Chapitre 2: Les morsures

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Ils étaient tous occupés à festoyer, dans un silence de mort, dans une obscurité totale. Ce n'était que dans cette nuit absolue qu'ils se sentaient à leur aise, comme s'ils pouvaient laisser leur être transparaître et laisser leur vraie nature sortir d'eux et transpirer par les pores de leur peau. Dans cette pénombre ils se sentaient complets, et ce n'est qu'ainsi nimbés d'un profond voile d'ombre qu'ils se sentaient suffisamment en confiance pour manger.
Il faisait si sombre dans cette salle du château qu'il était impossible de savoir combien ils étaient à cette table. Dacil qui était à un bout de la longue table du banquet savait qu'ils étaient au moins deux, mais au bruit il estimait qu'ils étaient sans doute bien plus nombreux. Toutefois cela ne voulait pas dire grand chose, il savait que ses aînés étaient suffisamment fourbes et habiles pour créer des leurres et des bruits parasites afin de le déstabiliser. Il en vint donc à se dire qu'il perdrait moins de temps et s'userait moins la raison s'il se passait d'observer ces détails, après tout, quel que soit leur nombre à cette table ou l'identité véritable de ceux qu'il avait en face de lui, sa situation n'en était guère changée. Dacil était le cadet dans tous les cas.
Saisissant son couteau et sa fourchette, il s'attaqua au morceau de viande qui était devant lui et qu'il distinguait parfaitement malgré la pénombre. Faisant abstraction des bruits de couverts et des raclements de gorge qui venaient de toutes les directions, il ne prenait pas garde aux complots qui se tramaient tout autour de lui. Une voix s'éleva, qui pouvait être celle du maître suprême, ou de n'importe quel autre l'imitant habilement.
- "Dacil… mon frère… tu n'ignore sûrement pas que les plans de notre maisonnée doivent commencer par les choses les plus basiques. Mais étant le plus jeune d'entre nous, tu ne sais sans doute pas comment on se prépare à une guerre conventionnelle."
Dacil mâcha avec délectation la viande blanche qu'il avait dans sa bouche, et l'avala avec distinction. Il porta un verre à ses lèvres, s'essuya proprement la bouche avec une serviette, puis déclara d'une voix qui ne s'adressait à personne en particulier:
- "J'ai beau être le plus jeune je n'en suis pas moins expérimenté pour autant. Je n'ai pas tout oublié de la guerre.
- Fort bien." Répondit une voix dont le timbre trahissait être celle d'une femme." Dacil… tu vas pouvoir prouver que la magie n'est pas la seule chose que tu saches faire.
- Quoi que je fasse je me servirai de mes pouvoirs." S'exclama l'intéressé. "J'y excelle après tout. Je suis certain d'être le meilleur sorcier de la nichée."
Il entendit à sa droite le son d'une fourchette qu'on laissait tomber sur la table. Suivi juste après du froissement d'une serviette. Dacil considéra son verre presque vide et en but le contenu restant avant d'introduire sa langue à l'intérieur pour en lécher les bords.
- "Dacil!" L'interpella une voix qui semblait venir de derrière lui. "Je veux bien croire que tu sois arrogant, et ce n'est guère surprenant, mais devant tes aînés, tout de même…"
Une autre voix s'éleva de trois endroits à la fois, ressemblant à celle du grand maître.
- "Quoi qu'il en soit, tu vas faire exactement ce que je te dirais. Tes pouvoirs serviront, naturellement, mais tu devras aussi guerroyer. Pioche parmi les troupes à notre disposition. Prend un bon millier de marionnettes. Emmène avec toi vingt sbires. Et marche sur Vildegar. Là, ta magie servira.
- Je devine la suite." Dit Dacil en posant son verre qui fut aussitôt rempli par des mains invisibles.
- "Si tu sais quoi faire, alors c'est parfait. Mais… mon frère de nichée… je te connais suffisamment pour connaître tes faiblesses. Notre conquête se fera progressivement, et sans alerter les autorités. Aussi une certaine prudence est de mise. Ne t'aventures pas dans quelques sottes bravades.
- Je suis suffisamment puissant pour ne plus être inquiété par quelques misérables humains vous savez." Et à ces mots, Dacil se remplit les joues avec une grande bouchée de cette viande si savoureuse.
- "Je le rappelle tout de même au cas où, dans un excès de confiance, tu te prendrais à sous estimer les humains. N'oublies pas que s'ils te prennent, c'est toute la nichée qui aurait à en pâtir. J'espère que tu en es bien conscient.
- N'ayez crainte. Je sais y faire.
- Mais ce n'est pas encore là le plus grand problème. Non. Ton problème est que tu es un être trop imprévisible. Je te connais frère. La nichée n'ose pas te confier les tâches capitales. Tu sais que nos plans sont tous parfaitement calculés. Ne te détourne pas d'eux, et ne prends pas d'initiative hasardeuse sans nous consulter."
Dacil émit un claquement de langue agacé.
- "Ce n'est pas la première tâche que j'effectue. Ma sœur."
Un grognement parcourut toute la salle.
- "Comment as tu deviné?" Dit avec agacement la voix d'une personne qui semblait se tenir tout près de son épaule.
Dacil répondit avec un rire condescendant.
- "L'instinct."
Et il se découpa un nouveau morceau de viande qu'il savoura longuement.
- "Tu attaqueras au crépuscule." Repartit quelqu'un d'autre." Et tu laisseras la nuit couvrir ta retraite. Si ça rate, fuis vers le sud et caches toi dans la forêt. Ne conduis aucun poursuivant jusqu'ici.
- Pas de risque. Ça ne ratera pas. J'ai ma magie de mon côté."
Pour illustrer son propos, Dacil empoigna son sceptre, lequel se mît aussitôt à pulser d'une lumière verte malsaine. Un cri de désapprobation parcourut toute la pièce, tandis que l'éclat sombre du sceptre révélait une partie de la table ornée d'os, le miroitement d'une serviette blanche dans les ténèbres, l'éclat rouge des verres remplis de sang, et la viande blanche dans les assiettes de porcelaine, avec au milieu de la table, soigneusement ficelé dans une posture grotesque mettant en avant ses muscles tailladés et ses yeux vitreux, l'humain rôti dont les valets découpaient soigneusement de fines lamelles de chair pour resservir les assiettes vides.

Le hibou vint se poser sur l'épaule de Claus, qui s'était arrêté pour guetter derrière lui, et Leivig essoufflé s'arrêta devant le mercenaire qui le regardait d'un œil méprisant depuis le haut de son cheval. Le jeune mage lui cria avec colère:
- "Ça ne va pas! J'ai déjà marché toute la journée et en plus vous me faites courir après le cheval. C'est pas bien." Il reprit calmement son souffle. Claus émit un grognement étouffé et lança:
- "Je veux bien travailler pour toi, mais pas un mot sur ma femme, mon fils, et surtout pas sur ma fille.
- Si vous y tenez. Moi… je m'informais c'est tout."
Claus se pencha sur son cheval pour le regarder de plus près.
- Comment as tu fait?
- Comment j'ai fais quoi? Pour vous rattraper j'ai été obligé de courir après le hibou qui paraissait toujours vous suivre… sinon moi j'aurai bien pris une autre direction.
- Pas ça. Je parle de la chute de cheval. Comment t'as fait pour te relever aussitôt et courir. Et en plus j'étais à peu près sûr de t'avoir cassé le nez, mais visiblement tu n'as rien.
- Mais non. J'ai rien eu de grave. Et avec un rien je suis intacte. Bref, changeons de sujet. Vous acceptez de m'escorter dans le sud?"
Claus descendit de cheval, et annonça:
- "Six pièces d'argent par jour plus une prime de risque pour les grands dangers.
- Six pièces par jour? Vous rêvez. Ce sera deux pièces.
- Deux? Vous voulez rire. Six et pas une de moins.
- Disons trois pour vous faire plaisir et parce qu'après tout il n'y a que vous donc je n'ai pas trop le choix. Mais ce sera tout.
- Cinq pièces d'argent par jour, et la prime de risque. Vous verrez que moi je suis très efficace.
- Bon je vous accorde cinq pièces d'argent par jour, mais je ne vous paye qu'une fois arrivés à destination.
- Ah non! Ça va pas ça! Comment je vais vivre pendant le trajet moi?
- Je me charge de tout payer. Vous n'aurez pas à débourser une seule pièce. Comme ça si je meurs vous serez dans la mouise, donc ça vous motivera. À l'arrivée je vous paie quatre pièces d'argent pour chaque jour et les primes de risque. Ça vous va?
- Ça me va. Topes la."
Et les deux hommes se serrèrent la main pour conclure leur accord oral. Leivig se félicitant d'avoir, selon lui, roulé son associé.
La nuit était tombée, et Leivig était éreinté. Il déclara tout haut qu'il avait sommeil, et à ces mots sortit du chemin. La route était bordée de petits arbres épars au milieu d'une vaste lande d'herbes hautes. Le jeune mage marcha un peu entre les arbres sous le regard interloqué de Claus qui de son côté se contenta de faire s'allonger son cheval au bord du chemin.
Leivig marcha les yeux fermés entre les troncs étroits des arbustes qui parsemaient la lande. Le hibou voletait d'arbre en arbre, le suivant à quelques mètres de distance en dardant sur lui un regard perçant. Leivig tâta un tronc, il caressa l'écorce, puis il se laissa doucement glisser à terre. Là, il s'assit en tailleur dans l'herbe haute, et planta ses deux mains dans le sol terreux. Claus le regardait faire, ahuri, se questionnant sur les rituels nocturnes de l'étranger. C'est alors qu'il vit des formes noires sortir de terre. Une nuée d'insectes jaillissaient de l'herbe et semblaient affluer en direction de Leivig. Claus s'en inquiéta tout d'abord, mais son côté pragmatique prit le dessus et il se dit alors que la situation avait ceci d'avantageux que les insectes étant occupés ailleurs il serait moins ennuyé par les petites bêtes. Claus Reinhard s'allongea à côté de son cheval, récita une prière, et dormit d'un œil.
Le hiboux se percha sur l'arbre surplombant Leivig. Il regarda dans toutes les directions, puis abaissa son regard brillant sur le jeune mage.
Il était normal dans l'empire de croiser des voyageurs endormis, tout habillés, aux abords des chemins, du moins pendant la belle saison. La plupart des gens préféraient prendre refuge dans un temple pour la nuit, mais lorsque cela n'était pas possible, ils dormaient le plus près possible des chemins, car ceux ci étaient rarement approchés par les bêtes sauvages et les brigands, mais aussi, et c'était là la particularité qui faisait la fierté de l'empire, tout axe routier d'importance voyait régulièrement passer des patrouilles de soldats supposés décourager la présence de brigands. Principalement les jeunes soldats, les apprentis et les soldats punis, mais des soldats tout de même. Assurant la mainmise de l'autorité impériale jusque dans les campagnes reculées, et permettant aux voyageurs d'avoir le minimum de sécurité nécessaire sur les routes, sans quoi tout voyage serait impossible dans un pays aussi hostile que l'empire. Aussi, Claus se permit cette nuit là de dormir au moins d'un œil, ce qui fit qu'il ne vit pas tout ce qui se passait autour du jeune mage.
Des glyphes pulsèrent sous la terre. Une myriade de feu follets s'envolèrent, et l'herbe se coucha autour du mage immobile dans sa transe.
Quand le jour se leva, Leivig ouvrit lentement un œil, puis l'autre, sortit ses doigts de la terre, et se redressa en s'étirant. Il remarqua alors le hibou tacheté, sur le sol juste devant lui, qui levait vers lui de grands yeux.
Dans l'adrénaline du réveil, Leivig s'exclama avec entrain:
- "Bon matin gentil seigneur!"
Le hibou ne cilla pas. Leivig s'assura d'un coup d'œil que Claus dormait encore, puis il demanda au hibou:
- "Au fait, vous savez vous ce que ça veut dire «jouir»?"
Le hibou parut froncer les sourcils. Leivig se retourna en croisant les bras.
- "C'est bon! J'ai compris! Moi je voulais juste me renseigner voilà! Il n'y a pas de mal à chercher le sens des mots qu'on ne comprend pas."
Il se tourna à nouveau vers l'oiseau et l'interrogea avec curiosité:
- "En fait, vous arrivez à dormir la nuit? Si vous ne le faites pas, alors comment faites vous pour rester éveillé le jour?"
Le hibou le regarda. Baissa la tête. Racla sa gorge. Ouvrit grand le bec. Et régurgita bruyamment une infecte boule de poils gris.
- "Je vois…" fit Leivig, soudain exaspéré. "Je suppose que vous avez chassé cette nuit." Il eut une crispation. "À cet égard, il se trouve que je n'ai moi même pas beaucoup mangé ces derniers temps. Voyons… mon dernier repas remonte à… un jour? Deux jours? Un jour et demi. Voilà."
Aussitôt le hibou s'envola vers la cime d'un arbre. Quelques instants plus tard un fruit en tomba. Leivig l'attrapa au vol et l'examina brièvement. C'était un fruit qu'il n'avait jamais vu, rose et de forme ovale, il avait une peau très mince et était grand comme la paume de la main. Sans se poser plus de question, Leivig le dévora sans hésitation. Il le trouva à son goût, comme une variante de prunes avec une peau finement acide et une chair juteuse.
Quand Claus ouvrit les yeux, la première chose qu'il fit fut de murmurer une prière, puis il se leva pour voir Leivig qui était en train de se goinfrer de fruits. Claus l'interpella et vit le jeune homme se retourner avec un fruit entamé dans chaque main et du jus lui dégoulinant tout autour de la bouche.
- "Passes m'en!" Ordonna le mercenaire.
Le jeune mage prit l'air de réfléchir avant de répondre:
- "Hm… non… je ne pense pas."
Claus grogna, mais il s'avança néanmoins entre les arbres, et commença à chercher l'origine des fameux fruits. Il en vit au sommet d'un arbre qu'il empoigna aussitôt par son tronc frêle et secoua vigoureusement pour faire tomber tous les fruits qu'il avait. Ceux ci étaient manifestement bien mûrs et un brin écrasés, mais Claus les mangea tout de même à défaut de mieux.
- "Alors! On va où?" Demanda-t-il finalement.
- "Je ne vous révèlerais pas notre destination." Répondit Leivig. "Vous pourriez essayer de nous détourner du but pour gratter des jours et donc des pièces de plus. Mais ça ne se fera pas.
- Et tu sais au moins où on va?"
Leivig réfléchit entre deux bouchées.
- "D'une certaine manière." Répondit il enfin.
- "Voilà une réponse qui ne me convient pas.
- En vérité cela importe peu. J'y vais et j'y parviendrais. Tout ce que vous avez à faire c'est me protéger.
- Et ça va prendre combien de temps cette affaire?
- Là encore je ne vous dirai rien."
Avec un soupir, Claus Reinhard posa la question qui lui tenait vraiment à cœur:
- "Disposes tu d'une liste exhaustive ou quasi exhaustive de tous les dangers et aléas envisageables dans ce voyage, classés selon une grille préétablie en fonction du niveau de dangerosité et à partir de laquelle je pourrais baser l'estimation de mes honoraires pour la prime de risque?"
Leivig resta un instant bouche bée.
- "Ça existe ça?" Articula-t-il enfin." Je ne savais pas que les gens faisaient des choses pareilles.
- C'est ce qu'on fait dans l'empire, mais tu ne connais peut être pas. Après tout tu dois être étranger.
- Euh… et bien… pas vraiment en fait. Enfin… d'une certaine manière…
- D'où viens tu?
- Heu… de la forêt.
- Quelle forêt?
- C'est une excellente question.
- Tu ne vas quand même pas me dire que tu es incapable de dire d'où tu viens?
- Si si si. Mais seulement, je ne sais pas comment traduire le nom…
- Laisses tomber. Après tout je m'en fiche. Ton origine, ton objectif, tes manières, ça change rien pour moi du moment que tu me paye. Alors montre moi la couleur de ton argent.
- Vous êtes bien impoli dites donc. D'ailleurs, je peux savoir ce qui depuis hier vous fait croire que vous pouvez me tutoyer? C'est très énervant vous savez!"
Claus grogna. Puis il se leva sans rien dire, et alla seller son cheval.
- "On pourra pas monter à deux sur un cheval indéfiniment." Dit il. "Il va falloir en acheter un autre.
- Ça fera des frais…
- C'est vous qui payez. S'pas?
- Certes, mais il faut voir à respecter la somme allouée. J'ai beau avoir de l'argent, je ne puis le dépenser facilement.
- Alors faut en capturer un.
- Quoi?
- Il faut capturer un cheval. Soit le voler, soit le capturer à un chevalier vaincu en duel. Enfin, si on trouve un chevalier assez benêt pour accepter un duel à cheval. De nos jours les chevaliers préfèrent le duel à la rapière. Les temps se perdent.
- Je crois comprendre l'idée mais…
- Mais quoi?
- Non rien. Nous verrons en temps et en lieux."
Ils montèrent tous deux à cheval, et le hibou vint se percher sur la tête de Leivig.
- "On va par où?" Demanda Claus.
- Plein sud. Si jamais il faut bifurquer, je vous préviendrais.
- Bien."
Les deux hommes se remirent en route, suivant le chemin qui menait vers le sud.

Deux jeunes gens entrèrent dans une salle du palais aux murs et au sol d'un rouge vif qui froissait les yeux, avec un mobilier hautement stylisé. Au centre de la salle, entre deux fauteuils de velours était installée une table basse sur laquelle étaient posées une théière et deux tasses en porcelaine. Le premier à entrer était le prince, jeune homme distingué à l'allure condescendante dont les courts cheveux noirs de jais étaient collés sur le front par la transpiration, mais il n'en affectait pas moins une allure élégante et un maintient altier. Revêtu d'un manteau gris clair à longues basques ouvert jusqu'à la taille en dévoilant un justaucorps vermeil et un pantalon pourpre. Il marchait d'un pas souple légèrement chaloupé avec une cadence irrégulière comme s'il cherchait consciemment son rythme.
Le suivait la jeune noble Alexandra Von Karma. Elle avait des cheveux noirs et lisses coupés mi court dans une coiffure sobre mais élégantes. Elle avait de petits yeux plissés ainsi qu'une bouche pincée lui donnant l'air sévère. Elle portait un corsage noir brodé de gris clair par dessus une chemise blanche avec des manchettes décorées d'améthystes et des gants noirs. Elle portait une jupe noir lui descendant jusqu'aux genoux en dessous de laquelle elle portait un pantalon de cuir moulant. Elle marchait d'un pas rigide et efficace, trop rapide en fait, si bien qu'elle devait mesurer ses pas pour ne pas dépasser le prince.
Le prince s'assit sur un fauteuil et s'adressant à Alexandra il dit:
- "Prenez place mademoiselle Von Karma. Vous voulez du thé?
- Du quoi?
- Du thé. C'est une boisson à base de plantes qui nous vient de l'est, de l'Uriduzima."
Elle s'assit en face de lui en déclarant:
- "Manifestement, ceux là vous couvrent de présent pour attirer votre faveur.
- En effet, depuis des années maintenant ils nous réclament de l'aide contre les féroces Haradjin et leur empire impie. Hélas pour eux, aussi attrayant soient leurs présents, le saint empire ne saurait venir en aide à des païens, quand bien même ce serait contre d'autres païens.
- Mais pourtant vous auriez tout intérêt à vous opposer aux Haradjin. Tant au niveau de votre image qu'au niveau de l'intérêt pur et simple.
- Vous avez probablement raison. Mais que penserait le peuple d'un débarquement impérial en Uriduzima alors que déjà les cannibales se massent à nos portes.
- Peuh! Vétille, en vérité. Ces sauvageons ne valent même pas le prix des flèches pour les tuer. Leur accorder de l'importance, c'est leur faire trop bon compte vraiment.
- Toujours si pragmatique je vois!"
Il servit deux tasses de thé, il en prit une qu'il sirota lentement. Alexandra l'imita, prenant une gorgée avant de déclarer:
- "C'est bien amer. Que mettent ils dedans?
- Des feuilles fermentées et écrasées selon une méthode bien à eux qu'ils gardent secrète.
- C'est curieux… bizarre sans vraiment être mauvais. Je lui préfère tout de même le kvas.
- Une fois de plus je ne saurai vous démentir, mais pour ma part j'apprécie assez cette mixture."
Alexandra se mordit la lèvre en réfléchissant.
- "Cela serait sans doute bien plus agréable mélangé avec un soupçon de lait, vous ne pensez pas.
- Tiens, il est vrai que l'idée parait intéressante. J'en prend note. Mais hélas pour moi le temps nous est compté et je pense que mon père ne va plus tarder.
- Il lui faudra encore quelques minutes." Assura Alexandra. "Pendant ce temps, parlez moi un peu de l'éléphant.
- Oh, la bête n'est pas d'un grand intérêt passée la première impression.
- Mais s'acclimate-t-il à présent?
- Je crains que non. L'animal parait toujours malade, amorphe et mourant. On peine à le réveiller chaque matin pour le nourrir.
- Sa cage est sans doute trop étroite pour lui. Sortez le un peu, faites lui faire de l'exercice, laissez le marcher dehors.
- Mais c'est qu'il est compliqué de faire circuler une bête aussi énorme.
- Peut être, mais le limiter ainsi c'est un total gâchis. Vous avez en votre possession une bête aussi impressionnante qu'un éléphant et vous la laissez dépérir dans sa cage. À quoi bon? Cette bête a autant que toute autre le droit de montrer son plein potentiel. Offrez lui un peu de liberté."
Le prince bougonna. C'est à ce moment là qu'arriva le kaiser, revêtu d'un long manteau rouge brodé d'or et d'argent, avec à son cou une masse de colliers en diamants. Il avait de longs cheveux noirs coiffés en natte, et des favoris bordant son sourire sardonique.
- "Tu ferais bien de l'écouter fils! Alexandra est d'une sagesse amplement supérieure à la tienne.
- Si vous le dites." Fit le prince.
Alexandra se leva et salua le kaiser avec un respect qui frôlait la familiarité.
- "Salut à vous, Kaiser Otton III.
- Salut à vous Alexandra Von Karma. Vous plairait il de marcher un peu dans mes jardins.
- Avec plaisir."
Laissant le prince derrière eux, ils sortirent par une porte qui menait sur un vaste jardin à l'allée bordée de fleurs aux couleurs variant entre le bleu et le rouge, en passant par le violet. Le soleil de midi faisait rayonner la verdure tout en étant atténué par les vitres de la serre. Une forte humidité envahissait tout le jardin, tandis qu'un fort parfum floral chatouillait les narines.
C'est ici que Otton et Alexandra marchaient lentement côte à côte, au même rythme.
- "Vous parliez de l'éléphant?" Dit le kaiser. "Mon fils s'en occupe bien mal parait il. Enfin, ce n'est pas comme si ce présent était précieux à nos yeux. Le roi d'Uriduzima nous couvre de présents exotiques qui ne lui coûtent presque rien et qui, malgré que je reconnaisse leur importance culturelle, sont bien peu utiles. Nous avons vu se succéder singes, crocodiles, autruches, hippopotames, sans oublier le fameux éléphants; et maintenant ils reviennent à la charge avec du thé, du saké, et même un livre détaillant des positions sexuelles alambiquées. Mais ils prennent bien garde à ne rien nous envoyer d'utile ou de précieux. Des armes, de la soie, des médicaments de chez eux ou même de l'or tout simplement. Ils ne semblent pas comprendre que pour acheter les services d'un empire, il faut et suffit d'envoyer de l'or.
- En même temps on peut comprendre leur réticence à se séparer de ce qui pourrait leur être utile s'ils sont en ce moment même aux prises avec l'empire Haradjin.
- Sans doute, mais l'or? S'ils sont assiégé l'or il vaut mieux s'en servir pour se payer des mercenaires ou des alliés. L'or ils ne pourront pas le manger quand ils seront dans le besoin, et il se retournera contre eux si leur ennemi fait main basse dessus.
- Il est clair qu'à cet égard, ils ne se montrent pas très avisés. Mais pourquoi ne pas leur soumettre une offre alors, en exigeant une somme précise pour qu'ils arrêtent de tourner autour du pot?
- Votre remarque est sensée. Je n'y songeais pas. Encore faudrait il toutefois être certain que l'on veuille bien venir en aide aux païens. N'oublions pas qui nous sommes. Si d'autres nations peuvent faillir, le saint empire est saint et le restera. Nos ennemis religieux guettent avec avidité la moindre occasion de nous discréditer en prouvant que nous ne nous maintenons pas dans la continuité des ambitions impériales d'unification religieuse mondiale.
- J'y pensais justement. En plus ou en lieu et place de l'argent il nous serait simple, si leur situation est réellement critique, d'exiger du peuple d'Uriduzima qu'il se convertisse à notre foi; en vertu de quoi il deviendrait de notre devoir de les protéger contre les païens Haradjin. Et nous pourrions alors profiter d'un débarquement chez eux pour importer notre religion jusque dans leurs foyers et nous assurer qu'ils prient le bon dieu par la menace des armes."
Le kaiser eut un rire amer.
- Si seulement…" fit il. "Mais un peuple n'abandonne pas si facilement sa religion. Ils ne seront jamais désespérés à ce point. N'oubliez pas que pour eux, c'est nous les païens.
- Pourtant cela s'est déjà avéré efficace par le passé. C'est même la tactique principale des débuts de l'empire. Et puis, si comme vous dites nous sommes des êtres impies à leurs yeux, s'ils sont déjà désespérés au point de faire appel à nous contre les Haradjin qui ont pourtant la même religion qu'eux, alors ils doivent déjà être dans de bonnes dispositions pour se convertir."
Le kaiser prit un temps avant de répondre:
- "Tu marques un point. Il faudra sans doute creuser cette idée…" Il leva les yeux, et ils restèrent un instant silencieux.
- "Le jardin rayonne en cette saison." Déclara le kaiser. "Il rayonne trop. Il m'aveugle presque.
- "C'est l'été…" Fit Alexandra." La saison de la guerre…
- La guerre c'est fatiguant à la longue. On s'épuise, on s'esquinte, on s'éreinte, et au final on se sent faible tout le temps. Tout le temps, sauf à la guerre justement. Heureusement j'ai des hommes compétents à mes côtés. Des hommes qui pour les mêmes raisons sont addictes à la guerre. Avec celle qui se prépare…
- Celle contre les cannibales?
- En effet, les tribus Ariaks de l'est du pays se rassemblent et ont recommencé à dévorer des humains.
- Ils ne cherchent qu'à attirer l'attention.
- Certes, mais ils sont nombreux. Il va falloir gérer cette crise avant de gérer la suivante. Puis une autre apparaîtra, puis une autre, puis une autre… et il y'en aura toujours au moins une pour freiner nos ambitions, quand il n'y en a pas trois en même temps.
- C'est ainsi.
- Parfois je me dis qu'il est difficile de résister à la tentation de savourer tous les avantages de la couronne en reléguant toutes les besognes à d'autres que moi.
- Vous pensez à ne vivre que pour vos concubines?
- On peut reformuler la chose ainsi.
- Ce n'est pas très sain.
- C'est pour ça que je continue à faire la guerre. Je pourrais m'enfermer toute ma vie dans mon palais jusqu'à ma mort à partager mon temps entre me goinfrer et faire l'amour. Mais ainsi je vivrais moins longtemps. Et puis, ce serait une honte pour un kaiser du saint empire. Je ne suis pas comme le roi de Gallindal, je suis et demeure un homme fier. Et pourtant, l'hésitation est là, et j'hésite toujours.
- Le jardin rayonne trop. Il est bon parfois d'en sortir. L'odeur des fleurs n'est utile que si elle est entrecoupée par l'odeur des cadavres.
- Tu dis vrai. Le cadavre a du bon. La fleurette a ses défauts. Mais notre bel empire est bâti sur les deux."
Ils marchèrent encore. Puis le Kaiser demanda:
- "Qu'advient il de votre père, ce magistrat. Heinrich Von Karma.
- Oh ne m'en parlez pas. Il continue son projet de faire le tour de l'empire pour rendre la justice. Sa justice devrais je dire.
- Il parait qu'il est un juge exemplaire. Des gens sont prêts à traverser tout le pays pour venir régler leurs différents devant lui. Il a gagné en réputation depuis le début de sa tournée. Notez qu'à cet égard la famille Von Karma n'a jamais vraiment eu de problème.
- Mon père s'est persuadé qu'il était le seul juge honnête du pays.
- Vous m'avez dis la même chose la dernière fois, mais au vu du succès qu'il a maintenant, il faut croire que c'est vrai.
- Entre nous, nous savons bien que dans l'empire il n'est pas un juge qui ne soit vendu.
- Que voulez vous? Le temps de l'ordalie est maintenant révolu.
- Je le conçois, c'est pourquoi mon père est spécial. Car il n'est vendu à personne, il est vendu à une cause, et cette cause est aussi injuste qu'une autre. Enfin, la justice est une notion relative.
- Certainement. Et à présent, où se trouve-t il au juste?
- Oh, quelque part à rendre sa justice dans quelque province perdue de l'empire.
- Mais où précisément?
- À l'heure actuelle il doit être en plein procès dans la ville de Earnshire."

La salle de procès était comble de spectateurs et de témoins, bouche bée et extasiés devant la scène surréaliste qui se jouait devant eux.
Son chapeau noir largement enfoncé sur les oreilles et la mine renfrogné, le bourgeois Fedotik Garnèz serrait les dents, assis en avant de la foule. Devant lui, revêtu d'une élégante veste bleue avec un large col, s'appuyant fermement sur sa canne en se tenant droit, le torse bombé, les épaules relevées, et une splendide éloquence illuminant son faciès; Heinrich Von Karma faisait un plaidoyer impressionnant, marqué par de nombreux gestes grandiloquents et des claquements de doigt pour attirer l'attention de l'assistance. Heinrich Von Karma était un homme un brin âgé, imberbe quoi que marqué par quelques rides, une peau pâle, et des cheveux grisonnant légèrement. Il n'en avait pas moins un charisme à toute épreuve, avec ses longs cheveux noirs ramenés en arrière, ses yeux verts perçants, et son rictus cruel. Toute sa physionomie inspirait le respect et la crainte, et chacun de ses mots était aussi tranchant que la lame la plus affûtée.
- "Et c'est ainsi que, non content d'avoir usé de tactiques sournoises et révoltantes pour tricher sur les impôts et ainsi escroquer votre gouvernement et par là même tout le peuple de la cité en vous assurant une petite fortune sur le dos du peuple, vous avez poussé le vice jusqu'à voler directement de l'argent à vos concitoyens innocents en vous enrichissant dans la plus infâme des crapulerie.
- Je proteste…"
Heinrich le coupa d'un claquement de doigt et sortit avec élégance et distinction un document de sous son manteau qu'il brandit dès lors sous la vue de tous.
- "J'ai ici même des documents scandaleux qui font états de vos exactions. Des lettres de menace par lesquels vous fîtes pression sur vos propres employés afin de ne pas leur verser le salaire qui leur était dû! Vous avez eu recours à un chantage éhonté pour exploiter de votre prochain jusqu'à la dernière ressource et ceux sans débourser une piécette de votre poche."
Des cris et des insultes vinrent de la foule qui huait le bourgeois avec une haine depuis trop longtemps contenue. Fedotik bouillait. Heinrich lui lança un regard cruel avec un sourire en coin.
- "Ça suffit!" Hurla Fedotik en se levant. "Vous déblatérez vos âneries mais cela n'a rien à voir avec l'affaire. Je vous rappelle que je ne suis pas l'accusé. Ici, c'est moi la victime!"
En effet, le bourgeois était assis à la loge des victimes. Plus loin, sur le banc des accusés, se tenait un homme frêle au visage buriné s'efforçant de faire profil bas. L'attention ne se portait plus sur lui depuis un moment, et le magistrat ne lança pas même un regard dans sa direction et déclara:
- "Monsieur Garnèz! Vous osez accuser l'un de vos employés de vol, alors que c'est vous le seul et unique voleur ici. L'individu en question, le brave et honnête Andreï, poussé par la misère dans laquelle vous l'avez précipité, la famine dans laquelle vous l'avez plongé lui et sa famille, et la peur dans laquelle vous maintenez tous vos employés, a récupéré dans les caisses de l'entreprise son argent, celui qu'il avait gagné à la sueur de son front et que vous lui aviez volé!
- C'est grotesque!" S'exclama Fedotik.
- "Pas autant que ceci."
Heinrich montra une immense bourse qu'il vida brutalement sur le sol, révélant une quantité impressionnante d'or. Puis il déclara:
- "Passons sur le fait que d'après vos déclarations d'impôts il est impossible que vous possédiez cette somme. Sachez que dès maintenant je n'aurai aucun mal à vous faire inculper pour corruption de magistrat. Et rien que ça suffirait à vous offrir la prison à vie. Qu'avez vous à répondre à cela?"
Le bourgeois écarquilla les yeux.
- "Ce n'est… ce n'est pas possible… finir comme ça!"
Heinrich claqua des doigts dans un geste théâtral.
- "Il va falloir payer pour vos crimes monsieur Fedotik. Avec tout ce que j'ai listé, le vol, les menaces, et la corruption, vous êtes fort mal. Et je n'ai pas encore évoqué votre implication dans des assassinats à motivations anti syndicales."
Le bourgeois se crispa. Le magistrat eut un sourire sadique. Il ajouta:
- "Je sais que vous avez fait assassiné plusieurs de vos employés. Tout le monde le sait. Vous avez fait assassiner monsieur Hans Viegbult, et vous vous êtes servi de ce crime pour intimider vos employés. Tout le monde est au courant de ça. Pas une personne en ville n'ignore vos méfaits. Mais ils avaient trop peur pour agir."
Fedotik arracha violemment son chapeau et, du revers de la main, essuya son front couvert de sueur.
- V…vous n'avez pas de preuves!
- Erreur. J'ai toutes les preuves dont j'ai besoin. Sans compter les nombreux témoignages."
Fedotik lança un regard haineux à l'assistance, qui, contre toute attente, lui répondit de la même manière.
Heinrich Von karma frappa le sol de sa canne, et déclara d'une voix vibrante:
- "Vous êtes fait, monsieur Fedotik. Toutes ces enquêtes seront bien vite clôturées, et vous ne pouvez plus rien faire pour entraver la justice. Si vous voulez éviter le supplice du pal, il ne vous reste qu'une seule et unique chose à faire: faire amende honorable, reconnaître tous vos crimes connus ou inconnus, et rendre leur argent à ceux que vous avez volé. C'est la meilleure chose à faire, et peut être ainsi nous saurons nous montrer cléments. Mais soyons réalistes; n'espérez pas revoir la lumière du jour."
Le bourgeois tomba à genoux en poussant un cri. Heinrich Von Karma le regardait de haut, et, avec son sourire narquois et son air triomphant, il écarta son manteau et saisit un document ainsi qu'une plume, et les posa aux pieds de Fedotik d'un geste élégant, avant de se redresser pour lui annoncer d'un ton plus doux:
- "Les remords sont insupportables n'est ce pas? Mais je suis là pour ça. Signez ce papier! Écrivez simplement votre nom! Et vous serez libéré de tout cela. Ce tourment prendra fin. Allez! Vous n'avez plus rien à perdre."
Le bourgeois était en larmes. Il contempla le papier, puis, sans même le lire, le signa.
Quelques temps après, tandis que les soldats enfilaient ses chaînes au bourgeois, le peuple de la cité de Earnshire vint acclamer Heinrich Von Karma, leur bienfaiteur. Celui ci les salua avec une fausse modestie flagrante, tandis que dans la foule on criait:
- "Vive le magistrat Heinrich! Vive Heinrich Von Karma!"
Et par endroit on pouvait entendre:
- "Vive le syndicalisme! Vive les travailleurs libres!"
Puis Heinrich Von Karma claqua des doigts, et le silence se fit.
- "Citoyens de Earnshire!" Déclara-t-il. Et tous l'écoutaient avec attention. "Vous avez assisté aujourd'hui à l'arrestation d'un criminel. Mais combien en reste-il comme lui? De ces crapules qui corrompent chaque instance de notre nation. Il y en a une infinité. Ils sont partout, et se montrent impunément. Ils n'ont aucune gêne et aucune honte. J'en ai vaincu un aujourd'hui, mais sitôt que j'aurai le dos tourné, un autre prendra sa place. Nous ne pouvons pas permettre cela! Vous ne pouvez pas permettre cela! J'ai beau faire tout ce que je peux pour changer notre pays, c'est aussi à vous d'agir. Je compte sur vous, peuple de Earnshire, pour qu'aucune crapule de cette sorte ne revienne ici. Je compte sur vous pour ne plus jamais vous laisser réduire en esclavage par ces despotes sans foi ni loi. Je compte sur vous, pour mettre fin à ce cycle éternel de soumission et de domination. Chacun d'entre vous a autant que les autres le droit de vivre, alors soyez en fier, et faites de votre ville un havre de la vie et de la liberté, maintenant que je vous ai montré comment faire. Je dois partir, car d'autres villes m'attendent, mais j'espère revenir, pour voir votre cité définitivement nettoyée de toute trace de la vermine qui la souillait."
Et à ces mots, il salua la foule à nouveau, et repartit dans son carrosse.

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