La frontière du silence

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Dans l’étroit périmètre de la chambre, l’air s'est retiré.

Il ne disait pas qu’il voulait partir, il disait simplement qu’il ne pouvait plus rester.

Entre eux, le silence a pris forme. Un silence lourd comme une pierre tombale, où les mots s'écrasent avant même d'éclore.

Elle le regarde, le corps pétrifié par l'imminence du vide. À l'intérieur d'elle, c'est le chaos. Une multitude de phrases se bousculent, se tordent, cherchent une issue ; mais sa gorge s'est nouée comme un poing fermé pour empêcher le désespoir de trahir sa chute. C’est la loi cruelle de l’indicible : « lorsque les mots ne franchissent pas les lèvres, ils s’en vont hurler au fond de l’âme *».

Ce hurlement est si dense qu’il n'est plus un son, Il devient un poids. Il descend vers la poitrine, creuse la respiration, fait trembler la chair comme une terre promise au séisme.

Faute de paroles, c'est son souffle qui devient le dernier langage. Il est saccadé. Irrégulier. Une plainte hachée que le silence n'arrive plus à contenir.

Tout s'accumule alors comme un ciel d'encre avant l'orage, un nuage sombre et saturé qui pèse sur leurs épaules. Puis, la tension devient insoutenable. Tout cède. Les larmes ne coulent pas, elles s'arrachent - violentes, incontrôlables - comme si tout ce qu’ils avaient contenu jusque-là trouvait enfin une issue.

Il pose son front contre ses cheveux. Leurs regards se croisent. Il l’embrasse. Ce baiser n’avait rien de doux, chargé de ce qui n’a pas été dit et de ce qui ne le sera jamais . Elle répond, comme on répond à une sentence. Leurs mains se cherchent, s’agrippent avec une urgence nouvelle. Ils se rapprochent davantage, leurs corps se joignent naturellement. Les gestes sont fébriles, presque maladroits, mais habités d’une intensité qu’ils n’avaient jamais connue. Il n’y a plus de retenue, plus de mesure. Seulement ce besoin irrépressible de se sentir vivants ensemble une dernière fois. Comme si cette étreinte devait tout contenir : le passé, le présent, et ce futur qui leur échappe.

Lorsqu'ils se détachent enfin, le silence revient, mais il a changé de nature. Il est devenu léger, fragile, presque translucide. Il n'y a plus de poids, seulement une suspension.

Quand les mots ne trouvent plus leur place sur terre, ils s'envolent vers l'immensité. c'est peut-être pour cela qu'on l'appelle "à dieu" !

*lorsque les mots ne franchissent pas les lèvres, ils s’en vont hurler au fond de l’âme:

Citation de Christian Bobin.

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