Chapitre 7

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« Pas de Porte des étoiles ? Ce n’est pas banal. Vous devez vous poser de nombreuses questions, mais je vous assure que ni vous, ni moi, ne sommes fous. Je suppose que vous n’avez jamais entendu parler du Programme Stargate ?

─ Je devrais ?

─ Bah, il a été rendu public, il y a quelques années. Vous auriez dû en entendre parler... Sans compter que nous avons eu quelques visites… du troisième type au cours de ces quinze dernières années. Si vous veniez d’une autre planète, cela pourrait expliquer que tout cela n’ait aucun sens pour vous.

─ Absolument aucun, » confirma-t-elle.

Elle se hâta d'ajouter :

« Mais je viens bien de la Terre. »

Il essaya un court instant de déchiffrer l’expression — qui n’était ni de la surprise, ni de la peur, encore moins de l'incrédulité — de la jeune femme, puis il continua :

« C’est curieux que votre planète s’appelle La Terre… Peut-être… Peut-être que sans le savoir vous avez traversé un autre genre de porte… donnant sur une autre galaxie… Ou sur un autre univers… Cela expliquerait que votre planète porte le même nom que… la mienne. D’une manière ou d’une autre, vous êtes arrivée ici.

─ J'en arrive à la même conclusion. Comment fait-on pour en repartir ?

─ Il faudrait trouver votre porte. »

Les portes... Il y tenait. Mais finalement, ce n'était pas une si mauvaise théorie.

Elle connaissait aussi les Portes d’Avalon, du Paradis, des Enfers, de la folie, du futur et du passé. Celles des esprits et celles de la mort. Bref, tout homme, à divers moments de sa vie, franchissait des portes. La science admettait que des portes ouvrant sur d’autres dimensions pouvaient exister, même si elle n’en avait pas encore la preuve effective, même s’il ne s’agissait que d’une spéculation, et que le contraire n'avait pas été prouvé non plus.

Alors pourquoi pas des portes sur des univers parallèles ?

Sauf qu’il y avait un os, du genre : os de T-Rex.

« J’ignore où elle se trouve… Je serai incapable de la retrouver. » avoua-t-elle, désespérée.

Elle eut beau sonder ses souvenirs les plus récents, pas la moindre porte ou quoi que ce soit pouvant ressembler à un passage. Pas même un trou de souris.

Un mouvement de foule la sortit de ses réflexions.

Deux hommes et une femme, tous les trois âgés d’une vingtaine d’années, tous les trois vêtus de kimonos, se frayaient un chemin à travers la foule. Ils étaient asiatiques et d’une beauté époustouflante. À eux trois, ils formaient une véritable accumulation de puissance.

Carson Beckett avait pâli.

« Oh, oh… On dirait que ça se corse. Ma main à couper que ces trois-là sont des Goa’ulds et qu’ils sont prêts à en découdre avec un Grand Maître pour gagner des points et grimper dans la hiérarchie… »

Une constante dans l'Univers, quelles que soient les espèces, songea-t-elle.

"L’Étranger" était un homme de pouvoir, et Carson Beckett… un détecteur de Goa’ulds en puissance.

Les trois jeunes gens montèrent sur l’estrade l'un après l'autre, la jeune femme en tête, comme si elle souhaitait que nul ne cache sa beauté inhumaine.

Ba'al ne la quittait pas des yeux. Il admirait sa beauté et sa grâce tout en se méfiant d’elle au plus haut point.

Elle le salua d’un signe de tête auquel il répondit poliment.

L’un de ses compagnons la dépassa et fit face au grand maître et, sans préambule, engagea une vive discussion avec ce dernier.

Le marchand d’esclaves, qui en avait été exclu, tenta de s’approcher mais un regard de Ba'al, et un sifflement du troisième membre du trio, le firent reculer. Il préféra, pour sa sécurité, rester à distance des quatre Goa'ulds durant leur conversation.

Alixe observa les trois jeunes gens avec attention.

Celui qui semblait être le chef du trio était un jeune homme aux traits fins, bien dessinés, et de très longs cheveux noirs, maintenus au sommet de la tête. Il était plus grand que les deux autres, et paraissait plus âgé. En tous les cas, il était le plus expérimenté en matière de négociations. Ses vêtements étaient foncés, et signe particulier, il portait une grande épée dans son dos, une claymore.

L’autre avait les traits plus épais, et les cheveux courts. Il n’avait pas l’air d’être armé, mais il était difficile de le confirmer. Que pouvaient receler les plis de son kimono aux couleurs automnales, ou les larges manches dans lesquelles il cachait ses mains ? Chacun de ses gestes était mesuré. Il restait légèrement en retrait par rapport aux deux autres. Son regard était aux aguets. En dehors de leur beauté, il n’y avait rien d’agréable chez ces deux hommes. Alixe avait l’impression que ces êtres étaient faits d’un marbre aussi parfait que glacial et impénétrable.

La femme était une poupée de porcelaine, une apparition divine dans un kimono rose pâle. Son visage, parfait ovale, était peu maquillé.

Alixe s’étonna de ne pas l’avoir aperçue plus tôt dans la foule tant elle illuminait la scène.

Ses cheveux étaient ramassés en trois chignons, l’un, simple, au sommet de sa tête, était maintenu par une barrette de nacre rose, l’autre, double, reposait sur sa nuque et, de part et d’autre, de grosses perles blanches ressortaient dans le noir profond de sa chevelure comme les étoiles d’un ciel nocturne. Tout, dans son attitude, laissait paraître une jeune femme douce et effacée, mais Alixe sentit qu’il n’en était rien. Des trois, en réalité, c’était elle qui était la tête du groupe. Et si les deux autres donnaient l’impression d’être des faces lisses et impénétrables, la sienne était hérissée de pointes effilées et d’arêtes tranchantes. Elle était infiniment plus dangereuse que les deux autres réunis.

Alixe croisa son regard et y lut de la convoitise. La "Goa’uld" s’interrogeait aussi sur son compagnon d’infortune, et elle craignait le "Grand Maître".

« Les mots "Goa’uld" ou "Grand Maître" ne vous disent absolument rien, n’est-ce pas ? »

Dans le mille Toto, pensa-t-elle en reportant son regard sur Carson Beckett, mais pas son attention.

Elle ne comptait pas le détromper. Mais la croyait-il vraiment ? Elle avait senti de l'incrédulité dans ses paroles.

L’idée qu’il ait lu dans ses pensées l’effleura un instant, mais il n’avait pas cette faculté. Ce n’était qu’une coïncidence.

Il se lança alors dans un bref exposé sur cette espèce estraterrestre:

« Sous leur forme naturelle, les Goa’ulds sont des sortes de serpents. L’image la plus proche que je pourrais vous en donner est celle du protée anguillard, la salamandre des grottes si vous préférez, les pattes en moins et des branchies en forme d’éventail. Comme eux, sous cette forme, ils sont aveugles mais leurs autres sens sont très développés, et ils sont très rapides que ce soit dans l’eau, l’air, ou la terre. La plupart sont de couleur foncée, mais j’ai entendu dire qu’il y en avait qui étaient de couleurs différentes… Je ne sais pas si cela change quelque chose à ce qu’ils sont… et je doute que quelqu’un le sache, en dehors d'eux. En vérité, nous savons peu de choses à leur sujet… Sauf qu’ils sont des parasites, et qu’ils ont besoin d’un hôte pour devenir adultes. Ils ont donc créé les jaffas, des humains génétiquement modifiés, dotés d’une poche ventrale, pour leur servir d’incubateurs. Devenus matures, ils investissent des corps humanoïdes… Ils les choisissent…

─ Plutôt beaux, jeunes, et en pleine santé, » acheva-t-elle.

Carson acquiesça.

« La plupart du temps, quand ils investissent un corps humain, ils le font contre sa volonté. Ils pénètrent par la nuque et se fixent sur la moelle épinière ce qui leur permet de contrôler le système nerveux de leur victime.

─ C'est carrément démoniaque. Et que deviennent les hôtes ?

─ Ils ne peuvent pas s’exprimer. Ils sont spectateurs dans leur propre corps, et je suppose qu’ils… que leur âme finit par s’éteindre au bout d’un certain temps. Lorsque les parasites ont pris le contrôle d'un corps, celui-ci peut vivre quelques milliers d’années. Le plus ancien Goa’uld que nous ayons rencontré se nommait Râ et a vécu plus de dix mille ans dans le corps de son hôte. C'est ce qui se dit. Nous ignorons combien de temps il aurait pu encore y vivre s’il n’avait pas été… atomisé avec son vaisseau-mère.

─ Atomisé ? Vous voulez dire que ses atomes ont été détruits ? Ils sont si résistants que cela… Ah, oui, c’est vrai… Ba'al, vous l’avez tué une bonne vingtaine de fois…

─ Ils n’ont pas pris que des hôtes humains. Les Grands Maîtres sont des seigneurs qui règnent sur des domaines. Les Goa’ulds ont adapté à leurs besoins, ou à leur nature, un système social qui se rapprocherait de celui qui était en cours en Europe à la fin du Moyen-âge, si cela vous dit quelque chose.

─ Du XIe jusqu’au milieu du XVe, des occupations franques en Terre Sainte jusqu’à l’avènement de Constantinople en 1453.

─ Je n’ai pas tout à fait les mêmes dates en tête, et il me semblait au contraire que l’Empire de Byzantin…

─ Je n’ai jamais entendu dire non plus que l'Écosse était libre et indépendante de l’Angleterre, le coupa-t-elle sans animosité. Dans mon monde, on appelle plutôt cette période : le bas Moyen-âge. C’est une période qui a marqué la fin de l’obscurantisme en Europe. Il y en a d’autres comme lui ?

─ À ma connaissance, il est le dernier Grand Maître encore existant. Pour ce qui est de ressusciter… Il y en a un précédent… Anubis… qui est revenu d’entre les morts… Enfin quelque chose comme cela.

─ Anubis ? Comme l’enfant non désiré d’Osiris et de Nephtys ? Celui qui avait une tête de chacal et qui était considéré comme le dieu de la mort et de l’embaumement ? Ils portent tous des noms de dieux ?

─ Vous vous y connaissez en mythologie égyptienne.

─ Je ne sais peut-être pas comment je suis arrivée ici, mais je n’ai pas tout oublié... Et, oui, j'ai beaucoup étudié la mythologie. Vous aussi, j'imagine ? »

Elle n’attendait pas de réponse. Elle craignait d’avoir été un peu rude à son égard. Elle décida de calmer un peu le jeu, à défaut de se calmer elle-même. Elle tenta de lui sourire gentiment.

« Tous les Goa’ulds portent-ils aussi bien leur nom ? Ont-ils les attributs et les pouvoirs des dieux auxquels ils se réfèrent ?

─ Désolé, je ne suis pas un spécialiste en Goa’ulds… J’ai plutôt eu affaire à une autre espèce d’extraterrestre.

─ Parce qu’il y en a d’autres ?

─ Oh, oui. Pas toutes pacifiques, malheureusement… Rarement, même. »

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