Chapitre 23
Alixe s'était discrètement renseignée auprès du second.
La petite armada que la femme dirigeait avait suffisamment de puissance de feu pour les détruire, effectivement. D'autant que la première semonce avait neutralisé les canons à plasma. Deux ponts avaient aussi été détruits.
Elle savait exactement comment affaiblir son adversaire.
Ce qui ne changeait pas grand-chose à leur situation parce que les vaisseaux qui étaient encore en état de voler n’étaient pas armés au maximum de leurs capacités.
Par ailleurs, il n'était pas question de bouger le ha'tak, car ses propulseurs étaient en cours de réparation depuis plusieurs jours.
Il ne restait donc plus que les boucliers pour les protéger, mais ceux-ci ne tiendraient guère longtemps sous un feu nourri.
Alixe ne voyait donc qu'une seule solution : gagner du temps pour permettre l'évacuation du vaisseau.
Elle s'approcha du Prima.
« Puis-je ? » lui demanda-t-elle poliment.
Celui-ci la regarda avec suspicion.
Toutefois, au point où ils en étaient... Il lui laissa sa place sans plus réfléchir.
Vala Maldoran fronça les sourcils en découvrant sa nouvelle interlocutrice.
En matière de négociation, Alixe n'était pas certaine d'être la mieux placée, mais au moins, elle devait essayer. Il lui fallut d'abord comprendre comment fonctionnait l'Intercom.
Le Prima appuya sur un bouton, et d'un signe de tête lui indiqua qu'elle pouvait parler.
« Ici, Alixe Hemmingsen, puis-je savoir qui vous êtes et pourquoi vous assiégez mon vaisseau ?
─ Votre vaisseau ?
─ Mon vaisseau », confirma Alixe avec tout l'aplomb dont elle était capable.
Vala Maldoran plissa les yeux et sa bouche se tortilla un moment.
Alixe avait réussi son coup en la déstabilisant.
Maldoran coupa brutalement toutes les communications. Son visage disparut de l'écran qui redevint noir
Alixe décida de couper la fréquence sonore pour observer plus attentivement Maldoran dès qu'elle reparaîtrait à l'écran et, surtout, pour éviter que celle-ci entende ce qu'elle allait dire au Prima.
« De combien de temps avez-vous besoin pour évacuer le vaisseau ? lui demanda-t-elle.
─ Je ne suis pas cert...
─ Votre maître n'est pas là, le coupa-t-elle avec un calme qui l'étonna elle-même. Il s'agit d'une décision que nous devrons prendre rapidement. J'ai vu que vos hommes se préparaient pour une évacuation possible. Vous avez donc prévu un lieu pour vous réfugier au cas où pareille situation se présenterait ? Je suppose que vous avez un plan un plan d'évacuation ? »
Il acquiesça.
« C'est peut-être le moment de le mettre en action », lui suggéra-t-elle sans chercher à le brusquer.
« J'ai besoin d'une vingtaine de... Mais il n'est pas question que je quitte le vaisseau de mon maître sans lui ! »
Ça, cela risquait de poser un problème. Mais chaque chose en son temps.
« Faites de votre mieux pour vos hommes », lui répondit-elle, imperturbable.
Il se retira pour organiser l'évacuation du vaisseau.
Au moins, elle n'avait pas eu à se battre pour le convaincre. C'était un soldat, et il savait évaluer la situation, et celle-ci était critique.
Alixe ralluma les communications au moment où le visage de Vala Maldoran réapparut sur l'écran. Elle n'était pas encore remise de sa surprise et semblait plus soucieuse qu'avant de disparaître.
« Vous dites que ce vaisseau vous appartient, mais les jaffas portent la marque de Ba'al et je vous vois mal voler un vaisseau goa'uld avec son équipage à bord, à vous toute seule, plus encore celui de Ba'al.
─ Qui a dit que j'étais seule ? Mais vous avez raison sur un point, concéda Alixe. Je ne l'ai pas volé. J'ai joué et j'ai gagné. »
Elle en faisait preuve d'un aplomb dont elle s'ignorait capable jusqu'à présent.
─ Ah oui ? Et à quel jeu ?
─ Peu importe à quel jeu je l'ai gagné. Il est à moi et je le garde. Pour l'avoir, il faudra me tuer... ou me payer très très cher.
─ Je ne m'y risquerai pas. En fait, je me méfierai vraiment de quelqu'un qui aurait réussi à prendre quoi que ce soit à Ba'al.
─ Disons qu'il avait d'autres problèmes à gérer au même moment.
─ Bien essayé, mais le bluff, c'est ma spécialité, pas la vôtre. Non, mais pour qui vous vous prenez ? Vous croyez vraiment que nous ignorons qui vous êtes ?
─ Ah, oui ? Et qui suis-je, d'après vous ? Je ne vous trouve pas très douée pour une dame qui prétend que le bluff est sa spécialité.
─ Assez joué, ma jolie. Tu me libères Carson et tu me livres Ba'al, ou je détruis ton prétendu vaisseau. C'est mon dernier avertissement. »
Elle devait gagner du temps.
« On se tutoie maintenant ? OK ! Désolée, mais j'ignore de qui tu veux parler. »
Alixe sentit un mouvement derrière son dos, mais elle était trop occupée pour se retourner.
Vala Maldoran était visiblement très agacée.
« C'est marrant, le Prima, lui, a dit qu'ils n'étaient pas à bord. Ce qui sous-entendait qu'il les connaissait... et quand on parle du loup... »
Alixe se retourna.
Ba'al avait fait irruption sur la passerelle de commandement et avait piqué droit sur elle.
Il coupa la communication avant qu'elle ait pu dire quoi que ce soit.
« Qu'est-ce que vous faites ? » gronda-t-il.
Elle ne se dégonfla pas. Elle n'avait rien à perdre, et elle était certaine d'avoir choisi la bonne tactique.
Jusqu'à ce qu'il vienne tout gâcher.
« J'essaie de négocier, et de gagner du temps...
─ Il est hors de question de négocier avec elle, ou avec qui que ce soit.
─ Pourquoi pas, si cela peut sauver des vies ?
─ Parce que nous n'avons rien à négocier, et parce que cela ne nous coûterait pas quelques centaines de vies, mais des milliards.
─ Pardon ?
Une violente secousse fit tanguer le vaisseau.
L'horizontalité du plancher abdiqua lorsqu'une nouvelle salve heurta les bouclier du vaisseau.
Elle perdit l'équilibre.
Ba'al la rattrapa par la taille et la serra contre lui tandis qu'il essayait de garder son propre équilibre en s'agrippant au fauteuil inamovible du Commandant de bord.
Elle parvint à s'y ancrer à son tour.
Assuré qu'elle n'irait pas s'écraser contre une parois, il la libéra.
Les deux derniers techniciens présents s'accrochèrent eux aussi à ce qu'ils pouvaient.
Toutes les lumières de la passerelle s'éteignirent en même temps.
Une sirène commença à hurler dans les profondeurs du vaisseau.
« Sortez d'ici ! », ordonna Ba'al aux deux navigateurs. Allez rejoindre les autres dans la salle de transfert ! »
Tandis que les deux jaffas quittaient la passerelle, Ba'al manipula une trappe dans la parois du tableau de bord qui s'ouvrit sous la pression de ses doigts.
Il en extirpa deux plaques de la taille de cartes de tarot, d'un blanc fluorescent et translucide.
Alixe supposa qu'il s'agissait de données qu'il ne souhaitait pas voir tomber entre les mains de l'ennemi.
« Venez ! » lui cria-t-il à travers les grésillements des lumières et des ordinateurs.
Il lui attrapa la main et l'entraîna à sa suite, dans les coursives du ha'tak.
Malgré l'obscurité, il savait très bien par où il devait passer pour éviter les obstacles.
Les secousses se poursuivirent à un rythme régulier.
La lumière revint faiblement, mais elle montrait de sérieux signes de faiblesse.
La fumée de plusieurs feux à l'intérieur du vaisseau envahissait les coursives.
Toujours entraînée par Ba'al, elle arriva jusqu’à la salle dans laquelle ils avaient entreposé la petite Porte des étoiles.
Celle-ci était ouverte.
Les jaffas y faisaient déjà passer tout le matériel nécessaire à leur survie.
Carson arriva à son tour suivi d’un groupe de jaffas. Il avait eu le temps de récupérer une trousse de secours, trois kits de survie, et son inséparable pad.
« Qui a fini par nous retrouver en premier ? » demanda-t-il à Ba'al après avoir sanglé son sac à dos.
Sans attendre la réponse, il distribua les kits de survie, l'un pour le Prima de Ba'al, l'autre pour Alixe, et le troisième, il le mit de côté.
Il passa la lanière de sa trousse de secours sur son épaule droite.
Il fut un temps où cet exercice de harnachement ne lui était pas naturel. Aujourd'hui, ce n'était plus le cas.
« Une certaine Vala Maldoran, lui répondit Alixe. Encore une que notre hôte s'est mis à dos. Rien d'étonnant étant donné le tact dont il fait preuve avec les femmes.»
Le principal intéressé lui renvoya un regard torve qui disait clairement que si elle continuait, elle risquait de finir sa vie avec le vaisseau.
Ba'al s'activait autant que les jaffas.
Des marques de fatigue et de souffrance étaient visibles sur son visage, mais il ne lâchait rien.
Son lo’taur avait du mal à le suivre.
Alixe remarqua aussi des taches de sang sur ses vêtements. Ceux-ci étaient déchirés par endroits.
Qu’avaient-ils donc fait, Carson et lui, durant leur absence ? Dans quoi le Grand Maître déchu avait-il entraîné le médecin ?
« D’après ce que je sais d’elle, Vala Maldoran est devenue chasseuse de primes, expliqua Carson.
─ Voilà qui ne m’étonne guère de sa part », lâcha Ba'al en aidant l'un de ses jaffas à attacher une dernière caisse sur un chariot avant de le pousser vers la porte.
« Nous devrions nous presser, ajouta Carson. Elle est loin d'être stupide. À mon avis, elle doit déjà avoir compris que nous sommes en train d'évacuer le vaisseau. »
Dans sa voix, perçait une once d'admiration qui n'échappa pas à l'ancien dieu.
« Vous avez envie de la rejoindre, Beckett ? »
La question était inattendue de la part de Ba’al.
Carson se trouva pris au dépourvu.
« Je… Enfin… Vous… Nous…
─ Décidez-vous, Beckett, le temps presse.
─ Vous n’êtes pas sérieux, je suppose.
─ Bien sûr que si.
─ Alors, c’est non. »
Ba’al s’arrêta net et le regarda.
Pour la première fois, il avait l’air sincèrement surpris.
Le chariot qu'il poussait redescendit la légère pente de la passerelle qui lui permettait d'entrer dans la petite Porte, entraînant le jaffa qui le tirait avec lui.
« Cette fois, c’est à moi de vous demander si vous êtes sérieux.
─ Disons que, depuis peu, je me sens … plus utile et plus en sécurité... loin du SG-C.
─ Plus en sécurité ? » ricana le Prima de Ba'al pour qui les paroles de Carson relevaient le plus souvent de la plaisanterie idiote.
Ba’al lui fit signe de le remplacer derrière le charriot.
« Tant mieux, dit-il simplement. Il reste à tous nous sortir de ce piège, en vie si possible. »
Alixe ne quittait pas Carson des yeux. Elle avait eu peine à en croire ses oreilles lorsqu'il avait décliné l'offre de Ba'al.
Elle ne parvint pas une seule fois à croiser son regard.
Regrettait-il déjà sa décision ?
Elle se demandait ce qui l'avait fait changer d'avis.
Avait-il vu, entendu, fait ou compris quelque chose pendant son expédition avec Ba'al ?
Ou bien était-il parasité, lui aussi, par un Goa'uld ?

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