Explorateurs de proximité
Ouvrir son horizon. Quitter le cycle métro-boulot-dodo. Ses grands-parents l’avait fait. Ingénieurs à Lyon dans l’industrie pétrolière des années soixante, ils avaient démissionné de leurs postes de cadre sup. et dit adieu à leur maison de famille bourgeoise pour aller élever des chèvres en Ardèche et habiter dans une ferme pleine de courants d’air, avec pour tout confort une cheminée en pierre où l’on pouvait faire brûler des troncs non débités et l’eau du ruisseau comme salle de bains.
Sa mère, qui avait en horreur ce mode de vie rustre, était vite revenue en ville au cours des années 90, pour vivre dans une banlieue chic et branchée. Une friche industrielle squattée d’abord puis revendue à la découpe et finalement réhabilitée en bureau élégant du tertiaire où elle fonda sa Start Up dans les années 2000.
Micha, fils et petit fils de ces nomades de proximité, ces explorateurs de mode de vie, ces rurbains rétro, ces précurseurs de styles de vie atypiques, ne pensait qu’à sa salle de body-building et à rivaliser avec ses copains aux rencontres de catch où il réussissait à bien se classer.
Après tout, à chaque génération sa lutte.
Partir vivre dans l’austère campagne abandonnées depuis l’exode rural et tout reconstruire à la main avait donné à son grand-père un corps athlétique qu’il admirait enfant et sa grand-mère n’avait rien d’une midinette lorsqu’elle faisait accoucher ses bêtes, ramassait son foin à la main, cueillait ses cageots de fruits par dizaines, plantait ses lignes de légumes ou faisait la tournée des marchés de villages avec son Tube Citroën tout cela pour une vie autonome libérée des contraintes urbaines.
Et sa mère, artiste en vogue, sculpteur sur marbre, qui restaurait ses appartements avec minutie et vigueur et n’avait pas peur de gâcher du ciment, d’ouvrir une fenêtre dans un mur, de déplacer un escalier en pierre ou de poser un linteau, et, trouvait après cela, encore l’énergie de faire son jardin potager.
Il avait compris que le corps est comme un bouclier qui nous permet de choisir notre mode de vie. Il en avait fait son art, comme un chant pour se libérer des modèles de son époque et à son tour, sortir de sa cage sociale.

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