Chapitre 32 / Chapitre 5

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Il leva les yeux sur son interlocuteur qui le regardait avec ce même air arrogant que sur la photo accrochée au mur de ce couloir du SGC.

Une lueur mauvaise dansait au fond de ses prunelles.

Il avait ces mêmes cheveux bruns, mais ils étaient plus gris sur les tempes, ce même bouc savamment taillé, les traits plus marqués, les joues plus creuses…

La mort et la résurrection n’avaient pas dû être des moments faciles à passer…

Les photos grossissaient les sujets d’environ cinq kilos, et les sarcophages ne rendaient pas tout ce que la nature prenait à leurs occupants temporaires.

Le Goa’uld avait souri, aimablement, néanmoins la dureté de ses traits contredisait cette amabilité apparente. Toute forme de bonté avait dû disparaître des gènes de son hôte depuis longtemps.

« Ai-je l’air stupide ? »

Exactement comme il le pensait. Chassez le naturel et il revient au galop.

Carson songea qu’il devait gagner du temps. Il espérait que Lorne et ses soldats n’allaient pas tarder à arriver.

« À vrai dire… Il y a longtemps que j’ai vu… le général… Et aux dernières nouvelles, il vous croit mort… Tout le monde vous croit mort… Et moi aussi je pensais… »

Le faux dieu eut l’air amusé.

« Personne n’est parfait… C’est une formule qu’apprécierait O’Neill. Et vous êtes qui, vous ?

─ Je… Je ne vois pas… ce que cela peut vous faire…

─ Vous avez raison. Surtout si je dois vous tuer.

─ Car… Carson Beckett… Docteur Carson Beckett… Pour... Pourquoi feriez-vous cela ? Je veux dire… me tuer…

─ Parce que vous possédez actuellement quelque chose que je recherche et que cela m’importe plus que votre vie. Vous allez me le donner de gré ou de force. Mieux, nous allons en discuter dans mon vaisseau… en tête à tête. »

Son cœur s'accéléra, sa gorge se noua.

Carson rassembla tout son courage.

« Ah oui ? Qu’est-ce qui vous fait croire que je suis celui que vous cherchez ? Vous pensez que je suis le seul, sur cette planète, à porter un uniforme de la Tau’ri ? »

Cet argument ne sembla pas émouvoir le faux dieu.

« Pour répondre à votre première question, sachez que je ne me trompe jamais. Je vous ai suivi jusqu’ici. Quant à vos amis, j'imagine qu'ils ne sont pas loin, mais à votre avis, avec cette foule, et cette distance, combien de temps mettront-ils pour arriver jusqu’à nous ? Auront-ils seulement envie de vous sauver ? Moi, j’aurai le temps de vous tuer et de prendre ce que vous cachez si mal sous votre uniforme… en plus des cartes dans votre sac à dos. À moins que vous ne me suiviez de votre plein gré. Peut-être que, par la suite, je vous épargnerai. »

Carson se demanda comment Ba’al savait qu’il avait ces cartes en sa possession, ainsi que le carnet. Avait-il la moindre idée de ce qu’ils représentaient ?

Il y avait fort à parier que oui.

Que voulait-il en faire ? Les utiliser à son profit, évidemment. Comment faire pour lui échapper et lui soustraire le plus grand secret de l’univers ?

« Quoi que vous tentiez, soyez certain que je ne vous laisserai pas partir avec ces cartes… ni avec ce que vous cachez sur vous… et dans votre tête. »

Ce fut à peine s’il entendit les enchérisseurs derrière eux. Par contre il entendit très nettement la voix de la femme qui se trouvait sur l’estrade.

Il sentit les regards alentours converger aussitôt sur eux.

Un murmure atteignit ses oreilles.

« Je vous jure, c’est ce qu’il a dit. »

Il lui fallut un moment pour comprendre cinq choses coup sur coup.

Les trois premières le concernaient.

Un : Ba'al venait de le menacer. Deux : non seulement, Ba'al savait ce qu’il était venu chercher sur cette planète, et il ne comptait pas le laisser partir avec, ce qui conduisait au trois. Trois : quoi qu'il décide de faire, il ne s'en sortirait pas indemne.

Les deux dernières concernaient la femme.

Quatre : elle n’était pas de ce monde. Elle ne s’exprimait pas dans le dialecte local, mais dans un langage terrestre. Cinq : elle venait de lancer un prix et avait prétendu que cela venait de Ba’al. Elle ne savait pas dans quel guêpier elle mettait les pieds.

Carson l’avait observée plus en détails.

Il avait eu de coup de foudre pour elle. Il avait ressenti une impression de déjà-vu, le sentiment que c'était elle et personne d’autre… Mais pourquoi ?

À cet instant, elle était aussi un moyen de détourner l'attention de Ba'al… de le retarder… et de lui sauver la vie. Et le moins qu'il pourrait faire, ce serait de lui rendre la pareille. Lui et elle étaient dans le même navire.

Le faux dieu jura tout bas dans sa langue.

Le maquignon était dubitatif et son regard ne cessait de faire des va-et-vient du produit sur pattes à l’acheteur, faux dieu, vrai Goa’uld. Mais cela il l’ignorait.

Quand l’imprévu s’y mettait, il insistait avec un aplomb qui défiait toute concurrence, y compris celui de Ba’al.

« Il a fait un signe. Il faut être aveugle pour ne pas l’avoir vu ! » insista, avec véhémence, la femme qui se trouvait sur l’estrade.

Personne ne broncha.

Les seuls à avoir compris étaient probablement le principal intéressé, Ba’al, et lui.

Les autres avaient cependant saisi l’intention.

Elle ne quittait pas le faux dieu du regard comme si elle attendait un geste de sa part.

Autant croire que le Père Noël coulait des jours heureux aux Bahamas en compagnie de la Mère Noël.

Ba’al se contenta de lui envoyer un regard chargé de venin lorsqu’un autre homme renchérit. Le Goa’uld n’était du genre à apprécier les surprises, surtout si elles venaient d’une humaine.

Carson avait senti Ba’al l’attraper par le cou et l’entraîner à sa suite, hors de cette foule. Il ne tenait visiblement pas à rester dans le coin plus longtemps. Ce fut à peine s’il entendit la troisième voix surenchérir, contrairement à Ba’al.

Celui-ci s’était arrêté net. Sans le lâcher, il avait fait demi-tour et était grimpé sur l’estrade.

Carson avait eu peine à le suivre.

Le marchand d’esclaves avait affiché le plus grand des sourires qu’il avait en rayon. Il était trop content de voir que son chiffre d’affaires allait faire un bond qu’il n’avait pas imaginé le matin, au réveil.

« n’essayez surtout pas de vous enfuir ! » l’avait de nouveau prévenu le Goa’uld, mes hommes vous rattraperaient aussitôt. »

Carson avait eu beau chercher des jaffas, ou des hommes qui pouvaient leur ressembler, dans la foule, il n’en vit pas plus que de militaires terriens. Ce qui n’était pas de bon augure.

Pendant ce temps, le l’ancien dieu avait tourné autour de la jeune femme comme s’il cherchait à l’évaluer, puis il l’avait abandonnée pour rejoindre le marchand d’esclaves et s’entretenir avec lui.

Carson en avait profité pour se rapprocher d’elle et avait engagé la conversation.

Il découvrit, comme il l’avait soupçonné, qu’elle venait de la Terre. Elle ignorait cependant comment elle s’était retrouvée sur cette planète.

Il en avait déduit deux choses : soit elle avait trouvé une porte et sans s’en rendre compte, elle l’avait utilisée ; soit les esclavagistes avaient fait leur marché directement sur la Terre. Ce qui était impossible parce qu'en dehors de la Porte du SGC, et celle d’Atlantis, il n’y avait pas d’autres portes sur la Terre. Pour autant qu’il le sache, les civils n’étaient pas autorisés à traverser les Portes. Les militaires y veillaient.

Pour la même raison, les Pictes ne pouvaient pas aller sur la Terre. Il restait qu'ils avaient pu tomber sur une Porte dont personne sur la Terre ne connaissait l'existence…

Hautement improbable !

Conclusion : sans mettre en doute ses paroles, elle ne pouvait pas venir de la même Terre que lui.

Une chose était certaine, elle ignorait quelle était sa situation.

Il lui avait expliqué tout ce qu’il savait. Enfin, ce qu’il était urgent qu’elle sache. Au diable les secrets du SG-C. Ses supérieurs lui taperaient sur les doigts, et alors ? Il aurait sauvé une vie, en plus de la sienne, celle d’Alixe Hemmingsen.

Ba’al avait offert un nouveau prix. Il jetait quelques regards discrets en direction d’Alixe. Plus il la regardait, plus il semblait lui trouver de l’intérêt.

Carson devinait que, pour l’ancien dieu, c’était moins l’achat qui importait que le fait de gagner l’enchère.

Restait à savoir contre qui il voulait gagner…

Son concurrent aurait pu rester anonyme, toutefois, ce n’était pas visiblement pas dans sa nature. Un homme traversa la foule dense d’un pas décidé, bousculant ceux qui se trouvaient sur son passage sans ménagement, pour faire face à Ba'al.

Une telle arrogance ne pouvait être le fait que d’une seule espèce.

En réalité, ils étaient trois, deux hommes et une femme, aux traits asiatiques.

Ils grimpèrent sur l’estrade.

Leur beauté époustouflante confirma les craintes de Carson.

Visiblement Ba’al les connaissait au moins de réputation. Il les salua chacun à leur tour, sans cacher le dégoût qu'ils lui inspiraient.

« Ba’al », répondit celui qui avait mené le groupe sur le ton de celui qui ne rechignerait pas à plonger la lame de la grande et lourde épée qu’il portait dans son dos, dans un être vivant.

Surtout si cet être vivant devait être Ba’al.

Carson savait que les Goa’ulds n’aimaient rien de moins que s’éliminer entre eux. Un sport élevé au rang de compétition dans leur monde. Le premier grand sport galactique extraterrestre connu des humains.

C’était à se demander comment leur espèce ne figurait pas sur la liste de celles disparues.

Aujourd’hui, elle était sur le point de l'être.

Carson avait expliqué à Alixe ce qu’était un goa’uld, enfreignant une fois de plus le règlement du SGC.

N’importe quelle femme se serait évanouie ou se serait fichu de lui. Pas elle.

En cela, il la trouva singulière.

Elle ne paraissait pas impressionnée. Elle avait pris tout cela avec un certain humour, et fait preuve d’une véritable connaissance des dieux antiques.

À première vue, il n’était pas tombé sur la reine des idiotes universelles. Il apprécia sa soif de connaissance, sa présence d’esprit et son humour.

Ba’al et les trois autres Goa’ulds se disputaient sérieusement.

Finalement, le trio obtint gain de cause.

Ba’al était revenu furieux vers Alixe et lui.

Un des employés du marchand d’esclaves lui avait tendu une ardoise sur laquelle, sans perdre de temps, le Grand Maître avait inscrit quelque chose.

Les jeunes Goa’ulds se montrèrent hésitants.

Ba'al dût attendre un moment avant qu’ils se décident.

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