Babel
Je viens à l’instant d’achever la rédaction d’une histoire qui devrait plaire à mon éditeur. Une histoire loufoque où je m’empare d’un personnage bien connu que je m’amuse à projeter dans des aventures improbables.
Il adore ça mon bon éditeur quand j’attrape l’Histoire avec mes grosses pattes et que je me met à la tordre, à l’entortiller, à lui taper dessus. Il aime bien ça parce que ça se vend plutôt bien.
Je suppose que le genre est dans l’air du temps. Les gens n’aiment pas leur époque. Ils aimerait vivre un présent plus en accord avec le futur qu’on tente de nous vendre dans les publicités. Peut être cela aussi les rassurent-ils de finalement constater que la situation pourrait être pire. Je ne sais pas. Pour ma part, pourvu que je couche des histoires sur une surface vierge, cela me va.
La petite nouveauté dont je suis assez fier ici et qui pourrait être la cause d’une certaine réticence de la part de mon tendre éditeur, c’est la nature de mon personnage. Il s’appelle Léonard. il vit au XVIème siècle à Florence, en Italie. C’est un type plutôt brillant. Il a un bon job. Il est sympa. Au moment où on le découvre, il marche sur la route qui l'emmène à Vinci, le petit village où sa mère s’est installé avec son nouveau mari et ses enfants. Il fait beau et le garçon a décidé de parcourir la dernière étape de son petit voyage à pied. Léonard mâchonne un brin d’herbe. Il pense à Lorenzo, le nouvel apprenti arrivée très récemment à l’atelier de Maître Verrocchio, un garçon doué d’un joli talent, intelligent, drôle et surtout extrêmement plaisant à regarder. Léonard regrette d’avoir vingt ans à une époque où si vous avez le malheur de tomber amoureux d’une personne de votre sexe, de vouloir partager avec lui quelques instants de bonheur, on n’hésitez pas à vous enfermer dans un cachot.
J’aime bien cette histoire parce que je suis sûr que ça va emmerder mes lecteurs, une bande de petits gars boutonneux, persuadé d’être parvenu au summum de la société. Quel plaisir cela va être de voir leur têtes pendant les conventions. Mais avant cela, je dois convaincre Ghislain, le patron des éditions Antérieurs de publier mon texte.
…
La maison d’édition est installées dans de vieux entrepôts construit le long du canal, de grandes structures en béton servant autrefois au dépot de marchandises, longtemps squatté par une étrange faune puis reconverti à grand frais en bureaux. Un lieu particulièrement apprécié par les entreprises de la tech. J’adore traverser le hall, croiser les jolies filles en mini-jupes aux regards hautain, saluer les garçons que je ne connais pas, plaisanter avec la réceptionniste qui n’attend que ça qu’un énergumène dans mon style vienne la distraire.
Assis devant le bureau de Ghislain, je me ronge un ongle en attendant que le bonhomme termine sa lecture. Je suis anxieux parce que contrairement à son habitude il ne réagit pas. Normalement, il fait des Wow et des Ouah. Il s’agite. Il s’énerve. Il peste. Mais aujourd’hui, rien de tout cela. Il reste devant mon chef d’oeuvre, totalement apathique, une vrai poupée de cire. Je n’en peux plus. Je m’agace : « Tu n’aimes pas ? C’est de la merde ? Allez vas-y… dis le moi… crache le morceau, bordel… C’est quoi le problème ? Léonard ? C’est ça ? Ça ne te plaît pas que mon personnage soit un PD ? T’es homophobe ? Toi aussi ? » Toujours aucune réaction. Je m’inquiète. Ghislain a le regard perdu, les yeux tournée vers la grande baie. Enfin, il daigne s'intéresser à moi. D’un geste nerveux, il attrape un manuscrit posé son bureau et me le jette sur les genoux. « Lis, me dit-il d’une voix blanche. Lis ça. » Je lui jette un regard intrigué, hausse les épaules et me met à lire.
Il s’agit d’un texte assez long. Il me faut presque deux heures pour en venir à bout. Une excellente histoire, habillement écrite où chaque mot est bien placé, ou aucun paragraphe n’est inutile. L’intrigue est intelligente. La fin est surprenante. la narration est sophistiqué mais reste pourtant très clair. C’est un texte d’où l’on ne sors pas indemne. La nouvelle que j’essaie de vendre à Ghislain me parait tout à coup mal fichu, branlante. Je suis vexé qu’il m’ai obligé à lire ce texte. Je ne comprend où il veut en venir sinon à me démontrer que j’ai encore beaucoup de chemin à parcourir. Je garde mon calme et ne laisse rien paraître de mon désarroi.
« C’est pas mal… vraiment pas mal, lui dis-je sur un ton désinvolte. Franchement, y’a des bons trucs… Quelques retouches peut être… mais enfin… c’est prometteur. »
Je ne suis pas très convaincant. Ghislain ne croit pas un mot à ce que je viens de dire.
— Tu te fous de ma gueule ! Ce texte est super. tu le sais bien. Il n’y a rien à revoir. C’est juste un putain de chef d’oeuvre.
— Mais alors Je comprend pas, fais-je de plus en plus exaspéré par son attitude. Pourquoi m’as-tu fait lire ce texte ? Pour me démontrer à quel point le mien est mauvais ? Tu devrais être heureux. Avec un auteur de cette envergure, tu vas pouvoir t’agrandir.
Là-dessus, je commence à me lever pour quitter le bureau quand d’un ton ferme, Ghislain m’ordonne de rester à ma place
— Ne bouge pas… Ça n’a rien à voir avec toi, ni avec ton texte. Elle est très bien ta nouvelle… Mais… ce que tu viens de lire c’est…un cauchemar.
Je ne comprend vraiment plus. En me rasseyant, je fais une moue, dubitatif.
— Tu m’inquiètes. Tu es malade ? C’est quoi le problème ? Publie le. Qu’est-ce que tu attends ? Merde.. tu vas te faire des couilles en or.
Il ne réagit pas. je tente à nouveau de le faire réagir.
— C’est qui d’ailleurs ? Il a un nom ce génie ?
Ghislain secoue la tête un long moment avant de prononcer entre ses dents des sons inaudible.
— Comment ? Excuse-moi.. lui dis-je. Qu’est-ce que tu as dit ? unemachine ? C’est pourri comme nom. Il faut absolument lui trouver un pseudo…
— Écoute bien. Écoute. je ne le répéterai pas. répond-t-il tout à coup hors de lui. C’est « Une » plus loin « machine ». C’est une putain de machine qui a écrit cette putain d’histoire. Un ordinateur si tu préféres. Un putain d’ordinateur avec des kilomètres de fil, traversé par des trillions de trillions d’electrons, animé par un putain d’algoritme. C’EST UNE PUTAIN DE MACHINE QUI A ECRIT CE PUTAIN DE BON TEXTE. Tu comprends là ? Où est-ce que je dois ajouter des points sur les i ? »
Je regarde Ghislain troublé par cette révélation, la bouche grande ouverte. J’ai la tête qui tourne. J’ai des vertiges. Je tremble. Je dois vraiment avoir l’air con. « T’en fais pas mon ami.. me dit le type assis en face de moi. J’ai réagi de la même manière. les vertiges, la gueule de con. Ne t’en fais pas… ça va passer. » Puis il se lève, se rend devant la fontaine et sert un grand verre d’eau. Sur le trajet, il attrape une plaquette commerciale posé sur… Il me tend le verre que j’avale d’un trait et je met à lire le prospectus qu’il m’a confié.
BABEL©
Les grands textes sont déjà là
Nous les retrouvons pour vous
La Bibliothèque de Babel imaginait par Jorge Luis Borges existe… indéniablement. C’est une bibliothèque où est déposé tous les livres, ceux qui ont déjà été écrit, ceux qui seront écrit et tous les autres, ceux que l’on n’écrira jamais. La Bibliothèque est là, devant nous, mais paradoxalement son immensité hors de l’entendement nous la rende inaccessible.
Grâce à BABEL©, ces merveilles sont aujourd’hui à votre disposition pour votre plus grand plaisir.
Une prouesse rendu possible grâce à l’ordinateur quantique le plus puissant du monde et à nos bibliothécaires, des intelligences artificielles dédié à cette tâche. La puissance d’une technologie du futur à votre service.
Indiqués aux bibliothécaires grâce à nos outils de recherche ce que vous aimeriez lire et ils trouveront sans aucun doute le livre dont vous rêvez.
Je relis le contenu de la plaquette une seconde fois puis m’apercevant de l’absurdité de leur promesse, j’éclate de rire. Un rire franc et sincère, soudain soulagé d’apprendre que tout compte fait tout ceci n’est qu’une vaste escroquerie. Quand je parviens à retrouver mon calme, j’explique à l’éditeur étonné par mon comportement, l'origine de ma joie. « Tu t’es fait arnaqué, lui dis-je . C’est impossible… tout simplement impossible. Aucune machine, aucun ordinateur n’est en mesure d’un tel exploit. Rend toi compte… Dans la Grande Bibliothèque de Borges, il y a… deux secondes, je fais un rapide calcul. Si je me souviens bien, l’auteur part du principe que tous les livres la composant ont 410 pages, que sur chaque page, il y a 40 lignes et que sur chaque ligne, il y a 80 caractères. Borges, pour je ne sais pour quelle raison utilise un alphabet de 25 caractères, 22 lettres auquel il ajoute trois signes de ponctuation, le point, la virgule et l’espace. Cela donne… 25 puissance 400x80x40… 4x8x4… 1 280 000… 251 280 000… Tu conçois la monstruosité de ce nombre ? Il y a plus de livres dans la Grande Bibliothèque que de particules dans l'univers. La simple idée d’aller fouiller dans ses allées rendrait fou n’importe quel individu. Les probabilités de trouver simplement un livre à peu prés intelligible sont quasiment nulle. C’est une arnaque. Tout simplement. » Ghislain n’est pas du tout rassuré par mes arguments. Au contraire, il semble encore plus désespéré.
« Pourtant ils l’ont fait, je t’assure. J’ai fait une recherche sur ce texte, me dit-il en pointant son regard vers le manuscrit posé sur le bureau. Il n’existe nulle part. Aucune référence dans aucune bibliothèque.
Je trouve aussitôt la parade.
— Et alors ? Cela ne veut rien dire. Cette nouvelle a été écrite recemment ou oublié dans un tiroir pendant des années et exhumée pour convaincre les pigeons de la réalité de la Bibliothèque et leur soutiré du fric.
Et alors que je suis convaincu de l’avoir emporter, c’est lui, en quelques mots qui me met KO.
— Non. Tu te trompes, mon ami… parce que c’est moi qui est extrait ce texte de la Bibliothèque. Ce matin même… J’étais le premier homme à le lire… Et maintenant, tu es le deuxième. Toi, l'écrivain et moi l’éditeur, aujourd’hui, nous sommes obsolètes. »
…
Sur le chemin qui me ramène à mon appartement, je ne sais pour quel raison — une overdose de série américaine je suppose, celles du genre où les protagonistes avalent des quantités déraisonnables d’alcools fort sans jamais se saouler — j’achète dans une épicerie une bouteille, un mauvais whisky que je jette aussitôt dans la première poubelle que je croise. J’ai quelques excuses pour me comporter de façon si étrange. J’ai perdu mon job, ma raison d’être… en quelques instants, devenu aussi inutile que le sémaphore. J’ai une pensée pour les ingénieurs qui ont mis au point cette aberration. Certainement les mêmes qui ont conçu la Bombe. Je les hais de tout mon cœur mais paradoxalement, je ne peux m’empecher d’admirer leur travail. Je suis comme cet homme qui monte une à une les marches de l'échafaud qui l'emmène inexorablement vers la mort mais qui ne peut s’empecher de s'émerveiller sur l'ingéniosité de la machine qui va lui trancher la tête.
La vendeuse de la librairie m’accueille avec un grand sourire. Elle ferait certainement une autre gueule si elle savait que bientôt, dans quelques années, dans quelques mois peut-être, elle sera au chomage. J’achète un exemplaire de Fictions, une édition de poche, puis je m’installe sur le premier banc pour relire la célèbre nouvelle d’où les fous qui ont pondu BABEL ont puisé leur inspiration. Écrire comporte des risques. Vous pouvez être brulé vif sur un bucher, être adulé par une bande de taré boutonneux, crever de faim, perdre la raison… mais l’un des risques les plus pervers est certainement qu’un parvenu, un esprit étroit et immature, vienne tout à coup à prendre au sérieux vos délires noctambule et se mette en tête de vouloir les réaliser comme si il s'agissait d’un mode d’emploi. C’est une lourde responsabilité la littérature.
La nouvelle de Borges est très courte. Aucune intrigue, pas de personnage sur lequel se projeter. Il s’agit d’une simple visite, un coup d’œil furtif et vertigineux sur la Grande Bibliothèque. L’auteur aurait très bien pu multiplier les péripéties, noircir des centaines de feuillets, construire une quête merveilleuse, un page-turner plein de rebondissement et dont les droits d’adaptation cinématographique ce serait arraché à prix d’or. Mais voilà, Jorge Luis Borges était un artiste et il a agit en tant que tel, droit au but. Une idée gigantesque rassembler sur quelques pages. La beauté du geste.
Une fois achevé la lecture, mon imagination se met à vagabonder à travers les rayons de la Bibliothèque. Tous les livres disait le prospectus. Dumas, Sand, Melville, Borges bien sûr et puis les miens… forcement. Ceux que j’ai écrit. Ceux que je n’ai pas encore écrit. Le roman que j’envisageai encore d’écrire ce matin. Et une infinité de variations de chacun d’entre eux. Il doit s’y trouver une variation de Romeo et Juliette où les deux amants se marient et ont beaucoup d’enfants. Une variation de Moby-Dick où la capitaine Achab retrouve la raison et devient un ardent défenseur de la cause animal. Une variation du petit prince où le serpent n’avale pas un éléphant mais bien un chapeau. En rebondissant ainsi d’idée en idée, il me vient à l’esprit que dans la Grande Bibliothèque, outre les romans, les pièces de théatre ou les modes d’emplois pour les machines à café et toute sorte de machines étranges encore à inventer, doit se cacher également un livre racontant l’histoire de chaque être humain ayant foulé le sol de cette insignifiante planète, de cette femme qui passe devant moi, de cette homme qui fait la manche ou de cet autre assis sur un banc et qui laisse son esprit vagadondé dans les rayons de la Grande Bibliothèque imaginé par Jorge Luis Borges. Un livre dans lequel on peut y lire ce paragraphe : « L’écrivain, assis sur un banc, en songeant à l’immensité de la bibliothèque pris conscience que dans ses rayons, devait se cacher un livre qui racontait sa vie. une vie sans Babel. Une vie avec. Une variation dans laquelle, il baisse les bras devant sa toute puissance et fini son existence misérablement. Une autre où au contraire prenant conscience d’être au cœur d’une furieuse bataille, il décide de relever la tête et de sa battre. » La fureur de la ville se déchaine subitement autour de moi, un violent concert de klaxon, de sirène et de cris. Je m’affole avant de comprendre que je viens tout simplement de reprendre conscience. J’attrape aussitôt mon téléphone et compose le numéro de mon éditeur favori. Sans réponse de sa part, je décide d’aller à sa rencontre.
…
Je retrouve Ghislain chez lui. Contrairement à moi, il a cédé à la tentation. Je suis déçu de le voir dans cet état. Je l’imaginais plus solide mais peut être a-t-il plus à perdre que moi dans cette histoire. Le pauvre éditeur peine à se tenir droit. Il chancelle manquant de tomber à plusieurs reprise durant le cours trajet entre la porte d’entrée et la cuisine. Il me sert aussitôt un verre de vin et en profite pour s’en servir un nouveau. J’écoute les propos décousus de l’homme désespéré. Il est question de voyage, de prêt immobilier, de reconversion, de retraite et d’une île perdu au milieu de l’océan. Profitant d’un moment de silence, je tente de lui décrire le plan qui m’est apparu une heure plutôt sur le banc. « Dans la Bibliothèque, lui dis-je avec enthousiasme. il y tous les textes. On est d’accord… Les romans, le théatre, tout… et il s’y trouve forcement la méthode qui nous permettrait de nous débarrasser de Babel… Tu comprend ? Il suffit de la trouver et…terminé Babel… Moi, je peux continuer à écrire mes livres et toi, à les éditer. » Il me jette un regard sombre. « Qu’est-ce que tu racontes ? se met-il à bafouiller. Comprend rien à ton charabia. Tu fais chier… Pourquoi tu es là ? » Ghislain, je m’en rend compte, n’est dans les meilleurs condition pour apprécier mon plan. Je crois qu’il est temps qu’il prenne un peu de repos. Demain, lorsqu’il aura l’esprit plus disponible je lui soumettrai à nouveau ma proposition. Je l’aide à se rendre jusque dans sa chambre et avant qu’il ne perde conscience, parviens à lui soutirer ses identifiants de connexion sur Babel.
Confortablement installé dans le canapé de Ghislain, un ordinateur portable posé sur les genoux, je me connecte à Babel©. Un message apparaît sur l’écran : « Bonjour Ghislain. Je suis votre bibliothécaire personnel. Quel livre avez vous envie de lire ? » Plusieurs choix me sont proposés. Je peux me rendre sur une liste des livres déjà consultés dans la bibliothèque et sur lequel au moins un utilisateur a laissé une notation ou un commentaire. Cette rubrique est presque vide mais je ne doute pas que lorsque Babel ouvrira ses services au grand public la section s’enrichisse rapidement. Je peux également utiliser un formulaire pour rechercher un livre selon plusieurs critères, son genre, son style, ou le profil des personnages que je souhaite croiser. Pour les feignants ou les indécis, Il y a même aussi un bouton “faites moi une surprise”. Je passe toutes ces propositions pour me rendre directement sur la « recherche avancé ».
Le processus se déroule en plusieurs étapes. La première consiste à rentrer un contenu, un résumé concis de ce que vous aimeriez lire. En quelques lignes, je décris la nouvelle que j’ai fait lire ce matin à Ghislain. Lorsque j’estime avoir suffisamment donnée d’indication, le bibliothécaire selectionne dans mon texte les occurrences qui lui semble pertinentes. Par exemple, la machine surligne en vert « Leonard de Vinci » et ouvre au dessus du terme une bulle où je peux lire cette question « Est-ce un personnage ? » Je clique affirmativement. La question fait place à une autre : « Est-ce le personnage historique ? » Même réponse. Ainsi de suite, mot après mot, le bibliothécaire décrypte mes intentions jusqu’à ce qu’à m’en proposer une interprétation. Les ingénieurs de Babel ont du génie. C’est incontestable. Les étapes suivante concernent des aspects lié au genre, à la narration, aux styles… Des curseurs me permettent de contrôler finement le niveau des péripéties, de rebondissements, ou du nombre des scènes.. Une multitude de renseignement que j’ignore pour la plupart n’en maîtrisant pas le sens ou considérant qu’ils sont inutiles. Au bout de presque une heure, Babel© me signale qu’il a suffisamment d'informations et qu’il est prêt à chercher mon livre. Je clique sur le bouton « Rechercher un livre ». Et alors que je pensais avoir au moins le temps de me rendre aux toilettes, la réponse apparait déjà à l’écran : « Merci d’avoir patienter. Il y a 108 livres correspondant à votre demande. » J’hésite une minute le pointeur caler au-dessus du premier lien.. Le texte que je lis n’est pas le mien… pas tout à fait. J’ignore bien entendu à quoi mon roman devait ressembler mais pas à cela. Ce sont les mots d’un autre, ceux d’un voleur qui aurait dérobé mes notes et mes idées. Ce n’est pas mon texte mais je ne doute pas qu’en explorant un peu plus la Bibliothèque, je tombe finalement sur la bonne réponse. Soudain terriblement fatigué, je pose ma tête contre l’accoudoir du canapé et m’endors aussitôt.
…
La nuit tombé, je marche de long en long en large à travers l'appartement plongé dans l’obscurité. J’avale par petite goulée le vin dont Ghislain a abusé. J’essaie de réfléchir au plan d’action qui m’a semblé si simple quelques heures plutôt et qui désormais me paraît affreusement nébuleux. « La Bibliothèque répertorie toutes les histoires… fais-je à haute voix. Toutes les histoires… une me concernant… au moins une… certainement beaucoup plus… Une dans laquelle je triomphe… au moins une… et une dans laquelle j’échoue. Quel pourrait être les causes de mon échec ? Sans nul doute le fait que je sous-estime mon adversaire. Cela ne peut être que ça. Des esprits capables d’engendrer une créature aussi fabuleuse que Babel, conscient que la Bibliothèque contient en son sein sa propre faiblesse, ont sans doute pris des précautions. Mais Admettons que dans leur arrogance ou par manque de moyen ou de temps, ils n’aient pas mis en place des pare-feux. Admettons que je trouve un livre dans lequel je sort victorieux. Est-ce que cela m’assure pour autant de pouvoir appliquer la méthode qui y serait décrite ? Non… bien sûr non. Mon histoire pourrait être sensiblement différente. Des personnages ou des situations essentiels au bon déroulement du plan ne pourraient pas exister dans ma… réalité. Et puis dans le cas où les concepteurs aient été prudent en empêchant quiconque d’accéder à leur faiblesses, cela ne signifie pas pour autant que je ne peux pas trouver par mes propres moyens cette méthode et la mettre en œuvre. Mais alors… ai-je vraiment besoin de la Bibliothèque pour vaincre la Bibliothèque ? » Totalement déboussolé, je pense à l’éditeur qui doit maintenant avoir cuver son vin. Lui aura certainement une idée. Ghislain est beaucoup plus intelligent que moi sinon ce serait lui l’écrivain et moi l’éditeur. Mais alors que je suis certain de l’avoir laisser dans son lit, je retrouve la chambre vide, la couette parfaitement tendu sur le matelas. Je m’étonne : « Il a du s’en aller pendant que je dormais. Mais pourquoi a-t-il refait son lit ? » Je vérifie s’il n’a emporter d’autres affaires.. J’ouvre une armoire et la trouve vide. j’ouvre tous les placards, tous les tiroirs… et les trouve tous vide. Dans la salle de bain attenante à la chambre, ni brosse à dent, ni dentifrice, aucun cheveux collé à la bonde, aucun signe de vie. Une idée se met doucement à s'imposer, une idée abominable. Je me précipite vers mon téléphone que j’avais déposé sur la table de la cuisine. Je fouille le répertoire et n’y trouve aucun Ghislain enregistré parmi mes contacts, aucun numéro de téléphone concernant une maison d’édition nommé Antérieur. je fouille les mains tremblantes l’historique de mes appels et là non plus, ne trouve aucune trace de cet homme ou de cette entreprise. Je hurle : « GHISLAIN ! GHISLAIN… OÙ ES TU ? MERDE… MAIS RÉPOND… » Je deviens fou. je m’effondre. Je pleure. Je suffoque. « Que cela veut-il dire ? Que cela veut-il dire ? Que cela veut-il dire ? » Miraculeusement, je parviens à me relever. « Réfléchis… bon sang… Tout cela doit avoir un sens… Il y a forcement une explication… ne te laisse aller… Reprend toi… Réfléchis. Dans la bibliothèque se trouve un récit dans lequel je triomphe, une autre dans lequel j'échoue… Mais… Mais il y en une autre… beaucoup d’autres… des versions où je me résigne, des versions où j’en ai rien à foutre, des versions où je me tue… et puis d’autres plus farfelu… où des plumes me poussent sur la tête… où je suis enlevé par des extra-terrestres, où je rencontre Léonard et où nous partons à l’aventure main dans la main. Et forcément il en existe une… au moins une… où mon ami s’évapore mystérieusement. Un récit dans lequel je tente désespérément de comprendre ce qui est en train de se passer et dans lequel, peut-être, l’histoire reste inachevé. »

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