Chapitre 10

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La Terre, et aujourd'hui...

Alixe sentit un frémissement dans l’air, une présence.

Une ombre s’allongea à côté d’elle, apportant une discrète odeur d’after-shave à flagrance de bois de rose. Pantalon noir, pull noir, veste noire et bonnet noir, Carson Beckett venait de la rejoindre.

Elle avait appris à apprécier sa compagnie en toutes circonstances.

Ses vêtements sombres lui donnaient l’air mystérieux d’un homme qui avait beaucoup de secrets à son actif, et ses yeux bleus étincelaient comme une mer calme au soleil. C’était agréable de plonger dans les yeux de quelqu’un qui n’avait vraiment rien de mauvais en lui.

Rien de ce qu’il faisait ou disait n’était calculé pour blesser quelqu’un. Plus encore. Tout ce qu’il faisait, il le faisait autant avec son cœur qu’avec son âme. Il aurait pu refuser d’extraire le projectile que Ba'al avait reçu dans l’épaule, ou négocier sa liberté contre ses soins.

En avait-il seulement eu l'idée à cet instant ?

Apparemment, tout puissants qu’ils soient, les Goa’ulds n’étaient pas insensibles à la douleur, ou aux infections. Même aujourd’hui, il aurait pu refuser de l’aider à sortir Ba'al de ce bâtiment.

Non. Il agissait sans demander quoi que ce soit en retour, et sans rechigner. C’était tout cela qui faisait son charme. Sans lui, sans le réconfort et le soutien qu’il lui apportait, elle se demandait comment elle aurait pu survivre jusqu’à aujourd’hui, et à faire taire le démon qui grandissait en elle.

Elle ne lui en avait jamais parlé.

Si sa présence l’aidait à lutter contre ce mal, il y avait des choses auxquelles elle devait faire face seule.

Comme d’habitude, elle chassa cette impression qu’il pouvait y avoir plus qu’une simple amitié entre eux. Elle ne voulait pas y penser. Elle était mariée et aimait son époux, même si elle devait ne jamais le revoir .

Mais c’était difficile ces derniers temps parce que Carson y pensait souvent.

« Tu penses vraiment qu’il est ici ? » lui demanda-t-il.

Elle répondit après un court silence :

« Je l'espère. »

« Sheppard nous a peut-être menti », suggéra-t-il.

Elle sentit le poids de la tristesse dans sa voix.

Ce Sheppard dont il parlait n’était pas celui qu’il avait connu. Plus encore, il était déçu par le Sheppard de cet univers. Ce flic minable leur aurait garanti n’importe quoi pour récupérer ses trois millions de dollars.

Que Carson et elle l’aient sauvé d’une mort assurée ne comptait pas aux yeux de cet homme dont la vie ne tenait plus qu’à un fil longtemps. Même avant qu’une caravane lui explose littéralement à la figure. Néanmoins, il n’avait pas été stupide au point de croire qu’ils étaient tombés sur lui par hasard.

Carson lui avait expliqué qui ils étaient, en omettant quelques détails, comme le nom de celui qu'ils recherchaient et pouvait les aider à quitter cet univers.

Elle s’attendait à ce qu’il leur rie au nez.

Il n’en avait rien fait. Il avait accepté l’existence d’univers parallèles sans les traiter de malades mentaux ou d’autres noms d’oiseaux.

Carson n'avait évoqué qu'un seul monde parallèle.

Il ne lui avait pas dit qu’Alixe venait d’un autre univers, différent des leurs, ni que l’univers qu’ils avaient quitté juste avant d’arriver jusqu’au sien n’était pas le premier, ou le seul, par lequel ils étaient passés. Il aurait sans doute demandé combien il existait d’univers.

Elle aurait été bien en peine de lui répondre même si elle pensait maintenant qu’il en existait un nombre infini. Toutefois, elle avait la certitude que ce nombre était en nette diminution. Encore une de ses intuitions dont elle ignorait l'origine.

C’était aussi à cause de toutes les adresses composées par Carson sur les DHD des Portes restées sans réponse. Les Portes ne réagissaient plus lorsqu’il entrait certaines coordonnées, et la seule explication était, selon lui, qu’il n’y avait plus de Porte de l’autre côté. Elles n’étaient pas seulement enterrées, bloquées ou bouchées. Elles n’existaient plus

Elle ignorait si d’autres Alixe vivaient dans ces univers. Elles pouvaient avoir d’autres vies, être physiquement différentes ou n’avoir jamais existé. Les possibilités étaient vastes.

Que se passerait-il si elle rencontrait son double et que celui-ci veuille prendre sa place ?

Les clones de Ba'al s'étaient bagarrés entre eux pour prouver qu’ils étaient le Ba'al originel. Ils l'avaient payé de leur vie.

Elle n’enviait pas le Goa’uld qui trouvait valorisant que sa tête vaille plus que celles de ses deux compagnons réunis. Il avait sûrement changé d’avis lorsque son ha’tak avait été détruit par cette Vala Maldoran, une chasseuse de primes qui avait paru fort aimable jusqu’à ce qu’elle se mette à jurer comme un charretier et à les "ball-trapper".

Ce n’était pas la première fois qu’il manquait de se faire tuer mais, depuis qu’elle le connaissait, la liste de ses ennemis s’allongeait de façon exponentielle.

« Carson… Ceux qui nous poursuivent connaissent le système des portes ? »

Carson posa ses jumelles devant lui. Il prit une légère inspiration.

Elle n’avait pas besoin d’en dire beaucoup plus. Il savait ce que sa demande sous-entendait.

« Dans mon univers, nous ne maîtrisons pas les passages d’un univers à l’autre. On ne sait même pas que les Goa’ulds le font. Ils ont drôlement bien gardé le secret. On vient tout juste de comprendre comment passer d’une galaxie à une autre…

─ Peut-être qu’ils ne sont pas nombreux à le faire, suggéra-t-elle. Peut-être est-ce réservé à une élite… Et Ba'al en ferait partie.

─ C’est plausible, en effet. Ba'al a travaillé pour Anubis, un Goa’uld du même rang qu’Osiris, Hathor et … Râ. Il est lui-même devenu un Grand Maître…

─ Et ?

─ Peut-être que seuls les Grands Maîtres possèdent les codes ou la technologie pour ouvrir des portes sur des univers différents. Si c’est le cas, seul l'un d'entre eux a pu les fournir à ceux qui nous poursuivent. On peut en déduire que Râ, Osiris, Hathor et Anubis ont un bon alibi dans la mesure où ils sont morts. Le problème, s'il reste bien des Grands Maîtres, c'est qu'on ignore lequel d’entre eux tire les ficelles actuellement.

─ Ba'al pourrait nous le dire. On en profiterait pour lui demander s’il n'était pas en délicatesse avec Râ, Osiris, Hathor ou Anubis au point de faire revenir l'un d'eux d’entre les morts. »

Il lui adressa un léger sourire avant de récupérer ses jumelles et de reprendre la surveillance des bâtiments.

« Si tu tiens à le lui demander… Personnellement, je n’ai pas très envie de m’y risquer. Pas tout de suite, du moins. Une fois sorti de sa boite, le diable risque d’être d’une humeur de chien. »

Alixe fouilla dans le sac qu’il avait apporté et en sortit un sandwich qu’elle lui tendit, et en prit un second pour elle.

« Il y a une autre possibilité, dit-il après un moment de silence. Peut-être nous méprenons-nous sur nos poursuivants… Si on émet l’hypothèse qu’il ne s’agit ni d’autres Goa’ulds, ni de chasseurs de primes, ni de membres de l’Alliance Luxienne… Peut-être que Ba'al fuit devant un tout autre ennemi qui aurait la faculté de traverser... ce qui sépare un univers d'un autre... et qu’il n’en sait pas suffisamment sur lui pour ne pas l’attaquer de front

─ Si c'est le cas, c'est son ennemi, ou celui des Goa’ulds. Pas le nôtre. Alors pourquoi nous entraîne-t-il avec lui ?

─ Peut-être parce que nous avons autant à le craindre que lui, ou qu’il a besoin de nous, ou les deux. Je ne connais pas Ba'al depuis très longtemps, mais j’ai remarqué au moins deux choses à son sujet : il ne fait rien sans en mesurer toutes les conséquences, et il ne s'encombre jamais d'un surplus de bagages.

─ C'est nous le surplus de bagages ? le titilla-t-elle.

─ Cela aurait dû. C'est ce qui m'intrigue le plus.

─ Moi, tant que nous sommes en vie, cela me convient. Alors s'il veut jouer les baby-sitters galactiques...

─ Que nous demandera-t-il en échange ?

─ On l'aide déjà pas mal, non ? Will, tu l'as soigné à plusieurs reprises, et aujourd'hui, nous essayons de le sortir de la prison dans laquelle il s'est fait enfermer. Donnant-donnant. Il nous protège, nous sauve la vie, et nous faisons la même chose pour lui. Tout le monde y trouve son compte, il me semble. »

Elle se souvenait que, quelques jours plus tôt, l’équipage du ha’tak, Ba'al, Carson et elle n’avaient dû leur salut que grâce à une Porte des étoiles que sa Seigneurie avait fini par acheter sur l’insistance de Carson.

Il l'avait découverte sur une petite planète désertique où le négoce d’objets volés et le piratage en tout genre tenaient lieu de marchés officiels.

Ba'al avait toujours l’histoire du marché aux esclaves en travers de la gorge. En d’autres circonstances, il aurait refusé d’accéder à la demande de Carson, mais celui-ci lui avait fait remarquer que le réseau de portes fonctionnait mal dans cette partie de l’univers. D’autres portes avaient encore été déplacées, ou détruites. Si quelqu'un ou quelque chose neutralisait les portes, cela signifiait que, tôt ou tard, il allait devoir faire face à de sérieux problèmes. La présence d’une petite porte dans la soute de son ha’tak ne serait pas forcément inutile.

"Achetée" était un bien grand mot.

La Porte n’était pas restée longtemps sur le marché. Son acquéreur ne savait pas à quoi elle servait réellement. Il avait surtout compris que de nombreuses personnes étaient intéressées par l’achat de cet objet, et il s’était empressé de la mettre sur le marché à un prix plus élevé.

L’ancien dieu phénicien avait proposé un échange. Il avait découvert que le vendeur était intéressé par une partie du naquadah que transportait son ha'tak, et par des médicaments qu'il comptait probablement vendre au marché noir. Évidemment, il réclamait une quantité équivalente au prix de la porte, plus quelques autres petites compensations.

Ba'al avait refusé net.

Le marchand aurait pu la proposer à un autre acquéreur mais il n'avait rien trouvé de mieux que de provoquer l'ancien dieu en menaçant de le dénoncer à la Guilde des Chasseurs de Primes. C'est ainsi qu’ils apprirent que la tête de Ba'al avait été mise à prix par la Guilde.

Il n'était plus question de croire que celle-ci était déjà tombée. La rumeur de son retour se faisait déjà bien persistante avant la débâcle du Marché aux Esclaves. Depuis, elle était devenue officielle.

Avec son habituel sens de l'à-propos, Ba'al avait proposé une meilleure solution : jouer la Porte contre le naquadah.

Carson et elle avaient assisté à la partie. Elle n'y avait rien compris aux règles, mais elle avait senti que le seigneur goa’uld était dans son élément.

Si son adversaire pensait qu’il n’était qu’un joueur ordinaire...

Carson, quant à lui, avait supposé, un moment, avoir saisi les règles du jeu. Il s'était vite rendu compte qu'il y avait de nombreux accrocs à ces règles, autant de la part de Ba'al que de son adversaire.

Il y avait eu deux longues parties qui avaient vu chacun des deux adversaires gagner, puis une revanche qui avait semblé plus ardue.

Celui qui le connaissait, un tant soi peu, aurait remarqué que l'ancien dieu phénicien s’était amusé, autant du jeu que de la manière dont il avait abusé les sens et l’intellect de son adversaire.

Lorsqu’il en eut assez, après quelques heures, il gagna toutes les pièces du jeu de son adversaire d’un seul coup de maître que le vendeur de la porte ne vit pas arriver.

Il ne lui restait plus qu'à prendre possession de la Porte. L'échange fut convenu pour le lendemain matin.

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