Chapitre 24

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Les jaffas emportèrent tout ce qu’ils purent, en nourriture et en armes. Leur évacuation, ainsi que celle des lo’taurs, étaient achevée.

Ba’al avait utilisé l’un de ses trois derniers E2PZ pour les envoyer dans une autre galaxie, sur une petite planète viable et, d’après ce qu’il avait expliqué à son Prima, assez tranquille côté visites extraterrestres. Ils pourraient y rester une journée pour y reprendre des forces. À charge pour le Prima de leur faire passer deux autres Portes qui devaient les reconduire chez eux, dans leur galaxie, dans leurs foyers.

Malgré cette mission importante qui lui avait été confiée, le Prima avait émis quelques protestations. Il ne comprenait pourquoi Ba’al préférait l’abandonner, lui, plutôt que les deux Tau’ris.

Avait-il commis une faute grave envers son Maître ?

Il pensait que ce départ était un aller simple.

Après avoir remis à Carson une série de codes, et lui avoir demandé de les utiliser afin d’établir deux routes distinctes, dont l’une serait plus longue et plus complexe que l’autre, sans jamais se croiser, mais au point d’arrivée commun, Ba’al avait pris son Prima à part.

Ils étaient allés discuter un peu plus loin sans s’occuper des soubresauts du ha’tak, et des multiples alertes qui résonnaient dans les couloirs.

L’ordinateur de bord annonçait de nombreuses zones de dépressurisation, et cela empestait de plus en plus le plastique et la toile brûlés, ainsi que la fumée dans la salle de transfert.

Le Prima accepta enfin de passer la porte. Il avait eu l’air soulagé en entrant dans le vortex.

Celle-ci se referma aussitôt après son passage.

Alixe ignorait ce que Ba’al lui avait dit, mais en tous les cas, cela l’avait convaincu.

De son côté, Carson avait eu le temps d’établir les deux chemins qu’il espérait moins chaotique que les conditions dans lesquelles il avait dû les établir.

N’ayant aucune information sur les planètes, les galaxies ou les univers sur lesquels ouvriraient les portes avec les codes que lui avait fourni Ba’al, il avait établi les deux parcours de façon arbitraire.

Alixe avait plus ou moins compris le principe des Portes des étoiles.

Il en existait au moins deux sortes : celles à neuf chevrons, et celles à douze.

Carson ignorait l’existence de ces dernières jusqu’à ces derniers jours. Il en avait déduit que c’était elle qui leur permettait de passer d’un univers à l’autre, et qu’elles devaient être plus rares que les autres, ou plus difficile à trouver.

Il lui avait expliqué que, sur les portes qu’il connaissait, il fallait actionner sept chevrons pour établir un pont, ou un tunnel spatio-temporel vers une porte située dans la même galaxie que la Porte de départ. En actionnant huit chevrons, on pouvait passer d’une galaxie à une autre. Cela nécessitait beaucoup de puissance et requéraient donc une source d’énergie que Carson appelait un E2PZ, ou un EPZ.

L’utilisation d'un neuvième chevron était plus récente que les deux autres.

L’un des essais du SG-C avait permis l’ouverture d’un passage aboutissant dans l’un des vaisseaux qui susceptible d'avoir semé les fameuses portes à travers les univers.

D’autres tentatives, avec d’autres codes, n’avaient rien donné et, pour une raison inconnue, les recherches avaient brutalement été arrêtées.

Carson présumait que les risques de finir dans un no man’s land universel sans temps, ni espace, ou sur un autre vaisseau à la dérive qu'ils risquaient de perdre comme le premier, étaient trop grands. Ils ne valaient pas la peine que l’on sacrifie des vies et, d’un point de vue bureaucratique, de l’argent.

L’argent, c’était peut-être ce qui manquait le plus au programme, en dehors du temps…

Le ha’tak sans personne aux commandes résistait comme il pouvait, mais il ne tiendrait plus très longtemps.

Alixe sentait que Ba’al avait laissé partir ses jaffas et abandonnait maintenant son vaisseau la mort dans l’âme.

Le ha’tak et les quelques hommes qu’il commandait étaient les derniers vestiges de sa grandeur passée. Pourtant, il n’en laissait rien paraître.

Il vérifia les deux chemins que Carson avait composés, lui fit opérer quelques modifications directement sur son pad, avant de le lui prendre des mains.

Il sortit les deux cartes phosphorescentes qu’il avait sauvées sur la passerelle, posa la première sur l’écran qui afficha aussitôt une première série de codes. Il demanda à Carson de lui afficher la seconde, avant de poser l’autre carte de la même manière. Puis il remit le pad à son propriétaire.

« À chaque étape, elle vous donnera les coordonnées à entrer pour actionner la porte », lui expliqua Ba’al en lui tendant l'une des deux cartes.

Carson allait la prendre, mais Ba’al le prit de vitesse en lui attrapant le pouce et en le lui collant sur la carte.

Carson voulut le retirer mais le goa’uld le força à ne pas le bouger.

« Vous y perdrez votre doigt si vous le retirez maintenant », le prévint-il.

Alixe vit une expression douloureuse passer sur le visage du médecin.

Lorsqu’enfin il fut autorisé à retirer son pouce, celui-ci était aussi rouge que s’il venait de passer sur une flamme. Les yeux de Carson étaient embués de larmes.

Ba’al lui tendit la carte, pour de bon cette fois.

« Maintenant, vous seul pourrez la lire. Les codes apparaîtront à chaque fois que vous passerez votre doigt dessus et que vous vous trouverez devant une porte. Rassurez-vous, elle ne vous brûlera plus, et un conseil, ne la perdez pas. »

Il prit l’un des deux EPZ qui lui restait et le lui confia à Alixe :

« Et vous, vous ne perdez pas Beckett ! »

Carson et elle avaient fui en prenant le chemin le plus court.

Ba’al l’autre.

Le stratagème était ingénieux. Non seulement, en prenant deux routes, ils tromperaient leurs éventuels poursuivants, mais la destruction du ha’tak empêcherait ces derniers de retrouver leurs traces trop vite.

D’après l’ancien dieu phénicien, les planètes par lesquelles passait leur route étaient calmes, et les DHD, les panneaux de commande des portes, facilement et rapidement accessibles.

Ces derniers étaient, en général, situés près des Portes.

Moins les fuyards laisseraient passer de temps entre deux franchissements, plus il serait difficile aux chasseurs de les suivre.

Carson en avait déduit que les signatures énergétiques des bonds successifs s’entremêleraient suffisamment pour perturber tous les systèmes de pistage de leurs poursuivants. Avec de la chance, ils finiraient même par perdre leurs traces, de manière définitive.

Carson et Alixe avaient franchi presque toutes les portes en moins d’une demi-journée.

Il y en avait juste deux dont le DHD avait été plus difficile à trouver.

Ils en avaient trouvé un sous l’eau, à quelques mètres de profondeur, et l’autre dans une grotte obscure dont ils ignoraient ce qui s’y trouvait en dehors de la Porte.

D’après les bruits qu’ils avaient pu y entendre, ni l’un ni l’autre n’avait eu envie de le savoir.

Si la théorie du médecin était exacte, les Chasseurs de Primes ne devaient plus être sur leurs traces.

À condition de n’avoir pas suivi celle de Ba’al.

Carson lui avait concocté un joyeux "melting-doors", plus long et plus complexe que le leur.

Parce que sa tête valait plus chère que celle des deux terriens réunis qui, eux, ne représentaient pas une menace officielle pour l’univers, il avait toutes les chances d’être poursuivis par les chasseurs de primes.

Donc, autant ne pas leur rendre la tâche facile.

Les deux chemins aboutissaient sur cette Terre alternative qui semblait coincée dans les années 80 et qui n’avait encore aucune idée de ce que pouvait être une Porte des étoiles.

Ba’al aurait dû arriver dans cet univers, sur cette Terre, une journée ou deux après eux, guère plus.


Ils l’attendaient depuis vingt-huit jours, maintenant…

Carson et elle étaient arrivés par une porte qui se trouvait dans une caisse que le flux avait éventrée de l’intérieur.

Ils s’étaient retrouvés à quatre pattes sur un sol humide, dans un endroit obscur.

Carson avait sorti des lampes torches de son sac à dos.

Ils avaient fait le tour des lieux en suivant le premier mur qu’ils rencontrèrent. Ils n’y trouvèrent aucune fenêtre. Il y avait bien une porte, mais fermée à clé et trop lourde pour être bougée.

Ils découvrirent ensuite un compteur électrique que Carson remit en route, ce qui leur permit d’avoir plus de lumière pour appréhender leur nouvel environnement.

La Porte des étoiles par laquelle ils venaient d’arriver comportait douze chevrons et se trouvait dans un hangar immense et quasiment vide.

C’était là que les deux routes, la leur et celle de Ba’al, devaient aboutir.

Les lieux semblaient avoir été inondés à plusieurs reprises.

Six caisses de différentes tailles, au bois pourri et aux étiquettes illisibles, demeuraient de part et d’autre du hangar, à même le sol.

Alixe s’était demandée sur quelle planète ils avaient atterri, et plus précisément où se trouvait cet entrepôt.

Elle s’était à peine posé la question que la seconde suivante, elle se trouvait en plein air, au bord d’un ponton de bois, prête à faire le plongeon dans une eau qui n’avait rien de tropical.

Elle recula vivement.

Elle se retourna et vit des maisons en bois, dont les couleurs parfois criardes contrastaient avec la forêt de conifères qui s’étendait à perte de vue sur la montagne au-delà de la ville.

L’air était frais, et la lumière était grise et triste comme au sortir de l’hiver.

Un groupe d’enfants avec des cartables à la main ou accrochés dans le dos passa en courant et criant à côté d’elle.

À quelques mètres d’elle, elle aperçut des hommes et des femmes qui discutaient, chaudement vêtus, à la terrasse d’un bar, le Ketchikan Creek’s Bar. Elle vit d’autres personnes vaquant à leurs occupations, dans la rue.

Personne ne semblait l’avoir remarquée.

Tous ces gens avaient l’air vraiment tranquille.

Ce monde avait l’air tranquille.

Les vêtements, plutôt décontractés, bien terrestres, n’indiquaient pas une quelconque obligation ou interdiction religieuse. Si c’était le cas, alors ce n’était pas le premier de leurs soucis.

Elle avait alors pensé à Carson. Il fallait qu’il voie cela.

Mais comment retourner à l’entrepôt ?

Elle s’y retrouva aussitôt, à côté de Carson qui fit un bon en arrière et tomba sur le derrière en la voyant soudainement apparaître.

Elle se sentit soudain prise de nausée, mais comme elle n’avait rien mangé depuis un moment…

Il lui fallut un moment pour se remettre de ce qui venait de lui arriver.

Elle ne comprenait pas.

Était-ce de cette façon qu’elle avait quitté son monde pour se retrouver sur la Planète aux Esclaves ?

Elle avait l’impression d’avoir les poumons et la gorge en feu, et cette chose en elle semblait de plus en plus à l’étroit…

Toutefois, elle n’en dit rien à Carson qui était autant surpris qu’elle, et inquiet.

Il lui avait suffi de penser à un endroit pour s’y retrouver.

Ce n’était pas très agréable, mais il fallait qu’elle comprenne, et malgré les protestations de Carson, elle recommença.

Entre le point de départ et le point d’arrivée, il y avait une zone tampon, grise et gélatineuse, sans repère, un no man’s land, qu’elle devait traverser, c’était cela qui l’avait rendue malade, la première fois. Elle avait vu aussi ces volutes de fumée noires comme de l’encre envelopper son corps…

Non… Sortir de son corps… La chose qui cherchait à grandir en elle, à s'échapper...

Cela ne l’empêcha pas de se retrouver sur le ponton, ni de retourner auprès de Carson dans le hangar, encore moins d’être malade.

Carson compara cela au mal de l’air qu’éprouvaient certains pilotes au début de leur formation.

Il ironisait sur le fait qu'elle soit devenue une super héroïne avec un pouvoir de téléportation.

Restait à savoir si elle pouvait emmener quelqu’un avec elle.

Elle avait donc essayé avec le médecin, sans lui demander son avis.

Il ne fut même pas malade, ni à l’allée, ni au retour.

Par contre, il fut surpris de découvrir qu’ils se trouvaient en Alaska.

Elle s'en voulut de ne pas l'avoir comprit plus tôt. Mais tout ce qu’elle connaissait de l’Alaska, c’était les ports, lorsqu’elle était enfant.

Son père y venait fréquemment pour y faire du négoce.

Elle se souvenait des trappeurs, vendeurs de peaux, marins, chasseurs d’ours, et toute une foule de personnages qui n’avaient rien à voir avec ceux qu’elle avait aperçus.

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