Chapitre 14

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Trois autres Goa’ulds débouchèrent de la coursive.

En tête, la lugubre Lara. Durant des siècles, elle avait été la souveraine d'un peuple féodal vivant sur une minuscule planète forestière.

Une souveraine particulièrement sanglante.

Venait ensuite Priape dont on pouvait comprendre qu'il valait mieux parler d'un organe unique de son anatomie plutôt que de la partie inexistante de sa figure.

La peau de sa joue gauche était si fine, si tendue, qu'elle semblait prête à se déchirer. Elle laissait entrevoir une absence de chair dans son visage, quelques muscles. Une partie de la dentition que l’on ne voyait habituellement jamais chez un être humain autrement que sur une radiographie, ou bien des années après qu’il soit trépassé et que tous les agents de la nature aient effectué leur travail de nettoyage, apparaîssait clairement.

Priape avait changé d'hôte de nombreuses fois et, bizarrement, la dégradation physique de celui-ci commençait toujours par cette partie du visage. Cela pouvait prendre quelques années avant que cela soit perceptible. Une fois que cela l'était, de mois en mois, puis de semaine en semaine, et enfin de jour en jour, cela devenait de plus en plus dérangeant à voir, et de moins en moins "pratique" pour lui.

Pragmatique, il changeait d'hôte lorsque la nourriture prenait la direction de sa joue au lieu de celle de son œsophage, ou lorsque son œil gauche menaçait de le faire ressembler à un personnage d'une toile de Picasso.

Pour l'heure, il n'en était pas encore là et pouvait encore conserver son hôte durant quelques semaines.

Celui qui fermait la marche était aussi jeune et beau que Priape était âgé et contrefait.

Il se nommait Bacchus.

Dans ses traits juvéniles transparaissaient une volonté de fer et un appétit féroce pour la bonne chair, la boisson, le sexe et le jeu. Il avait la réputation d'être insatiable dans ces domaines. Dieu sans royaume, il avait élu domicile chez Priape. On les voyait rarement l'un sans l'autre. Ils étaient même devenus l'objet de quolibets de la part de certains de leurs pairs.

Un quatrième goa'uld sortit à leur suite de l'obscurité comme un démon de son ombre.

Sa présence les surprit tous.

Il boitait d'une manière appuyée et ne suivait Lara, Priape et Bacchus que de quelques pas, silencieux comme un matou à la patte traînante.

Ishkur.

Les autres le saluèrent d'un signe de tête.

Entre deux âges, cinquante et soixante ans, entre deux poids, plume et lourd, et les cheveux, eux aussi, entre deux couleurs, le gris et le blanc, il avait des lèvres pincées, un regard dur, un front haut et un menton bas.

Sept Goa’ulds, dont deux Grands Maîtres se trouvaient ainsi regroupés dans un étroit couloir à peine éclairé.

Alixe ne manqua pas de le noter mentalement.

Il fut un temps où au moins quatre d'entre eux auraient tenté de supprimer les deux Grands Maîtres qui étaient sans leurs protections habituelles. Néanmoins, Enki, l'un des deux Grands Maîtres en question, était connu pour être un redoutable combattant. Aucun des quatre Goa'ulds mineur n'avait envie de savoir lequel mourrait pour avoir tenté de ravir une place qui ne lui revenait pas de manière plus naturelle.

Les Goa’ulds ne se parlaient pas.

Il leur aurait été difficile de le faire sans crier à cause des martèlements, craquements et grincements ambiants qui se faisaient de plus en plus présents à mesure qu'ils avançaient vers leur destination. Ils avaient quité les coursives pour des pontons étroits.

Ils préféraient être attentifs aux endroits où ils posaient leurs pieds. La lumière artificielle était devenue beaucoup plus faible et la crainte qu'ils avaient des uns et des autres pouvaient à tout moment les précipiter, vers une fin prématurée, quelques mètres plus bas.

Plus elle les suivait à travers ce dédale d'acier, plus Alixe doutait d'être à l'intérieur d'un vaisseau spatial.

Cet endroit était beaucoup plus grand qu'un ha’tak, plus profond, plus bruyant. Il évoquait une construction souterraine sur une planète, ou le cœur d'une gigantesque station spatiale, positionnée quelque part dans l'espace...

Les Goa’ulds s'arrêtèrent sur une passerelle qui offrait un accès sur trois voies. Ils hésitèrent un moment.

Une quatrième porte, cachée des regards, même des plus attentifs, s'ouvrit dans un grincement lugubre.

Un lo’taur portant le sceau de Horus au milieu du front les invita à entrer.

La porte était basse et petite.

Même Perséphone dut baisser la tête pour passer sous le linteau.

Les uns après les autres, les Goa’ulds la suivirent. Ils avancèrent dans un couloir encore plus étroit que ceux par lesquels ils étaient déjà passés et au bout duquel ils pouvaient apercevoir une forte lumière.

Avant d'y accéder, ils durent passer au travers d’un barrage de voiles colorés qui, lorsqu'ils les touchèrent, leur laissèrent une impression désagréable rappelant celle d’un "gratte-langue", une plante invasive, urticante et collante qui foisonnaient sur certaines planètes humides.

Ce qu'ils découvrirent ensuite n'avaient rien à voir avec une salle des machines ou les cales d'un vaisseau spatial.

Apparemment, aucun des Goa’ulds présents n'était encore venu en ces lieux.

Même la cénobitique Lara avait les yeux arrondis par la stupéfaction, tandis que le sombre Ishkur gardait la bouche ouverte en tournant sur lui-même sans savoir où arrêter son regard.

D’autres groupes de Goa’ulds sortirent de l’obscurité.

Chaque "divinité" affichait une expression de surprise.

Sauf une.

Une jeune fille en robe et bottines noires que sa lo’tauria dirigeait avec précaution, car elle était aveugle. Sa jeunesse comme son handicape étaient encore des étrangetés de la part d’un goa’uld.

Alixe ne s'attarda pas sur elle et s’intéressa aux autres.

Elle en compta jusqu’à vingt-cinq.

Parmi eux, se trouvaient six des sept grands maîtres actuels. Ils étaient tous impressionnés par la puissance écrasante du lieu, ce qui n’était pas peu dire pour des Goa’ulds. Même si certains le montraient moins que d'autres.

Au-dessus d’eux, flottaient d’énormes globes phosphorescents de différentes tailles et de différentes couleurs. Ils se déplaçaient dans l’espace qu’ils éclairaient sans être reliés les uns aux autres, sans source d’énergie apparente. Leur lumière était reflété par un plafond lisse comme du verre et doré.

Des colonnes de pierres gravées de motifs colorés très anciens, dont certains devaient être des écritures, d’autres des dessins, étaient disposés autour du cercle de lumière.

Personne ne parvenait à les déchiffrer, encore moins à les comprendre.

De lourds sièges de pierre et de bois, à l'évidence peu confortables, étaient installés devant chaque colonne.

Au centre du cercle, il y avait une dalle amovible légèrement surélevée, destinée à l’orateur.

Alixe reporta son attention sur les Goa’ulds qui étaient arrivés après le groupe qu'elle avait suivi. Elle mit immédiatement un nom sur quatre d'entre eux : Rhadamanthe, Anat, Frey, et Teutatès. Elle avait l'impression de les connaître... Quatre autres lui parurent vaguement familiers.

Trois groupes s’étaient formés. Les membres de l'un détestait foncièrement les membres de l'un des deux autres. Le troisième était, à l'évidence, plus neutre.

Du côté du ténébreux Rhadamanthe aux allures de sultan, s’étaient rangés Anat revêtue, pour l'occasion, d'un sari rose et or. Un voile de soie dans les mêmes couleurs lui couvrait la moitié du visage. Il laissait néanmoins deviner la très belle femme qu’elle était. Elle le savait et en jouait en se déplaçant avec grâce et nonchalance parmi les autres.

D'un tout autre genre, Métis était une femme à la chevelure courte d'un roux incendiaire. Grande et élancée, elle portait une robe mauve dont la coupe évoquait la tenue d'une femme de la Rome Antique et valorisait ses attributs généreux. Ses doigts, longs et fins étaient couverts de bagues aux pierres colorées, et des bracelets dorés dansaient autour de ses poignets à chacun de ses mouvements. Les talons de ses chaussures étaient démesurément hauts et lui donnait une tête de plus que les autres Goa’ulds.

L’hôte de Métis devait approcher les quarante ans. Elle était d’apparence humaine, incontestablement, mais une autre espèce pointait le bout de son nez dans son génome, car pas une seule fois, depuis qu’elle était entrée en ces lieux, ses yeux d’un vert profond n’avaient cillé.

Teutatès et Shamash s’étaient, eux aussi, rangés du côté de Rhadamanthe.

Le premier avait la réputation d’être un solitaire, une créature si secrète qu’il était impossible de connaître ses opinions, ou ses réactions. Son empire, s’il en avait eu un, n’avait jamais fait parler de lui. On le disait sage et avisé. C’était ce qui lui avait valu sa place au Conseil des Grands Maîtres.

Son hôte avait l’âge de la maturité, même si sa chevelure sombre n’en portait pas encore la trace. Il n’était pas particulièrement grand, ni musclé. Son regard vert aux reflets bruns et or cherchait à percer les ténèbres qui les entouraient par-delà les colonnes de pierres.

Il était nerveux et se demandait pourquoi lui et les autres avaient été réunis dans un tel lieu. Surtout, il imaginait les différents dangers susceptibles de les menacer.

Shamash paraissait beaucoup plus jeune que le "dieu sanglier". Plus grand, plus large d’épaules, plus insouciant... Il était d’une beauté beaucoup moins classique que celle de Bacchus ou d’Apollon, beaucoup moins exotique que celle de Rhadamanthe, et différente de celle, orientale, de Tsukuyomi. Mais il n’avait rien d’une créature non humaine comme Moccus.

Alixe devinait chez lui une ascendance à la fois européenne et africaine.

Il était grand et athlétique et avait un visage tout en angles avec des pommettes saillantes, des cheveux longs et crépus qui lui tombaient dans le dos. Sa peau était claire, mais il était évident qu’un peu de soleil en changerait radicalement la couleur.

Sauf que dans l’espace, s’approcher du soleil équivalait à jouer le rôle de la brochette au-dessus d'un barbecue…

Les jaffas de son empire avaient été parmi les premiers à se soulever contre les Goa’ulds.

Sa tête avait été mise à prix dans l’univers sur lequel il avait régné. Aussi, évitait-il de rester trop longtemps au même endroit.

Shamash avait été surpris par cette rébellion. Il n’était pas de ceux qui régnaient par la cruauté et la peur. Néanmoins il avait contre lui de n’avoir jamais caché ce qu’il était.

Lorsque les temps étaient au raccourcissement, il en allait comme pour les rois et pour ceux qui évoluaient trop près d'eux : on ne perdait pas de temps à leur demander s’ils voulaient garder leur tête entre leurs deux épaules.

Comme son nom l’indiquait, Tsukuyomi avait l’apparence d’un asiatique.

Ses traits étaient fins et n’étaient pas sans rappeler ceux d’un autre personnage qu’elle avait rencontré quelques semaines plus tôt. Et pour cause, il était le frère de Susanoo. Comme lui, il avait un visage volontaire. Toutefois aucune trace d’un orgueil mal placé n’y transparaissait.

Il avait des cheveux longs, tirés en arrière, excepté au niveau des oreilles où ils avaient été coupés ras jusqu’à la nuque.

Il portait l’armure d’un guerrier.

Bacchus et Enki complétaient le groupe.

Face à eux, les membres du deuxième groupe inspiraient autant confiance qu’une tribu de cannibales affamés découvrant un groupe d’explorateurs perdus sur leur territoire de chasse.

Ishkur, en plus d'avoir l'air d'un matou nonchalant, ressemblait à un gangster qui ne craignait ni dieu, ni le diable.

Quant à Lara, le regard qu’elle portait sur ses congénères était plus glaçant que la banquise en Antarctique.

Les deux Goa’ulds listaient mentalement les différents moyens pouvant leur permettre de se débarrasser des autres sans passer pour les coupables évidents.

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