Chapitre 26

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Une seule fois, un soir de lecture, elle s’était risquée à demander à Ba’al, en choisissant bien ses mots ─ elle était certaine qu’il n’aurait pas apprécié d’être traité de "parasite" ─ si l’hôte ressentait la présence du symbiote et réciproquement.

Le Goa'uld s’était d’abord contenté de son énigmatique sourire avant de lui proposer de trouver un symbiote pour en faire l’expérience elle-même la prochaine fois qu’elle aurait envie de lui poser la question.

Un court instant, elle l’avait senti sur le point de répondre autre chose…

Carson avait peut-être raison. L’hôte et le parasite ne faisaient probablement plus qu’un…

Pour les Wraiths, Carson l’avait prévenue qu’il valait mieux les éviter pour ne pas faire office de repas.

Penser à ces fameux Wraiths lui rappela John Sheppard.

Ils l’avaient trouvé plus mort que vif, à quelques mètres d’une ruine sur roues totalement plombée d'éclats de bois et de métal. Ils avaient aussi découvert trois millions de dollars dans une sacoche posée sur le siège avant du passager.

Dans la boite à gants, outre deux paquets de cartes à jouer qui pouvaient expliquer les trois millions de dollars, du café en sachet, quelques barres de céréales vitaminées, il n’y avait rien de bien affolant.

John Sheppard était un agent des forces de l'ordre... sans domicile fixe. Il avait fait de sa voiture sa résidence principale. S'il avait eu de la chance de survivre jusqu’ici, il ne ferait sûrement pas vieux os s’il continuait dans cette voie.

Carson lui avait porté les premiers secours mais son état était beaucoup trop grave et nécessitait une hospitalisation dans les plus brefs délais.

À Las Vegas, ils étaient passés près d’un hôpital. Ils s’en trouvaient maintenant à une vingtaine de kilomètres.

Alixe avait parcouru des distances bien plus grandes avec Carson. Ce n'était pas les meilleures expériences de sa vie. Elle n'avait pas particulièrement envie de recommencer, mais Sheppard risquait de mourir.

Elle avait vu Carson se démener avec les moyens du bord pour le réanimer et parer au plus pressé. Il ne pouvait rien faire de plus, et ni l’un ni l’autre ne concevait de le laisser mourir.

Elle avait donc visualisé une salle d’attente, et malgré ses craintes, cela avait fonctionné.

En arrivant devant l'hôpital, elle remarqua tout de suite que la végétation, à l'extérieur, n’était pas la même que celle de la région qu’elle venait de quitter.

Dans la rue, les gens n’avaient pas l’air de touristes… La température n’était pas non plus la même. Elle lui sembla plus fraîche, et l'air plus humide.

La salle d’attente était vide. Personne n’avait donc entendu le léger "snap" qui avait ébranlé l’ambiance sonore hospitalière, ni remarqué les volutes noires qui révélaient leur récente arrivée.

C’était comme si Sheppard y était arrivé, avec elle, le plus normalement du monde. Et pour autant qu’elle ait pu en juger, ils étaient entiers.

Quand la chance vous sourit…

Vaguement conscient, il lui avait réclamé de l’eau.

Elle l'avait étendu en travers de trois fauteuils et était allée lui en chercher à la fontaine à eau juste à l’entrée de la salle.

En remarquant l'inscription sur les gobelets, "Bellevue Hospital Center, État de New York", et sur divers objets, elle comprit qu'elle était allée plus loin que prévu. Et même très loin du Nevada....

Elle avait traversé les États-Unis en diagonale, d’Ouest en Est…

C’était vrai que lorsque l’on pensait à un hôpital sans le connaître en particulier…

Elle se retourna, en direction de la salle d'attente et vit que deux infirmiers s’occupaient de Sheppard.

Ils avaient compris l’urgence de son état. En l’espace d’un instant, ce fut le branle-bas de combat. Tout le personnel médical de l'hôpital semblait s'être donné rendez-vous dans la salle d'attente. Trop tard pour le téléporter dans un autre hôpital.

Elle reposa le gobelet d’eau, sur une petite table, près de la fontaine.

Inutile de s’attarder. Si quelqu’un se rendait compte de sa présence, on lui demanderait qui elle était, et ce qui était arrivé à Sheppard. Elle pensa à Carson et à la tête qu’il ferait lorsqu’elle lui raconterait jusqu’où elle avait transporté son patient. Elle se retrouva aussitôt dans le désert, là où ils avaient découvert ce qui restait du Wraith et de sa caravane.

Carson sursauta comme d’habitude. Épuisée par l'exploit qu’elle venait d’accomplir, elle perdit connaissance.

Il s’était occupé d’elle jusqu’à ce qu’elle retrouve la force de lui expliquer ce qu’elle avait fait de Sheppard.

Elle ne se fit pas prier.

La conclusion qu’il en tira était qu’elle avait un pouvoir qu’elle ne savait pas maîtriser.

Pure évidence.

Elle avait senti qu’il ne lui avait pas tout dit à ce propos. C'était inutile. Elle se doutait que ce pouvoir la consumait de l’intérieur. C’était cela qu’elle sentait en elle, bien avant qu’il ne se soit exprimé de manière aussi évidente…

Elle préféra ne pas aborder le sujet, et fit comme si de rien n’était.

Carson refusa qu’elle utilise son don pour les ramener à New York. Après tout, ils avaient une voiture. Pendant sa brève absence, Il avait cherché dans les décombres de la caravane des indices supplémentaires, mais n’en avait trouvé aucun.

Ils reprirent donc la route, alourdis par quelques ossements et par les trois millions de dollars de Sheppard, mais pas direction New York.

Ils étaient retournés en Alaska, à Ketchikan. Ils y avaient fait quelques achats, et étaient retournés à l’entrepôt pour vérifier si Ba’al ne les y attendait pas.

Ils ne l’y trouvèrent pas.

Ils étaient de plus en plus convaincus qu’il lui était arrivé quelque chose, et la meilleure piste qu’ils avaient pour le retrouver restait John Sheppard. Rien ne disait qu'il ait pu rencontrer un Goa'uld, mais il était le seul qu'ils connaissaient dans ce monde qui ait poursuivi un Wraith.

Carson lui expliqua que, dans son monde, John Sheppard était un spécialiste dans le domaine des relations extraterrestres. Celui de ce monde devait aussi en connaître un rayon sur le sujet...

Ils avaient un plan le concernant.

Par précaution, si jamais quelqu'un cherchait à les retrouver avant qu'ils quittent ce monde, ils avaient brouillé la piste en quittant l'Alaska pour le Texas, alternant les voyages en train et en bus.

À Dallas, ils prirent un vol pour New York sous le nom de… Sheppard, Monsieur et Madame, son épouse.

Le lendemain matin, ils se présentèrent devant le chirurgien qui avait soigné John Sheppard comme étant le frère et la belle-sœur de ce dernier. Ils arrivaient tout droit du Texas, après avoir été prévenu par un collègue de John, à Las Vegas, qu’il avait été hospitalisé à New York, dans un état grave.

Le chirurgien, un homme nommé Farid Cyrus, s'étonna intérieurement du manque de ressemblance entre Carson et John Sheppard. Néanmoins, il se montra aimable et compréhensif. Il leur expliqua que les jours de John Sheppard n’étaient plus en danger grâce au bon samaritain qui lui avait porté les premiers soins et l’avait conduit à l’hôpital sans se faire connaître.

Ce jour-là, toutes les caméras de la salle d’attente étaient toutes tombées en panne en même temps, au même moment. Ils n'avaient donc pas pu l'identifier.

Encore heureux !

Alexe se reprocha de ne pas y avoir pensé.

Pendant deux jours, John Sheppard n’avait cessé de délirer. Les médicaments semblaient sans effets sur lui. Certains de ses délires avaient du sens, d’autre aucun, leur expliqua Cyrus. Ainsi, entre deux regrets sur une vie gâchée, la promesse – qu’il ne tiendrait pas – de reprendre sa vie en main, et la déception causée par un père dont il n’avait jamais eu la confiance, il avait évoqué sa rencontre avec des agents du gouvernement, des hommes en noir, nommés, Mac Kay et Woolsey. Il avait aussi évoqué une "fausse vraie" ou "vraie fausse" médecin légiste nommée Jennifer Keller, trop jeune et trop jolie pour être ce qu’elle prétendait être. Surtout pour être la compagne de ce Mac Kay.

Là où cela avait atteint des sommet, toujours selon le chirurgien, c’était lorsqu’il s’était mis à parler d’une explosion dans le désert d’Arizona, de la zone 51, de vaisseaux spatiaux, et surtout d’un endroit où des gens du gouvernement avaient enfermé un extraterrestre poète qui lisait dans les pensées.

En l'écoutant, Carson avait adopté l’attitude digne de celui auquel on annonce que son frère pourrait bien se retrouver en psychiatrie s’il s’entêtait dans ses divagations à propos des extraterrestres amateurs de vers.

Elle le soutint comme l’aurait fait une véritable épouse.

Cyrus avait conclu sur le ton de la plaisanterie en disant que le jour où les extraterrestres débarqueraient sur la Terre, ce ne serait pas pour chanter la paix, encore moins pour déclamer de la poésie.

Carson faillit lui donner raison, d’autant qu’il connaissait la sainte horreur que la musique inspirait à certains, mais il croisa le regard d’Alixe, et retint tous les commentaires qui lui vinrent à l’esprit.

Cyrus avait alors eu une curieuse manière de les regarder. Comme s’il avait deviné qu'ils n'étaient pas ce qu'ils disaient être.

Lorsqu’ils étaient enfin entrés dans la chambre de John Sheppard, celui-ci faisait mine de dormir.

Elle attendit que Carson ait refermé la porte pour se téléporter de la porte jusqu’au lit sur lequel elle s’assit. Elle sentit le cœur de Sheppard faire un bond et entendit sa respiration se troubler.

Au moins, il savait à qui il avait affaire.

Comprenant que cela ne servait à rien, il cessa de jouer la comédie et ouvrit les yeux qu’il avait encore vitreux de fièvre.

Carson l’aida à se redresser, tandis qu’elle lui répétait tout ce qu’il avait raconté au personnel médical. Évidemment, il avait tout nié en bloc en prétendant que le fièvre l'avait fait délirer. Le scientifique lui avait alors fait comprendre qu’il ne reverrait ses trois millions de dollars que dans ses rêves.

Cette perspective l’avait mis hors de lui avant de le rendre plus malléable et réceptif au marché qu’ils lui avaient ensuite proposé : il retrouverait son argent s’il leur donnait toutes les informations qu’il possédait sur la fameuse zone 51, ce qui comprenait un plan détaillé des endroits qu’il avait visités, le système de sécurité, la fréquence de rotation des gardes, le nombre de ces derniers.

Des informations qu'un policier dans son genre devait enregistrer instinctivement.

Carson voulut aussi des informations sur Richard Woolsey, Rodney McKay et Jennifer Keller. Il lui demanda s’il avait déjà rencontré des gens tels que Jack O’Neill, Samantha Carter et quelques autres.

Sheppard avait de nouveau renâclé, mais Carson avait balayé ses protestations en lui faisant remarquer que Woolsey et McKay n’avaient rien fait pour le sauver, au contraire, tandis qu’Alixe et lui avaient mis leur vie en danger.

Surtout Alixe à cause de son pouvoir, avait insisté Carson. Sheppard avait semblé le croire. Au moins s’était-il fendu d’un remerciement.

Sheppard avoua qu’il n’avait été, que très vaguement et très récemment, mis au courant du fameux programme Stargate. Mais il était suffisamment malin pour lire entre les lignes. La preuve, avec le peu d’informations qu’il possédait, il avait réussi à mettre la main, à sa façon, sur l’un des rares extraterrestres en liberté sur cette Terre.

Ni Carson, ni elle, n’auraient su dire s’il était courageux ou inconscient de l’avoir affronté seul.

Ils devinaient plus ou moins que l’armée s'était contenté d'achever le travail, et Sheppard, quant à lui avait été laissé pour mort.

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