama peu après « Les palourdes nous envahissent ! ». Si en plus les palourdes s’y mettaient, il n’y avait plus qu’à espérer que les palourdes mangent les chats et que les humains mangent les palourdes. Ce ne devait probablement pas être le bon ordre dans la chaîne alimentaire mais du moment qu’il y avait assez de vin blanc pour cuisiner un gigantesque plat de fruit de mer, l’humanité avait encore de beaux jours devant elle. Suzie avait aussi acheté un des fameux livres qu’elle avait découvert l’autre jour grâce à Madame Ferrand : « La Grande Histoire des Chats ». Elle espérait trouver des éléments qu’elle pourrait mettre en relation avec ce qu’elle déjà avait découvert grâce à Duke. Ce dernier, de son côté, avait eu plus de succès. Il avait réussi à s’entretenir brièvement avec Mademoiselle George qui, exaspérée d’avoir été dérangée pendant sa sieste, lui avait donné le nom du Vieux Léon auprès duquel il pourrait obtenir les renseignements qu’il cherchait.

Le Vieux Léon était un matou connu de tout le quartier comme un mâle dominant imposant, solitaire et maître des gouttières. La rue n’avait aucun secret pour lui. Lorsque Duke l’eut trouvé à son repère habituel, près du restaurant « Le Vieux Léon » duquel il tirait son nom, il fut satisfait de voir que la chatte ne lui avait pas menti et qu’il avait également recouvré ses habilités psychiques. Jouant de ses talents de médiateur pour le convaincre de ne pas le chasser de son territoire en lui mordant sauvagement la nuque, Duke lui avait demandé s’il avait perçu une limite géographique à leur transmission. Ce dernier lui avait répondu que, selon les dires de ses compères et ses propres repérages, il y en avait bien une et que celle-ci n’allait pas plus loin que le pâté de maison comprenant la résidence, le restaurant, et une vingtaine d’autres logements. Soit moins de six-cents mètres à la ronde. Mais il était pour le moment impossible de savoir si cela valait uniquement pour le quartier ou si d’autres foyers de transmission existaient ailleurs. Avant de partir, Duke s’excusa de son intrusion et lui proposa de faire partit de leur coalition, ce qu’il refusa net en lui laissant cinq minutes et pas une de plus pour déguerpir.

 C’était son premier jour de repos de la semaine et Suzie qui se sentait prête à donner un tournant à sa vie s’était décidée à aller faire le marché, chose qu’elle n’avait plus faite depuis sa rencontre avec Octavien, faute de temps et l’envie de rester blottie au lit avec lui l’emportant sur tout le reste. Elle avait sorti son cabas qui lui avait servi à entreposer des tas de choses avant de reprendre du service : des chaussures, des bocaux, son linge sale et ses tickets de caisse... Elle descendit l’escalier en le trainant derrière elle et porta une attention extrême aux marches devenues glissantes, polies par le passage incessant des résidents. Elle passa par les trois paliers qui auraient cruellement besoin d’être rafraîchis pour mettre en avant le cachet du bâtiment, un ancien hôtel particulier du XXe. Les moulures du plafond étaient noires de salpêtre, la peinture des soubassements s’écaillait et avait disparue à plusieurs endroits, laissant le plâtre à nu. La rampe en fer forgé était élimée de toutes parts et branlait quand on s’appuyait dessus. Les luminaires étaient couverts d’une épaisse couche de poussière, excepté ceux dont les ampoules avaient été changées récemment. Elle atteignit rapidement le hall d’entrée de la résidence carrelé en damier et passa devant l’ascenseur d’une vétusté telle que peu de gens se risquaient à le prendre. Malgré tout, il n’était jamais tombé en panne, gage de son excellente manufacture. À gauche, il y avait le concierge. À son arrivée dans la résidence, il l’avait accueillie en maugréant et lui avait donné les clés accompagnées d’un document explicatif sur les règles en vigueur avant de retourner à ses occupations. Elle le voyait de temps à autres faire le ménage ou entretenir le jardin mais ne lui adressait que rarement la parole, comme les autres résidents. Elle avait cependant dû batailler lorsqu’elle voulut faire installer la chatière sur sa porte. De ce qu’elle avait cru comprendre, il s’entendait très bien avec le propriétaire, pingre au possible, d’où l’état déplorable de la résidence. À droite, il y avait Catherine Leroy. C’était sa voisine de palier qui lui en avait parlé. On l’avait surnommée « La folle aux chats » en raison de sa passion prononcée pour ces petites bêtes. Elle travaillait en tant que traductrice à son propre compte mais passait tout son temps libre à faire le tour des concours et des expositions félines. Elle avait apparemment gagné plusieurs prix et était membre honoraire de la FFF, la « Fédération Féline Française ». Personne ne lui connaissait de conjoint ni même d’amis ou de famille. La première fois qu’elle l’avait vu, elle lui avait glacé le sang. C’était une femme d’une maigreur effarante et d’une pâleur maladive. Seule son épaisse chevelure rousse lui avait permis de ne pas la confondre avec un fantôme. Il lui était arrivé de la croiser à plusieurs reprises mais elle n’avait jamais osé aller plus loin que les simples salutations de convenance auxquelles elle ne répondait pas. Elle avait demandé à Duke si cette dame, ainsi que la maîtresse des siamoises étaient entrées contact avec les chats, ce qui ne semblait pas être le cas. Suzie se souvint alors de Mademoiselle George et pensa qu’elle devrait aller s’excuser.

Sous l’escalier, au fond du hall, un réduit servait à entreposer les poubelles. Un petit trou avait été creusé en bas du mur en guise de bouche d’aération. C’était par cette issue que se faufilait Duke pour sortir et rentrer de la résidence. Elle l’avait surpris un jour en train en se contorsionner puis disparaître dans le jardin, simple étendue de pelouse avec quelques bancs disposés aléatoirement, des buissons en pagaille et des rosiers mal entretenus. Le tout était ceint par quatre gigantesques murailles qui séparaient l’ancien hôtel du reste du monde en formant un enclos inviolable. La grille de l’entrée était peinte dans le même rouge bordeaux que la façade, parsemée d’imposantes fenêtres et étonnamment neuve. C’était la seule concession qu’avait bien voulu faire le propriétaire ; ravaler la façade.

 Le marché s’étendait tout le long du boulevard voisin. De loin, Suzie entendait les commerçants haranguer les passants en leur vantant la fraîcheur de leurs produits, accompagnés par une fanfare qui jouait occasionnellement sur le trottoir d’en face. Elle se retrouva enveloppée d’une multitude de senteurs : l’odeur âcre des olives la fit saliver, au même titre que les poulets que des marchands faisaient cuire sur le stand attenant. Ne manquaient plus que les beignets de calamar et elle se reverrait enfant, avec ses parents, en train de serpenter le long des étales en Espagne croulant sous le poids des fruits gorgés de soleil. De délicieuses courgettes lui faisaient envie. Un marchand de mets orientaux lui proposa de goûter à ses pains cuits sur bois. Un autre qui vendait du miel lui tendait une cuillère pleine du précieux liquide doré. Elle piqua un morceau de saucisson tranché au camion du charcutier et le fromager lui fit grâce d’un échantillon du nouvel arrivage de Compté affiné douze mois en y adjoignant un clin d’oeil. Le fumé, le sucré et le salé se mêlèrent harmonieusement dans sa bouche et suffirent à la rassasier. Si elle pouvait se permettre de le faire tous les jours, elle n’aurait plus à faire les courses ni la cuisine. C’était sans compter sur le sens inné de l’observation des commerçants qui vous reconnaissait même après une longue absence.

-Mais ça ne serait pas la petit Suzanne ? S’enquit la maraîchère chez qui elle venait régulièrement acheter de la salade.

-Bonjour. La salua-t-elle les joues roses.

-On pensait que tu étais partie ! Alors, qu’est-ce que tu deviens ?

-Je travaille à la librairie, sur la place.

-Tu as arrêté tes études ?

-Oh vous savez, il s’est passé tellement de choses entre-temps…

-Encore une histoire de garçon je parie !

Elle n’était pas si loin de la vérité. Octavien avait déménagé chez Suzie l’été précédant leur deuxième année de licence. N’étant plus très sûre de ce qu’elle envisageait pour l’avenir, elle avait mis un terme à son année peu après le début du semestre préférant intégrer directement le monde du travail pour toucher un salaire qui supporterait le couple. Lui avait continué. Elle se demanda si Octavien serait encore avec elle si elle était restée à l’université…Non ! Elle ne devait pas y penser. La maraîchère l’interrompit dans ses pensées :

-Pour fêter ton retour, je t’offre une salade. Une batavia comme d’habitude ?

-Oui, merci.

Au moment où la main de la maraîchère s’arrêta au-dessus d’une énorme batavia qu’elle s’apprêtait à saisir comme une peluche dans une machine à pince de fête foraine, Suzie se ravisa :

-Tout compte fait, je voudrais une feuille de chêne. Moi aussi pour fêter mon retour, je veux changer un peu mes habitudes.

-Alors jeune fille, il faudrait savoir !

La dame, imposante par sa carrure, rit à gorge déployée.

-Je suis contente de voir que ça se passe bien pour toi. Tiens, voilà ta salade. J’espère te revoir la semaine prochaine !

-Merci beaucoup. Je penserai à vous en la mangeant. Bonne journée.

- À toi aussi ma petit Suzanne.

 Si elle avait arrêté d’aller au marché pendant un temps, elle avait toujours tenu à sa baguette fraîche. Aujourd’hui, elle changeait simplement de chemin pour y aller depuis le boulevard. Elle se souvenait qu’il y avait une maison devant laquelle elle aimait passer de temps en temps pour la contempler et elle y fit un crochet. Ce qui la charmait tout particulièrement dans son architecture, c’était le toit qui s’avançait largement au-delà des fondations et dont les bords laissaient choir un délicat lambrequin. Il suivait la lucarne en formant une arche tout en entrelacement de volutes. Les rambardes des balcons étaient dessinées dans le même style. Des murs d’enceinte identiques à ceux de la résidence enfermaient la demeure dans une épaisse végétation qui la cachait de moitié. Suzie avait essayé d’entrevoir la cour de devant en se hissant sur la pointe des pieds mais tout ce qu’elle y gagna fut de manquer de se tordre la cheville en voyant un homme débouler derrière elle et lever le sourcil. Fort heureusement pour elle, ce n’était pas le propriétaire. Elle se remit en route en boitant. Arrivée à la boulangerie, elle dû faire la queue devant le comptoir. Devant elle, une fillette tenait la main de sa mère et se tortillait, regardant avidement les pâtisseries gonflées de crème. Lorsque sa mère l’autorisa à en choisir une, elle se colla littéralement contre la vitre protégeant les précieux gâteaux et entra dans une intense réflexion, comme si sa vie dépendait d’un chou. Elle se laissa tenter par un cochon en pâte d’amande. Elle devait être de train de décider si elle devait commencer par manger le groin ou la queue pendant qu’on le lui emballait dans une boîte en carton. Sa mère lui confia le paquet et lui dit :

-Pour le dessert ma chérie.

Elle acquiesça de haut en bas et porta son petit carton comme un trésor. Le client suivant était un vieux monsieur avec des hanches bancales. Sa moustache, bouclée aux extrémités, semblait s’enrouler ou se dérouler en fonction du mouvement de ses lèvres. Suzie se demanda s’il s’en servait pour s’orienter dans l’espace comme les vibrisses du chat. Elle avait appris dans son livre qu’en plus d’en avoir sur le museau, ils en avaient aussi au niveau des pattes antérieures. Elle s’imagina alors le vieux monsieur avec une moustache sur chaque mollet. Puis son tour vint :

-Une traditionnelle s’il vous plaît.

-Et une traditionnelle pour la demoiselle !

La boulangère ressemblait beaucoup à la maraîchère, tant par son physique que par sa bonhommie. Elles étaient des femmes de caractère, avec une rudesse apparente qui se ressentait dans leurs larges épaules mais qu’une grande sympathie venait contrebalancer avec des formes généreuses. En attendant son pain, elle profita du fait de n’avoir pas d’autres personnes après elle pour entamer la discussion :

-Dites-moi, à propos de la maison qui fait le coin de la rue et de l’avenue, vous savez si elle est habitée ?

-Celle avec les dentelles ?

-Oui.

-On m’en a vaguement parlé. Apparemment ce serait un homme vivant seul avec son chat. Il a emménagé il y a quelques mois et on raconte des choses très étranges à son sujet. Ses volets sont toujours fermés et une cliente qui habite à côté m’a dit qu’elle l’entendait souvent causer tout seul comme s’il répondait à quelqu’un !

Le volcan sous sa tête explosa. Elle ne pouvait pas affirmer que le personnage ne soit pas juste schizophrène, mais la combinaison de « chat », « causer tout seul » et le fait qu’il habitait dans le supposé rayon d’action des soi-disant pouvoirs psychiques la renforçait dans sa profonde conviction que cela ne pouvait être le fruit du hasard. Il y avait de grandes chances qu’elle ait enfin trouvé un semblant de piste ! Elle voulait sauter sur la boulangère : elle n’était plus seule au milieu des extraterrestres et pouvait refourguer sa mission à quelqu’un d’autre pour avoir la paix et continuer de se lamenter tranquillement devant « Je t’aime. Moi non plus. » qu’elle n’avait pas regardé depuis deux jours. Chris avait dû enterrer Marnie dans un cercueil de glace qu’il conservait dans un congélateur au milieu des Mister Freeze et son meilleur ami avait envoyé son escouade spéciale de bernard-l’ermite à sa poursuite pour venger sa mort.

Elle devait être stratégique dans l’interrogatoire de la boulangère ; ne pas aller tout de suite à l’essentiel pour ne pas éveiller les soupçons, mais ne pas tergiverser pour avoir le temps de relever un minimum d’informations. Par quoi devait-elle commencer ? La race du chat ? C’était inutile. S’il avait une ou un partenaire ? On lui avait déjà dit qu’il vivait seul. Son adresse ? Elle la connaissait. Son nom ? Elle n’aurait qu’à le lire sur la boite aux lettres. À quoi il ressemble ? Si elle le croisait par hasard dans la rue et qu’elle arrivait par miracle à le reconnaître à partir d’un portrait-robot que la boulangère aurait dessiné sur sa baguette, pourquoi pas.

-Ça vous fera un euro et cinq centimes s’il vous plaît.

M**de !

 En rentrant en trombe à la résidence, Suzie, peu fière d’avoir échoué haut-la-main à sa première épreuve d’espionne au service des envahisseurs cracheurs de boules de poil, se prit les pieds dans l’amoncellement de chaussures qu’elle avait entassées dans le vestibule. Elle pesta et les repoussa sur le côté.

-Duke ! Où es-tu ? J’ai des choses importantes à te dire !

Elle le chercha dans tout l’appartement mais il n’était nulle part.

-Il part en vadrouille au moment où on a besoin de lui. C’est bien un mec ! Siffla-t-elle.

Elle ne voulait pas attendre qu’il revienne et partait pour continuer ses recherches à l’extérieur lorsque son portable qu’elle avait laissé sur la table de la cuisine s’alluma. C’était sa sœur aînée, Eloïse.

-Suzie ? Mais qu’est-ce qu’il t’est arrivé enfin ?! On n’a pas arrêté de t’appeler ! Pourquoi tu n’as pas répondu ? Maman était morte d’inquiétude !

Elle avait complètement oublié de la rappeler depuis qu’elle avait tenté de prendre le numéro de sa psy et venait de se rendre compte qu’elle avait mis son portable en silencieux tout ce temps. Pire : elle ne l’avait pas regardé une seule fois et prit peur en voyant les onze messages laissés par sa mère. Elle s’étonnait elle-même d’avoir été capable de se couper aussi longtemps de la civilisation. Elle pensait envoyer une candidature pour la prochaine session de « Seule dans la jungle mais épilée », une autre émission qu’elle adorait.

-Désolée, j’ai cassé le fixe et mon portable n’avait plus de batterie.

-Tu veux me faire croire qu’entre mercredi et aujourd’hui tu n’as pas pu trouver une prise ? Tu es sur une île déserte ou quoi ?

Non, mais elle aurait bien voulu.

-J’ai juste eu beaucoup de boulot et je suis fatiguée en ce moment alors j’ai fait une pause.

-Garde ça pour les parents mais ne crois pas que je vais tout gober comme eux. Il s’est passé quelque chose !

-Si tu parles de Duke qui m’a sacrée grande sauveuse du genre humain, alors oui, il s’est passé quelque chose.

-Je me fais un sang d’encre pour toi et tu ne trouves rien de mieux à faire que de te payer ma tête ?!

Elle lui avait pourtant dit la vérité.

-Écoute, je suis désolée mais il n’y a vraiment rien, je t’assure. Dis à maman que je la rappelle plus tard.

-Fais-le toi-même !

Sa sœur raccrocha la première. Elle l’avait mise en colère. Elle consulta en premier sa boite vocale : « Ma chérie ? C’est Maman. Tout va bien ? J’ai entendu comme un gros SCRATCH. C’est normal ? » « C’est encore Maman. Tu veux que je te rappelle demain ? » « Suzie, ton père et moi on s’inquiète. Est-ce que tu pourrais au moins nous envoyer un message ? » « Suzie, c’est papa. Par pitié, envoie-nous un signe de vie ! Ta mère est au bord de la crise de nerf et me tanne pour que j’appelle le GIGN. » « Donne-moi ce téléphone ! Rendez-moi ma fille ! » « Magalie, arrête de faire n’importe quoi ! Personne ne l’a enlevée. » « Puisque qu’on ne peut pas compter sur toi, rend-toi utile et va faire la cuisine. Je vais la sauver moi tu verras ! » « Suzie chérie, maman va venir te chercher, ne pleure pas. » « Salaud ! Qu’est-ce que tu comptes lui faire ? Je vais débarquer avec les flics et tu vas regretter de t’en être pris à elle ! » « AAAAAAHHHHH » « Vous acceptez les chèques ? ». Suzie rappela vite sa mère, craignant l’incident diplomatique et se prit un savon monumental. Si elle avait été en face de ses parents, elle aurait eu la claque en prime et tant pis pour la marque. Leur réaction était compréhensible. Elle leur avait fait peur et la colère leur permettait d’évacuer le stress qu’ils avaient accumulé. Sa mère sanglotait au bout du fil et lui ordonnait de revenir à la maison le week-end prochain pour se faire pardonner. Elle lui devait bien ça. Elle s’attaqua ensuite aux SMS. À part ses parents et Eloïse, personne ne lui avait écrit. Elle en était peinée mais elle était aussi tout à fait consciente qu’après sa rupture, elle avait volontairement coupé les ponts avec le peu d’amis qu’il lui restait. Elle avait voulu s’isoler pour se protéger mais avait obtenu l’inverse en se repliant sur son petit monde et en ruminant sur le passé. Elle devait se racheter un téléphone.

 Duke ne tarda pas à revenir. Son altercation avec sa famille avait dispensé sa maîtresse de lui courir après toute l’après-midi. Elle ne lui laissa pas le temps de constater qu’elle avait délocalisé son tas de chaussures et se précipita sur lui, hystérique, les narines dilatées, le visage déformé par sa bouche qui allait cracher du feu comme celle d’un dragon. Il voulut fuir, pensant qu’elle allait le transformer en charpie parce qu’il avait fait ses griffes sur le sofa. Mais elle fut plus rapide et s’étala sur le sol en trébuchant, le plaquant au passage. Elle vint l’étouffer sous sa poitrine et il dut s’estimer chanceux qu’elle n’en n’ait pas eu une plus grosse ou il aurait définitivement fait ses adieux à ce monde. Il se tordait dans tous les sens, s’accrochant désespérément au parquet qu’il transformait en copeaux de bois pour se soustraire à son emprise. Avec ses yeux exorbités, on l’aurait pris pour un jouet en plastique qui couine quand on appuie dessus. Son cœur battait à tout rompre et menaçait de lâcher si elle ne se relevait pas. Lorsqu’il sentit la pression diminuer, il se dégagea vivement et alla se braquer dans un coin. Sa queue avait doublé de volume.

-Voyons Suzanne ! Aurais-tu perdu l’esprit ?!

-Je ne l’ai pas fait exprès. Je me suis emmêlé les jambes. Il faut absolument que je te dise un truc, c’est mortel !

-Venant de quelqu’un à cause de qui j’ai failli y laisser la peau, je trouve cela déplacé.

-Arrête de bouder, j’ai des infos ! Un gars louche qui habite vers la boulangerie et qui parle à son chat !

-Il arrive fréquemment que les humains parlent aux animaux sans qu’ils établissent pour autant un contact réciproque. Combien de fois ais-je dû supporter tes monologues plaintifs lorsque l’on t’avait mise hors de toi ? Sans oublier que tu t’adresses également à la télévision, ce que j’estime être plus préoccupant.

-Ça vient de ma tante. Elle critique les gens à la radio et fait son propre débat. On a beau lui dire que personne ne peut l’entendre, elle continue quand même. Mais on s’en fout ! Je suis sûre que ce type pourrait nous aider.

-Pour le moment, il serait préférable de considérer cela comme un indice et de mener une investigation plus poussée avant d’émettre des conclusions hâtives.

-Ah oui ? Et comment ? Ses volets sont fermés en permanence et les murs sont tellement hauts qu’il est impossible de voir à l’intérieur.

-Toi, que ferais-tu ?

-J’irais sonner chez-lui et je lui demanderais directement.

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