Chapitre 21
Alixe se réveilla encore épouvantée par sa vision. Elle était debout dans le tel’tak qui venait de traverser la porte. La prédiction du vieux roi tournait dans sa tête. Une mauvaise poésie, certes, mais ô combien effrayante.
Elle remarqua alors qu’elle portait des vêtements différents de ceux qu'elle portait lorsqu’elle avait quitté le ha’tak. Ba’al aussi.
En plus d’avoir un mal de crâne du tonnerre, tout son corps la faisait souffrir. Elle avait des écorchures aux mains, aux bras et aux jambes, ainsi que des bleus, et quelques entailles plus profondes, comme si elle s’était battue avec une lame.
Elle comprit.
Cela avait recommencé.
Comme lorsqu’elle était arrivée sur la Planète aux esclaves... Elle pensait avoir brièvement perdu conscience, le temps de passer dans le fameux vortex que lui avait décrit Carson.
Le tel’tak fut brutalement secoué. Il recevait une volée de tirs nourris.
D’après ce qu’elle vit au travers du hublot, plusieurs vaisseaux, des planeurs de la mort, les attaquaient.
Elle pensa immédiatement à Amaterasu et à ses forces armées.
Ils venaient de franchir une porte. Apparemment, ils étaient attendus.
Ba’al avait pris les commandes manuelles et louvoyait entre les tirs.
S’ils voulaient survivre, il allait devoir songer à l’occultation du tel’tak.
Sauf que c’était impossible tant que la porte restait ouverte. Elle captait toute l’énergie environnante.
Il devait d’abord songer à s’en éloigner pour éviter qu’elle en pompe trop, et les laisse à la merci de leurs ennemis.
Le premier coup de semonce avait fait pas mal de dégâts sur le tel’tak. Pas assez pour empêcher son occultation, mais suffisamment pour l’empêcher de passer en hyperespace et rejoindre une autre porte.
Si, toutefois, il en existait encore une quelque part dans cette galaxie, ou dans cet univers.
Aux
commandes de son tel'tak, Ba'al effectua une manoeuvre d'évitement.
La porte se referma.
Il leur fallait composer un nouveau code et repasser par l’anneau.
Par un miracle qui devait tout à la dextérité de son pilote, et plus encore à son désir tenace de vivre, le ha’tak parvint à se glisser entre les vaisseaux ennemis.
Ils le prirent aussitôt en chasse comme un essaim de guêpes pourchasserait celui qui aurait piétiné leur nid. Ils étaient aussi mortels.
Ba’al fit décrire un immense arc de cercle à son vaisseau.
Malgré le brouillard dont elle essayait désespérément de s’extraire, Alixe comprit sa ruse.
Il voulait les entraîner aussi loin que possible de la porte. Puis il occulterait le ha’tak, reviendrait vers le grand anneau en suspension dans l’espace et rentrerait de nouvelles coordonnées pour ouvrir la Porte.
Leurs poursuivants restèrent un moment indécis, puis ils se décidèrent à faire demi-tour. Ils ne manquèrent pas de voir la Porte s’activer à nouveau.
Le tel’tak de Ba’al, redevenu visible, les devançait toujours. Il passa une première fois devant elle sans chercher à la franchir.
Toujours à sa poursuite, sans doute avec l’idée qu’il les narguait, les vaisseaux en firent de même.
Il fit revenir son vaisseau pour la seconde fois vers la porte spatiale. Elle était sur le point de se refermer.
Ba’al lança le ha’tak à pleine vitesse et entra dans l’iris juste avant qu’elle s'éteigne, coupant l'élan de leurs poursuivants.
Le vaisseau se retrouva disloqué, étiré, distendu, dans le vortex, et fut recraché dans une autre galaxie, peut-être un autre univers, elle l’ignorait, mais au moins, les autres vaisseaux n’avaient pas pu les suivre.
« Depuis combien de temps avons-nous quitté votre ha’tak ? »
Pas de réponse.
Elle répéta sa question.
Ba’al bougonna :
« Ne vous inquiétez pas pour Beckett. Il ne risque rien là où il est. »
Il se méprenait sur le sens de sa question.
Elle n’insista pas. Peu importait le temps qu’elle avait perdu, au sens propre, elle ne pourrait jamais le récupérer.
En plus, il avait un problème plus urgent à régler.
« Peuvent-ils vous retrouver ? » lui demanda-t-elle.
Il mit un moment avant de lui répondre.
Le temps de vérifier si des morceaux de son vaisseau étaient restés dans le vortex, ou ailleurs, ou qu’ils n’étaient pas attendus par d’autres assaillants de ce côté-ci de la Porte.
« Ils le pourront, certainement », finit-il par répondre en se tournant vers elle. « Mais pas avant un long moment. »
Elle remarqua qu’il l’observait attentivement en plissant les yeux comme s’il venait de remarquer, chez elle, quelque chose d’inhabituel.
Il revint aux commandes de son vaisseau, silencieux et soucieux.
Elle finit par briser ce silence qui lui était devenu pesant.
« Il faudrait que nous parlions d’une chose très imp…
─ Il y a sans doute beaucoup de choses importantes dont nous devrions parler, la coupa-t-il sans se retourner. Mais ce n’est ni le lieu, ni le moment. Si vous essayez de me prouver le contraire, je n’hésiterai pas à ouvrir le sas derrière nous. J’y survivrai, mais pas vous, et pas seulement parce que je suis attaché à mon siège. »
Elle n’était pas certaine que cela soit exact, mais elle préféra ne pas le tenter.
Elle lui parlerait de L’Occulteur plus tard, une fois de plus.
Ils passèrent les deux heures suivantes dans le silence.
Elle eut la preuve, si elle en avait eu besoin, que les voyages de l’espace étaient du plus grand ennui, que ce soit à plus d’une centaine de personnes dans un ha’tak, ou à deux dans un tel’tak.
Au détour de la toute petite planète morte où il l’avait laissé, son ha’tak apparut.
Ba’al dirigea son vaisseau vers l’une des aires d’appontage.
Il ne s’était plus préoccupé d’elle depuis qu’il avait renvoyé leur conversation aux calendes grecques.
Elle comprenait parfaitement qu’il ait à faire face à d’autres obligations. Elle était bien placée pour le savoir.
Elle avait aussi l’impression qu’il faisait tout pour éviter le sujet, et même l’éviter, elle.
Elle était restée à méditer là-dessus, et sur d’autres choses parmi lesquelles ce rêve à propos du Conseil goa’uld, jusqu’à ce que Carson vienne la chercher dans la soute.
Il était sincèrement inquiet à son sujet. Il hésitait à la toucher, la prendre dans ses bras, ou simplement lui tenir la main.
Il était resté assis à côté d’elle, dans la semi-obscurité du tel’tak, sans rien dire, un très long moment… Jusqu’à ce qu’elle décide lui avouer ce qui la tourmentait.
Elle lui avait parlé de sa nouvelle perte de mémoire, mais l'avait regretté aussitôt au son de sa voix.
Carson réagissait avec son cœur et non avec sa raison.
Elle avait tenté de le rassurer, sachant que c'était en pure perte. Elle avait donc préféré changer de sujet et lui demander s’il savait quelque chose à propos d'une condamnation concernant Ba'al.
Sur le coup, il n'avait pas compris.
Elle lui avait alors révélé que Ba’al n’était plus un Grand Maître et qu’elle tenait cette information du principal intéressé.
Elle lui avait aussi parlé de ce qu’elle avait entendu dire à son sujet, par les autres Goa’ulds, en prétendant qu’elle avait surpris des conversations, des bruits de couloirs… sur le fait qu'il avait été déchu de son statut de Grand Maître par Anubis, arrêté et envoyé en exil dans les prisons de Cottos.
Carson avait médité sur ses paroles quelques instants avant de murmurer à voix basse :
« Je n’ai jamais entendu parler de ce Cottos, mais pour le reste… Si ces rumeurs disent vrai… cela pourrait coïncider avec l'apparition des clones, et cela expliquerait qu'on n'ait jamais mis la main sur le véritable Ba'al.
─ Il s'est aussi fait une ennemie mortelle : Amaterasu.
─ Amaterasu ? Je croyais qu’elle avait été tuée… par les Réplicateurs…Des créatures biomécaniques… Enfin plus mécaniques que bios, et surtout très dangereuses.
─ Soit c’est encore un exemple de résurrection goa’ulde, soit quelqu’un s'est fait passer pour elle. Je peux te certifier qu’'Amaterasu est bien vivante. Contrairement à son frère, Susannoo. Ba'al l'a tué... en légitime défense. Enfin, il me semble. Ce sont ses vaisseaux d'Amaterasu qui nous ont attaqués. C'était des planeurs de la mort, et nous nous en sommes sortis de justesse.
─ Des planeurs de la mort ? Il y en avait beaucoup ?
─ Assez pour nous tendre une embuscade à la sortie d’une porte. Amaterasu veut sa mort, et les autres Goa’ulds ne lèveront pas le petit doigt pour le protéger.
─ Le contraire aurait été étonnant.
─ D'autant qu'ils ont d'autres préoccupations. Il existe un ennemi qu'ils craignent plus que tout autre, et j'ai des raisons de croire que nous, Terriens, devons aussi le craindre. Il anéantit chacun des mondes dans lesquels il passe. Le système solaire et la Terre sont sur son chemin. C'est même pire que cela, il les cherche. Il nous cherche pour nous détruire. Comme il l'a déjà fait avec de nombreuses espèces de la galaxie. »
Carson ne répondit rien. Il assimilait l'information.
Il restait assis sur la banquette à côté d'elle, la tête baissée.
Ses mains s'agitaient nerveusement.
Soudain, il comprit quelque chose d'important.
« Les cartes, murmura-t-il. Les cartes ne montraient pas quelque chose qu’il fallait voir, mais quelque chose qui n'était plus là.
─ Comment cela ? »
Il lui avait expliqué comment il avait découvert les cartes de Michael. Et comment Ba'al avait mis la main sur lui, ensuite.
En lui parlant de Michael, Carson lui avait avoué sa nature de clone.
Il lui avait parlé de ses doutes et de ses craintes, et de l’autre Carson Beckett.
Elle s'était rendue compte qu'elle n'était pas la seule à subir les contrecoups des derniers évènements.
Ils étaient là. Loin de leur vie passée, ou du moins de ce qu'ils pouvaient considérer comme une vie tant elle avait été dévastée. Loin de leurs amis et de leur famille. Nombre de leurs certitudes s'étaient envolées en quelques jours.
Au-delà de tout cela, ils venaient de comprendre qu’ils se trouvaient au milieu d'une guerre sans pitié face à un ennemi dont personne ne savait quoi que ce soit, sauf qu'il était tout puissant et prêt à dévorer toutes les galaxies qui se présentaient à lui.
Ils étaient là, et ce n’était pas un hasard.
Ils avaient un rôle à jouer. C'était une certitude qui n'avait cessé de grandir en elle.
Leur rencontre...
Ce n'était pas seulement parce qu'elle recherchait L'Occulteur de Mondes.
D'ailleurs existait-il vraiment ?
Elle se souvenait parfaitement de cet objet en étain, parfaitement rond, pas plus gros et aussi lourd qu'une boule de pétanque.
Elle l'avait tenu entre ses mains et senti sa froideur surnaturelle.
Elle avait essayé de le comprendre, mais elle avait fini par y renoncer.
N’était-il réellement rien de plus ou de moins que ce dont il avait l'air : une boule de pétanque ?
N'était-il rien qu'une idée ?
Celle de l'espoir ?
Rien n'arrivait jamais par hasard.
Aucune rencontre n'était fortuite.
« Nous devons nous ressaisir, » affirma-t-il soudain.
Sa voix avait retrouvé un semblant de vigueur. Un peu forcée, néanmoins.
Elle eut un léger rire.
« Qu'est-ce que tu proposes ? demanda-t-elle.
─ Nous pourrions commencer par améliorer nos conditions de vie ? Ensuite, on attend et on voit comment les choses évoluent et ce que l'on peut en tirer. Ce qui ne nous empêche pas de nous préparer à nous battre... ou à survivre. »

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