Chapitre 17

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Apollon secoua la tête et se pencha légèrement en avant, les coudes posés sur les bras de son fauteuil

« Oublie cette idée, Amaterasu. Et toutes celles du même tonneau qui auraient Ba'al pour cible. À trop réfléchir, tu risques d'avoir mal à la tête », la prévint-il.

Elle le foudroya du regard.

« Ce n'est pas à toi que je m'adressais, Apollon. Mais puisque tu souhaites intervenir pourquoi, selon toi, renoncerais-je à cette "idée" ?

─ Peut-être qu'entre toi, morte, et Ba'al vivant, je préfère la seconde solution, riposta-t-il immédiatement.

Il y eut un gloussement étrange et inhumain.

Quelques tête se tournèrent en direction de Scáthach.

Elle leur renvoya un regard meurtrier.

« Me menacerais-tu, Apollon ? minauda Amaterasu.

─ Bien sûr que non. Entre Grands Maîtres, ce genre de chose n'a pas lieu d'être. »

Au sein du Conseil, Rhadamanthe ne cachait pas que la joute entre Amaterasu et Apollon ne l'amusait guère. Il avait l'impression qu'un gros matou jouait avec une petite souris. Toutefois, la souris n'était pas seulement maligne, elle était aussi diablement dangereuse.

Il décida d'intervenir avant que les choses tournent mal.

« Nous n'avons pas le temps pour ces enfantillages, Apollon. Amaterasu, nous allons considérer ta demande. Expose-nous tes arguments, et à leur lumière, nous déciderons.

─ Parce qu'on a le temps pour cela, Rhadamanthe ? » s'insurgea Anat.

Il lui répondit en réprimant une bouffée d'agacement :

« Nous le prendrons. Quelqu'un y voit une objection ? »

Personne n'en vit.

D'un signe de tête, Rhadamanthe invita Amaterasu à s'exprimer.

« Ce que j'ai à dire tient en une phrase : j'accuse Ba'al, Grand Maître déchu et banni du Conseil et de l'Alliance des Grands Maîtres, d'être un voleur et un meurtrier, et je réclame un châtiment exemplaire envers lui. »

Elle se tut, espérant avoir fait sa petite impression.

En plus d'une beauté saisissante, cette femme respirait la toute-puissance. Elle le savait, et tels des charmes magiques, elle utilisait ses atouts au maximum de leur influence.

Après un instant de silence qui laissa à chacun le temps d'assimiler la requête d'Amaterasu et d'en peser soit les bénéfices qu'ils pourraient en tirer, soit au contraire les dommages qui en découleraient, Rhadamanthe reprit la parole.

« Voilà qui n'est pas nouveau. Ba'al a toujours été un menteur et un manipulateur. Plus d'un grand maître pourrait témoigner de ses agissements... s'il était encore de ce monde. Quant à être un meurtrier... Il n'est pas un seul d'entre nous, ici présents, qui n'ait au moins un crime à son actif. Je m'étonne seulement que ton frère ne soit pas mort plus tôt. Son ambition et son manque de discernement, entre autres, l'ont souvent conduit à se heurter à des adversaires plus puissants que lui, ou plus avisés. Bacchus, Shamash et Ishkur pourraient en témoigner.»

Ishkur redressa la tête.

Deux fois !

Il avait été pointé du doigt deux fois en quelques minutes.

Il appréciait encore moins de se voir donner en exemple contre son propre camp.

Depuis qu'il avait établi une alliance avec Amaterasu, il jouissait d'une paix divine, et souhaitait que cela demeure ainsi aussi longtemps que possible. Il savait que les trêves et les pactes avec elle étaient fragiles. Dans l'immédiat, il avait trop à perdre s'il devait se retourner contre elle. Notamment un poste de Grand Maître qu'il comptait obtenir dans un avenir plus ou moins proche… Il ne pouvait se permettre de confirmer énergiquement comme Bacchus et Shamash. Rester en retrait pouvait le rendre suspect aux yeux des autres Goa’ulds.

Il se contenta d'un bref hochement de tête.

Les yeux luminescents d'Amaterasu brillèrent avec encore plus d'intensité.

Horus et Apollon crurent y voir un sentiment de victoire, et de ruse, alors qu'elle n'avait pas de quoi se réjouir. Elle préparait d'autres mauvais coups, c'était certain.

Ils savaient son ambition illimitée.

Aujourd'hui, c'était Ba'al, et demain – un demain très proche – ce serait leur tour.

Ils sentaient aussi que la mort de Susanoo n'était pas la seule motivation de sa funeste réclamation. L'hostilité d'Amaterasu envers Ba'al était ancestrale et connue de tous les Goa'ulds présents. La jalousie qui la brûlait comme un feu ardent ne suffisait pas à expliquer sa haine abyssale.

« Qu'est-ce qui vous embarrasse dans ma demande ? Il y a quelque mois, vous n'auriez pas hésité... »

Teutatès lui intima le silence.

« Admettons. Ba'al est l'assassin de ton frère. Pourquoi serait-il un voleur ? Les rumeurs disent qu'il possède plus que ce que certains d'entre nous disposent encore : une armée de jaffas, des alliés qui lui sont fidèles, des vaisseaux de guerre, et des planètes sur lesquelles il gouvernerait encore.

─ Vous l'avez dit : ce ne sont que des rumeurs. Comme la plupart d’entre nous, il a tout perdu. Pensez-vous que les peuples des planètes qu'il gouvernait continuent à le suivre alors que tous les autres se sont libérés de leurs… "chaînes" ? Ils nous ont abandonnés, nous. Pourquoi en serait-il autrement avec lui ? Qu'est-ce qui le différencierait de nous ?

─ On se le demande encore. »

Amaterasu ne sembla pas entendre Teutatès.

Elle poursuivit, les observant les uns après les autres, en quête de leur soutien.

« Le peu qu'il lui restait, vous le lui avait pris lorsque vous l'avez déchu de ses privilèges de Grand Maître, non ? En réalité, il ne possède plus rien... RIEN. Même pas sa dignité. »

Perséphone frissonna.

Elle ne souhaitait pas avoir Amaterasu pour ennemie. Elle réprima un sursaut lorsqu’Amaterasu eut un rire aussi soudain qu’insolent.

Teutatès, lui, n'avait guère envie de rire.

« Comptes-tu nous dire ce que Ba'al a volé, oui ou non ?

─ Vous ne devinez pas ? »

Un ange sembla traverser le cercle à grand pas pour se diriger vers celui qui venait de parler.

On eut même dit que Perséphone et Dercéto le suivirent du regard jusqu’à Tsukuyomi

Si quelqu'un avait la réponse, en dehors d'Amaterasu, cela ne pouvait être que son dernier frère.

Les regards des deux femmes sur lui se faisaient tellement insistants que cela attira aussitôt l'attention des autres Goa’ulds.

Tsukuyomi soupira douloureusement. S’il ne prenait pas l’initiative, les autres allaient lui tomber dessus comme la petite vérole sur le bas clergé.

Ce n’était pas exactement sa pensée, mais cela y ressemblait beaucoup.

« Une épée impériale que nous possédons... On lui a donné plusieurs noms, mais là où nous en avons pris possession, elle a été surnommée Kusanagi, la coupeuse d'herbe. Elle date de l'époque du Japon féodale... enfin... des Japons féodaux. »

Ishkur leva la tête et essaya de croiser le regard de Horus.

Il se demandait si cela valait la peine de faire état de l’histoire d’une vulgaire épée dans ses notes.

Horus avait ostensiblement l’esprit et les yeux ailleurs.

Ishkur comprit qu’il était quitte pour l’histoire. Intérieurement, il les maudit : Horus, Tsukuyomi et sa satanée épée.

Ce dernier frère d'Amaterasu poursuivait son récit :

« … d’origine tau’rie. En partie seulement, car c’est un des nôtres qui l’a forgée : Goibné.

─ Que devient ce bon vieux Goibné, chuinta Moccus d’une voix sirupeuse. Cela fait un moment qu’on ne l’a pas vu. Ses armes pourraient nous être utiles.

─ Aucun doute là-dessus, répondit Tsukuyomi sans laisser paraître la moindre émotion sur son visage ou dans sa voix. Encore eut-il fallu que Susanoo et ses amis ne lui aient coupé pas la tête. »

Alixe sentait qu’il ne leur racontait pas toute l’histoire, vieille de plusieurs siècles. Elle, elle la connaissait…

Elle l’avait lue dans l’esprit de Tsukuyomi.

Goibné vivait en Écosse. Pour rien au monde, il n’aurait quitté ses terres, sauf pour un ami, et un allié auquel il devait un service.

Susanoo s’était fait passer pour Tsukuyomi et avait attiré Goibné jusqu’au Japon où ses amis et lui l’avaient assassiné. Susanoo n’agissait pas pour son propre compte, cependant il en tirait des avantages. Celui des armes, et celui de compter une tête de moins dans les rangs adverses.

« Ma sœur se trompe... poursuivait Tsukuyomi. Cette épée n'est plus en possession de Ba'al. L'un de ses jaffas est venu me la remettre, hier soir, sur l’ordre de son maître. »

En entendant ces mots, Amaterasu dut faire un gros effort pour que ses jambes la maintiennent debout et pour garder ses idées claires sans céder à la rage qui bouillait dans ses veines.

« Vous voulez dire sa hjà’kô, » corrigea Rhadamanthe.

Tsukuyomi fronça les sourcils comme s'il ignorait à qui Rhadamanthe faisait allusion.

« Non. Il s'agissait bien d'un jaffa, finit-il par répondre. Il portait la marque de Ba'al sur son front. Et je peux vous assurer que ce n'était ni son Prima, ni une …sa ... hjà’kô.

─ Ce vieux renard de... », commença Rhadamanthe avant d'étouffer quelque part entre sa gorge et sa langue ce qu'il allait dire à son propos.

Il n'avait pas besoin d'achever sa phrase.

Tout le monde pensait comme lui.

Ba'al n'avait officiellement pour seule suite que sa hjà’kô. Toutefois, il avait assuré ses arrières.

La rumeur disait peut-être vrai.

Qui savait combien de vaisseaux furtifs lui appartenant s'étaient glissés parmi les hat'aks des Grands Maîtres ?

Qui savait combien d'espions il avait encore à son service à l’intérieur de chacun d’eux ?

Peut-être que l'un d'entre eux se trouvait parmi les membres du Conseil...

Le niveau de suspicion qu'ils nourrissaient les uns envers les autres grimpa de quelques échelons supplémentaires.

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