Chapitre 18

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Amaterasu s'était ressaisie telle un chat qui retombe toujours sur ses pattes.

« Il est venu te rendre l'épée, et tu l'as laissé repartir ? »

Les lèvres de Tsukuyomi esquissèrent un sourire de satisfaction.

« Je n'avais aucune raison de le tuer », répondit-il d'une voix calme, même s’il admettait mal que sa sœur remette en doute ses décisions.

Après tout, il devait bien cela au "déchu". Celui-ci l'avait débarrassé de deux des quatre ou cinq problèmes délicats qu'il cherchait à gérer depuis un bon moment : un frère, Susanoo, belliqueux et inconscient de ses actes, et une compagne, Ame-No-Uzume, volage et aussi dangereuse qu'Amaterasu.

Au moins, il n'aurait plus à craindre que sa nourriture soit empoisonnée ou que sa couche soit sa dernière demeure. Il pouvait désormais songer aux autres problèmes l'esprit plus apaisé.

Amaterasu était encore l'un d'entre eux. Avec de la chance, elle n'en serait bientôt plus un.

« Le problème est donc réglé, déclara Teutatès sur un ton qui résumait assez bien le côté expéditif de l’affaire. En conséquence, nous n'accèderons pas à ta demande, Amaterasu. »

La belle déesse tapa du pied, en descendant de son estrade, comme une enfant gâtée privée de son dessert préféré.

Elle était furieuse.

« Tout ce simulacre pour ça », cracha-t-elle haut et fort en rejoignant sa place, auprès de Priape.

Il y eut un bref silence avant qu’une petite voix se fasse soudain entendre.

« De toutes les façons, ta requête, c'était juste pour la forme. Tu savais à quoi t'attendre. Je parie même que tu avais exactement prévu comment cela se déroulerait, et que tu te passeras de notre autorisation pour accomplir ta vengeance. En tous les cas, moi, à ta place, c'est ce que je ferais. »

D’un mouvement parfaitement synchronisé, vingt-sept paires d’yeux se fixèrent sur la jeune Circé en essayant de deviner jusqu’à quel point elle était sérieuse.

La magicienne avait encore la voix d'une enfant, mais la conviction d'une adulte.

Avait-elle, elle aussi, des raisons de haïr Ba’al ?

Et l’un d’entre eux devait-il la craindre ?

Dercéto, elle, ne put s'empêcher de sourire.

Elle avait pensé, en partie, ce que la jeune fille venait de dire. Elle l'aurait exprimé d'une manière beaucoup plus fleurie si Circé ne l'avait pas prise de court. Ce qui était assez inhabituel de la part de la jeune fille qui ne s’était jamais intéressée à leurs querelles. Toutefois, elle se serait gardée de s’avancer autant dans ses paroles.

La plus étonnée restait tout de même Amaterasu, mais elle n'en dit rien et s'installa dans son fauteuil de pierre.

« On n'aurait pas d'autres problèmes plus urgents à régler ? » interrogea soudain Scáthach de sa voix éraillée, et inhumaine.

Elle renifla bruyamment à plusieurs reprises. Quelque chose agaçait ses narines.

Elle jeta un coup d’œil furibond à Dercéto qui s’aspergeait le fond de la gorge avec un vaporisateur à parfum.

Alixe ne pouvait affirmer s’il s’agissait de parfum ou d’autre chose.

Elle ne pouvait pas à rien sentir.

La Goa’uld avait l’air de savourer autant ce qu’elle avalait que le fait d’avoir énervé Scáthach.

« Si j'ai bien compris, on va encore reparler de LUI, ajouta Divona toujours revêche. Décidément, on l'a viré du Conseil, et pas invité à cette réunion, mais IL n'aura jamais été aussi présent. Je me demande bien ce que nous ne savons pas encore à son sujet.

─ En fait, je l'avais invité à se joindre à nous... dit Dercéto d'une toute petite voix. Il a refusé. »

Divona la regarda en se demandant si elle l’avait vraiment fait ou non, ou s’il s’agissait seulement d’une provocation.

Elle finit par décider que Dercéto l’avait fait.

« Manquerait plus qu'il ait accepté, lâcha-t-elle.

─ Quelle sont nos forces actuelles ? demanda Anat.

Sa question ne s’adressait à personne en particulier.

Ce fut Apollon qui lui répondit en allant se placer sur la dalle centrale, là où s’était tenue Amaterasu, quelques instants plus tôt.

Son physique d’athlète attirait inévitablement les regards féminins, et les "hommes" lui enviaient son hôte. Sa voix, celle du Goa’uld qui était en lui, ne ménageait pas ses effets pour capter l’attention de l’assistance. Si bien que l’on finissait par en oublier son corps musclé et quasiment nu, ainsi que son visage aux traits déterminés et terriblement séduisants.

« Notre situation est aussi simple que claire : tout ce qu’il reste de notre… peuple… se trouve ici. Quant aux civilisations que nous avons construites et élevées… Autant dire qu’elles n’existent plus. »

Un murmure d’effroi parcourut l’assistance.

« Vous… vous voulez dire que… que nous ne sommes plus que… que vingt-sept… »

Taranis prit plaisir à leur rappeler qu’au moins un Goa’uld n’avait pas été invité.

« Vingt-huit.

─ Un peu plus, admit Apollon. Certains se cachent dans les derniers mondes encore viables. Isolés, ils ne survivront pas longtemps et, autant vous le dire dès maintenant, certains d’entre nous, ici présents, mourront dans les jours, dans les semaines, ou dans les mois à venir. »

Erra se redressa sur son siège, l’œil mauvais, la mâchoire crispée.

Ce genre de prédiction avait le don de lui nouer l’estomac. Il ne voulait pas paraître inquiet, mais il l’était autant que les autres.

Simultanément, il se demandait quels avantages il pourrait tirer de cette situation.

« Un instant, s’exclama-t-il. Pourrait-on revenir en arrière ? Est-ce là une prédiction de notre petite sorcière ? »

S’il avait tourné la tête, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, en direction de Circé, il aurait remarqué le regard assassin que Calliope avait posé sur lui durant un furtif instant.

Que l’on mette les prédictions de Circé en doute était une chose, qu’on la traite de sorcière en était une autre. Elle ne fabriquait pas de potions magiques avec la bave, le sang ou les organes de quelque créature que ce soit.

Encore que, l’idée lui pouvait lui venir d’essayer, un jour, avec le cœur d’Erra, s’il en avait un, si petit soit-il.

Cette prédiction n’était pas l’une des siennes. Elle existait bien avant sa naissance.

Quant à Circé, elle avait d’autres choses en tête, telles que cacher ses pensées.

Elle les cachait si bien qu’Alixe ne parvenait pas à les trouver pour les lire, encore moins les deviner.

La jeune fille craignait-elle la présence d’un télépathe parmi eux ? Ou sa magie lui avait-elle appris à se protéger instinctivement ?

« Combien reste-t-il de mondes, ou d’univers, viables ? demanda de nouveau Anat.

─ Environ quinze-pour-cent ans cette galaxie », lui répondit Apollon d’une voix dans laquelle perçaient résignation et fatalisme.

Ésus soupira, mais lui, il ne connaissait ni la résignation, ni le fatalisme .

« Essayons d’abord de voir l’aspect positif de la situation, commença-t-il d’une voix douce presque timide. Quatre-vingt-cinq-pour-cent des univers détruits, cela signifie que les autres… formes de vie sont autant atteintes que nous, sinon plus, n’est-ce pas ?

─ C’est exact, Ésus. Je suis certain que nous allons tous pouvoir apprécier ton sens de l’à-propos. »

Apollon vit Frey sourire.

Cela aurait pu paraître incongru pour une assemblée humaine, mais pas pour une assemblée d’humanoïdes parasités par des Goa’ulds.

« C’est plus qu’il nous faut, poursuivit Ésus sans se laisser démonter par la remarque d’Apollon. Que nous soyons cinq, dix, vingt-sept ou plus, nous avons l’occasion de rebâtir nos empires exactement comme nous le souhaitons, et assujettir ce qui reste de créatures pensantes, ou non pensantes, en leur ôtant tout désir de rébellion. Du moment qu’il nous reste suffisamment d’hôtes... Râ a survécu avec moins que ce…

─ Si Râ a survécu avec moins que cela, je veux bien qu’on m’extraie de mon hôte, grommela Dercéto. Râ avait la folie des grandeurs, et il a dû rater quelques connexions au niveau du cerveau de son hôte lorsqu’il en a pris possession, ou alors, il a trop abusé des sarcophages.

─ D’accord. Bien que Râ ne soit pas le pire des exemples, j’aurais pu en trouver un autre, s’excusa Ésus avec humilité.

─ Tu as quoi à la place du cerveau ? s’étonna soudain Perséphone. Tu n’as pas entendu ce que vient de dire Apollon, ni le son de tes propres paroles ? Quatre-vingt-cinq-pour-cent des mondes ayant un jour existé ont été rayés de la carte. En combien de temps ?

─ En cinquante ans… Peut-être cent. Nous ne pouvons en avoir la certitude, répondit Apollon.

─ Tu penses que ces univers ont disparu juste parce qu’ils en avaient l’envie ? Pour des créatures dont l’espérance de vie est de moins d’un siècle, c’est déjà quelque chose de savoir que leur monde va être détruit pendant leur vie, alors tu imagines pour nous… Même ce qui les dévore met un siècle à parvenir jusqu’à nous, nous serons non seulement encore là, mais nous l'aurons attendu comme des condamnés attendent leur exécution. Tu veux conquérir autant de mondes que Râ avec tes belles armées ? Ne te gêne pas. On se souviendra de toi comme Grand Maître qui voulait être Râ pendant… disons à l’échelle de l’univers… (Elle fit mine de réfléchir) Rien du tout. Même pas le temps de la chute d’un grain de sable dans le Grand Sablier du Temps. »

Erra toussota.

Il entrevoyait clairement dans la disparition de ces univers qui contenaient des milliers de galaxies, voire des milliards pour certains, la marque d’un ennemi plus puissant qu’il ne l’avait été lui-même.

« Râ était un petit con tellement rempli d’arrogance qu’il en débordait par tous les trous, dit-il. C’est ce qui lui a coûté la vie. Sa folie et la trop grande estime qu’il avait de lui ont été le point de départ de notre chute. À cause de lui, ceux de la Tau’ri ont découvert que, non seulement nous n’étions plus des dieux, mais surtout, que nous n’étions pas immortels. Ils ont donné l’exemple aux autres civilisations et, depuis, nous sommes tombés avec nos empires les uns après les autres.

─ Parle pour toi, Erra, fit Perséphone dans un sourire mi-figue, mi-raisin. En ce qui me concerne, j’ai encore mon empire… Il en va de même pour Ereshkigal. Nous avons vu moins grand que toi.

─ Pareil pour moi, ajouta Divona.

─ Qui voudrait de mondes obscurs et inhabitables comme royaumes, pouffa Scáthach.

─ C’est vrai que côté soleil, ça manque un peu… Quoiqu’aux Enfers, il y fasse très chaud, dit-on.

─ Cela te plairait sûrement, Dercéto, lui renvoya Divona. Toi qui refuses de montrer la peau de ton hôte au soleil de peur qu’elle flétrisse trop vite.

─ Mesdames ! », les interrompit sèchement Apollon qui en connaissait suffisamment long sur les batailles de mégères pour savoir comment et en quoi elles pouvaient dégénérer.

Dercéto et Divona acquiescèrent.

La situation était suffisamment grave sans en rajouter.

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