Chapitre 6

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Elle en profita pour se rapprocher du militaire qui sembla heureux d’avoir de la compagnie.

« Vous ne savez vraiment pas où vous vous trouvez ? » lui demanda-t-il avec une once de timidité et une réelle curiosité qui prenaient le dessus sur son inquiétude.

Il devait se dire qu’elle avait quelques cases de vides.

Étant donné sa situation, c’était confirmé, elle n’avait pas gagné au jeu de la chance.

Elle répondit à voix basse :

« Je vous le confirme. J’ignore comment je me suis retrouvée dans… ici. Et vous ? Vous n’avez pas l’air d’être du coin non plus.

─ Pas vraiment.

─ Dites-moi si je me trompe, mais j’ai l’impression que votre situation n’est guère plus enviable que la mienne.

─ Ce n'est rien de le dire », soupira-t-il.

D’un mouvement de tête, elle désigna "l'Étranger".

« Et lui, c’est qui ?

─ Ba'al, un Goa’uld.

─ Un quoi ?

─ Un extraterrestre. »

Elle aurait pu lui dire qu'elle savait tout cela, mais cela aurait soulevé des questions auxquelles elle n'avait pas envie de répondre. Elle préférait feindre l'ignorance.

Il poursuivit :

« Ce serait long à expliquer.

─ Vous avez prévu de faire autre chose dans les minutes qui viennent ? »

Il ne se fit pas prier plus.

« On le croyait mort. Enfin, on l’a cru mort… Au moins une vingtaine de fois. »

Alixe jeta un coup d’œil au Goa'uld qui discutait avec le marchand d’esclaves. Ainsi, La Mort lui courait après... Voilà qui ne l'étonnait guère.

« Il me semble bien vivant, pourtant…

─ Ce sont ses clones qui ont été tués.

─ Ses... clones... Il serait donc "l’original" ?

─ Si vous avez un moyen de le savoir, dites-le-moi.

─ Il a un autre nom ?

─ Pourquoi en aurait-il un autre ?

─ Pour rien. C'est juste une ques... »

Le négociateur cracha un mot dans leur direction.

Sans doute leur intimait-il l’ordre de se taire. Un garde qui attendait au fond de l’estrade fit un pas dans leur direction mais Ba'al l’arrêta d’un geste de la main, tout en échangeant encore quelques mots à voix basse avec le marchand d'esclaves.

À un moment, celui-ci jeta des regards méfiants à la foule, puis au courtier occupé à compter les bons que les acheteurs précédents avaient posés sur sa table pour prendre possession de leurs biens, avant d’éclater de rire. Il avait exactement le rire d’un homme qui n’était pas particulièrement rassuré par ce que venait de lui raconter son interlocuteur mais qui tenait à donner le change. De toute évidence, il se sentait menacé.

Quelques personnes sachant qu’il n’était pas du genre à rire facilement, voire à rire tout court, commencèrent à quitter furtivement la place. D’instinct, elles craignaient d’être prises à partie dans un conflit qui ne les concernait pas.

Lorsque l'échange à voix basse, et à sens unique, fut enfin terminé, Ba’al lâcha trois mots à haute voix.

Le marchand écarquilla les yeux et ouvrit la bouche, mais une petite voix dans sa tête avait dû lui souffler un truc du genre : « La chance, c’est comme la foudre, il y a peu de chance qu’elle tombe deux fois au même endroit. »

Il referma la bouche, et se recomposa un air impassible pour répéter au public les trois mots prononcés par l’Homme à la cape.

Une onde de stupeur parcourut la foule. Quelques témoins se regardèrent avec incrédulité, d’autres reportèrent leur attention sur la femme à côté du militaire en se demandant ce qui provoquait l’intérêt de cet homme qui devait pouvoir s’acheter toutes les esclaves qu’il souhaitait sans avoir à y mettre un prix exorbitant. La voix aux intonations pointues et brutales aboya quatre syllabes cette fois. Une femme tomba à la renverse au second rang, tandis qu’une rumeur faisait accourir, de part et d’autre de la place, quelques curieux plus téméraires.

Ba'al affichait un sourire tranquille, mais faux, estima Alixe. Il discuta de nouveau avec le marchand d’esclaves. Le militaire regardait autour de lui, à la recherche d’un appui logistique au cas où les choses tourneraient mal, et il était intimement persuadé qu’avec la proximité d’un seigneur goa’uld, cela ne pouvait qu’arriver, mais sa mine inquiète indiquait qu’il se sentait bien seul en ces instants. Il reporta donc son toute attention sur sa compagne.

« Je m’appelle Carson Beckett. Je suis médecin, lâcha-t-il d'une traite.

─ Alixe Hemmingsen .

─ Joli nom... Le prénom aussi... Comment êtes-vous arrivée ici… Je veux dire… Vous faisiez quoi avant de vous rendre compte… »

Il avait une voix douce et apaisante, malgré les circonstances, celle d’un homme en qui elle pouvait avoir confiance, mais il ne savait visiblement pas comment s’y prendre, soit avec les inconnus en général, soit avec les femmes en particulier, ou bien tout simplement pour lui demander si elle avait utilisé un moyen spécifique pour voyager d'une planète à une autre. Elle le sentait sincèrement inquiet. Elle ne l'était pas moins.

Elle décida de lui répondre franchement.

« Je ne me souviens plus… Je me rappelle que je courais… comme si j’étais poursuivie par quelque chose… comme si ma vie en dépendait… Non… pas seulement ma vie... Et puis, il y eu le changement d'air…

─ Le "changement d'air" ? »

Il n’avait pas l’air très convaincu.

Elle s’interrompit.

De toutes les façons, les détails ne l’intéressaient pas. Comment lui expliquer qu'elle avait senti les odeurs de la mer et de l'orage, et le parfum de la fleur d'oranger ? Comment lui dire qu’elle était convaincue qu'ils n'étaient pas du même univers, et que c'était elle qui se trouvait dans le sien ? Elle n’était certaine de rien. C’était encore une de ses intuitions.

Mieux valait ne pas trop développer dans l'immédiat. Ils auraient tout le temps sur la Terre.

Elle reporta son regard sur Ba'al.

« Il peut nous ramener sur… la Terre ?

─ La Terre ? Votre planète s’appelle aussi la Terre ?

─ Peut-il nous ramener ? insista-t-elle.

─ Je pense qu’il le pourrait, mais ce n’est pas dans ses intentions. Et donc… ce "changement d'air" ? »

Il ne lâcherait pas l’affaire si facilement.

« Je… Rien. Disons que je me suis réveillée, ce matin, à quelques pas d’ici, dans une charrette qui puait plus qu’un terrier de putois, alors que la veille, je me trouvais encore à... Paris.

─ Paris ? En France ? »

Elle hocha la tête. Il la regarda, béat, durant un court moment.

« Vous n’avez pas traversé de porte ? » finit-il par lui demander.

Elle lui adressa un regard torve.

« Vous voulez dire une ouverture pratiquée dans un mur pour permettre le passage d'une personne, d'un animal ou d'un objet ? Avec un assemblage mobile de bois, de métal, de verre, servant à fermer cette ouverture ? Une porte d'entrée ou une porte de sortie ? Une porte de devant ou une porte de derrière ? Une porte cochère ? Une porte charretière ? Une porte fenêtre ? Une porte coulissante ? Une porte à tambours ? Une porte quadrangulaire ? Une porte centrée ? Une porte ogivale ? »

Elle aurait pu continuer encore un moment. Les portes, ça l'inspirait.

À la façon dont il la regardait, elle comprit qu'il était temps d'arrêter, et de le laisser poursuivre.

« Une sorte d’anneau assez grand, peut-être recouvert de végétation, avec quelque chose qui ressemble à de l’eau à l’intérieur. Généralement, ils sont dressés, mais s’il était couché, il pouvait évoquer un bassin, une mare ou un trou d’eau… pure. Il émet un léger vrombissement. À proximité, on trouve une sorte de console, un DHD, ou si vous préférez, un tableau de bord circulaire qui commande l’ouverture de ce que nous appelons La Porte des étoiles.

─ Un anneau ? La Porte des étoiles ? Le genre d’anneau qui les commande… tous ? »

Ça aussi, ça l'inspirait bien.

« Plus d'énumération, s'il vous plaît ! »

Tellement tordu, songea-t-elle, avec son histoire de Porte des étoiles qu’il aurait pu servir de ressorts à un trampoline.

Il n’avait pourtant pas l’air d'un dingue. Son cas à elle ne valait guère mieux que le sien. Au moins, elle n’était plus toute seule au Pays d’Alice et de ses Merveilles pas si merveilleuses.

Elle le regarda un moment sans pouvoir exprimer une seule expression adéquate. Il dut comprendre qu’elle doutait de sa santé mentale.

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