Face au zinc usé du bar

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Elle se tenait là, fine, élégante, debout contre le mur, face au zinc usé du bar.

Quelle mouche m'avait piqué de venir garer mon bahut sur le parking sombre de ce café de campagne ?

Bon faut dire que je venais de passer neuf heures au volant de mon trente-huit tonnes, chargé comme une mule. Le métier de routier a bien changé. Tu dois respecter des rendez-vous à la minute et gare à toi si tu es en retard ! Après on te fait poireauter comme un âne quand même. Le métier a bien changé. Entre routiers, il n’y a plus cette vieille solidarité et fraternité. Avant on disait, les routiers sont sympas. Mais ça, c’était au temps de Max Meynier. De nos jours, ni les patrons, ni les clients ne rendent plus les routiers sympas. Mais je m’égare.

J'avais faim et soif. Le temps était exécrable et j’étais crevé. J’avais envie de me changer les idées. Dans le temps, ce bar-tabac n’était pas aussi miteux. C’était un relais-routier d’excellente réputation. On y mangeait bien et pas cher. Il y avait toujours une douche chaude disponible, que tu pouvais prendre avec le repas. Et quand tu étais assez gentil avec la patronne, elle venait te savonner le dos et plus encore. Monique, elle en avait des copains routiers. Marcel, son cuisinier de mari, lui, en avait de la corne au front.

Un jour le relais ferma puis connut plusieurs vies : restaurant chinois, fast food, squat, discothèque et enfin café miteux. Je n’aurais jamais imaginé revenir ici et rien ne semblait avoir changé. Toujours les même ornières et nids de poules sur le parking, les mêmes lampadaires orange pâle, les mêmes rideaux aux fenêtres.

Le parking semblait déserté. Hormis mon camion, un petit nombre de voitures étaient garées. Dans le temps, il y avait toujours une bonne trentaine de semi-remorques et les voitures des réguliers du coin. Vu les plaques d’immatriculation, je doutais que le bar accueille encore des habitués.

Sur le perron deux tatoués fumaient leur clope en discutant.

Une boule à facettes illuminait lamentablement le fond de la salle garnie de quelques tables et des fauteuils en skaï. Il n’y avait pas grande foule, quelques clients soigneusement éparpillés sur les canapés, discutaient entre eux, le smartphone posé devant eux, á côté des Marlboro et d’une bière.

Je m’étais installé devant la machine á sous posée sur comptoir. Elle me distrayait juste suffisamment de temps, pour me rendre compte que mon demi avait eu le temps de se réchauffer. Alors que je passais commande au serveur d’un breuvage plus frais et de quoi grignoter, je l’aperçue.

Elle se tenait là, fine, élégante, debout contre le mur, face au zinc usé du bar.

Je ne pouvais m’empêcher de l’observer longuement du coin de l’œil. Gracieuse, soignée, plutôt grande, taille de guêpe. Ses longs cheveux châtain clair, lisses et volumineux bouclaient aux pointes. De grands yeux amandes surmontés de sourcils foncés et bien dessinés surveillaient l’écran de son téléphone. Son visage était fin, exprimant une féminité assumée.

Envie pressante. Pour aller aux toilettes, il fallait passer devant cette fille. Elle n’eut pas l’air de faire attention à moi, alors que moi,… je ne pouvais m’empêcher de balader mon regard. Elle ressemblait à une de ces filles des magazines ou de la télé.

Je m’observai devant la glace. Je vis des poches saillantes sous les yeux, un visage fatigué et mal rasé. Comme toujours dans ces cas, je passais mon visage sous l’eau froide. Je me redressais en rentrant le ventre et gonflant le torse. Ca faisait belle lurette que je n’avais plus la silhouette de mes vingt ans. Corps fatigué, gueule cramée.

En sortant des toilettes, je vis qu’elle occupait le tabouret à côté de celui que j’occupais dix minutes plus tôt. Sur le coup, je me dis, je vais faire fuir la gazelle. Elle se retourna et m’observe en souriant, comme si elle avait entendu mes pensées.

  • Bonsoir, me dit-elle.

Ses lèvres étaient pulpeuses, roses bonbons et rehaussées d’un gloss brillant. Je vis une petite bouteille de vin pétillant et deux coupes remplies.

  • Bonsoir, mademoiselle.
  • Hi hi. Tu me fais rire. Je m’appelle Morgane et toi, c’est quoi ton doux prénom ?
  • Axel, mentis-je, la peur de lui révéler mon vrai prénom, qu’est-ce qui te fait rire ?
  • Toi… et ta bouille d’homme seul, fatigué par la vie.
  • Encore deux-trois ans et je pourrai enfin prendre ma retraite et profiter de ce qui restera de ma vie. Qu’est-ce qui te fait dire que je suis seul ?
  • Mon instinct, bébé. J’ai le don de percer les âmes d’un coup d’œil… Au fait, je me suis permise cette petite bouteille de bulle. On trinque ?

Bien que peu certain du sens de l’invitation, nos verres s’entrechoquèrent avec conviction. Nous échangions des banalités. À cause de la musique, il fallait chaque fois rapprocher nos bouches de nos oreilles pour s’entendre.

Elle portait un parfum envoûtant, alors que moi, je devais sentir la sueur et l’air renfermé de ma boîte de conserve roulante. J’avais un peu honte. Tout d’un coup elle lâcha :

  • D’accordo.
  • Tu es italienne ?
  • Oui. Italienne par mon père et brésilienne par ma mère.
  • Je me disais bien, tu as un petit accent sympa.
  • Tu aimes ?
  • Ouais. C’est mignon et sensuel.
  • Dis-donc, t’es pas en train de me draguer, toi ?

Elle disait cela, en forçant sur les « r » comme pour marquer son accent latin. Elle me regardait d’un air coquin et sûr d’elle. Cela ne me laissait pas de marbre. Tout doucement, je sentais mon cœur accélérer la cadence. Ma fatigue s’était estompée, remplacée par une certaine excitation qui montait doucement, et des bulles qui me grisaient gentiment. Je ne pouvais m’empêcher de l’observer, intimidé par sa beauté.

Dans le bar, des clients quittaient leurs canapés feutrés au bras de leur dame, alors que d’autres revenaient seuls, par une porte dans l’arrière-salle. Voilà. Même les plus naïfs auront compris comment l’ancien routier de Monique et Marcel s’était finalement reconverti. Ça m’était bien égal, finalement. Au fond, je savais bien que je n’étais pas venu ici par nostalgie.

Soudain Morgane me prit la main et me chuchota á l’oreille, qu’elle visiterait bien mon camion. Je la regardais d’un œil envieux.

  • Ce n’est pas tous les jours qu’une fille s’intéresse à mon camion.
  • Ah non ? Davvero ? Des hommes plutôt, n’est-ce pas ?
  • Ben ouais… forcément, enfin, tu comprends, hein ?
  • Va bene, bébé.

A peine m’étais-je levé, que le serveur accourut. Putain, la bouteille, elle me coûta une blinde. A ce prix-là, j’aurais pu siroter un petit Bourgogne de derrière les fagots.

Morgane, le sourire ravageur, me tendit ses deux bras, pour que je l’aide à se lever. Mon regard glissa malgré moi vers son décolleté, qui mettait en avant sa petite poitrine ferme et bien formée. Puis elle se redressa, se colla à moi, guidant mes mains derrière son dos. J’osai à peine les poser sur ses fesses musclées, tandis que je me cambrais pour éviter de lui faire sentir mon sexe, qui déjà, avait gonflé.

Elle me devança en sortant du bar. Les deux tatoués du perron n’avaient pas changé de place. Ils observèrent ma compagne du soir et me firent un clin d’œil complice. Nous avançâmes jusqu’au camion, garé près d’un lampadaire dont la lampe crépitait. La scène aurait paru glauque à n’importe quel promeneur.

Morgane grimpa de manière alerte puis s’assit sur le siège conducteur. Pour le coup, le geste me parut très masculin, mais je n’y prêtai aucune attention. J’allumai mon lecteur CD et y insérai Rumours, des Fleetwood Mac. Dès les premières notes, l’ambiance changea, installant une atmosphère mystique et intime. Morgane avait abaissé le pare-soleil, et profita du miroir de courtoisie pour remettre du rouge à lèvre et corriger son fond de teint. Patiente, elle savait ce qu’elle faisait. Pendant ce temps, je m’étais allongé sur la couchette, emporté par l’ambiance et l’alcool.

Enfin, elle me rejoignit et me regarda comme une mère souhaite la bonne nuit à son enfant. Elle se pencha et me baisa le front et les joues. Je la pris par les épaules. Je voulais la serrer fort contre moi. Nos bouches se rencontrèrent et nos langues s’enroulèrent langoureusement.

Je fermais le rideau de cabine et, aidé de ma bonne fée Morgane, me déshabillai en silence au son de Don’t Stop. Elle fit tomber sa robe jusqu’à la taille dévoilant un Wonderbra de dentelle blanche. Ses caresses et ses baisers sur mon torse étaient doux. Evidemment, je bandais, sans qu’elle n’y prêtât vraiment attention. Mes mains longèrent ses flancs, depuis l’aisselle, suivant la courbe chaude de son corps jusqu’en haut de ses hanches.

Sa langue s’attarda autour de mon nombril, alors que ses doigts me pinçaient savamment les tétons. Puis elle abaissa mon caleçon, saisit ma verge et l’avala goulûment. J’en frissonnai de plaisir dans un râle. Je sentais mon gland chaud explorer sa gorge, prêt à exploser.

Elle arrêta au bon moment son massage buccal et s’assit à califourchon sur mes genoux. Morgane dégrafa lentement son soutien-gorge, offrant à ma langue ses seins et ses tétons durcis. Je jouais avec ses deux jolis petits ballons siliconés.

Mes mains baladeuses massaient ses fesses sous sa robe. Je devenais impatient. Alors, d’un commun accord, elle bascula sur la couchette, me laissant prendre les commandes, le membre en éveil. Enfin la robe glissa révélant une protubérance inattendue sous sa culotte.

  • -Putain… T’es un garçon ?
  • Surprise, bébé. Sono una ragazza… e tu sei il ragazzo... Viens, laisse-moi te guider.

Un frisson me parcourut, mêlé d’une curiosité craintive et du plaisir inavouable que je m’apprêtais à vivre.

Elle enleva sa culotte et exhiba son sexe, parfaitement rasé, parfumé, qui se dressa doucement sur son abdomen. Elle me le tendit comme on offrirait un bonbon à un gamin, et moi, je l’acceptai et le suçant avec délicatesse. Une main tenait son sucre d’orge, l’autre caressait les courbes de ses bourses. Je fis tourner ma langue autours de son gland. Chaque souffle que Morgane laissait échapper faisait vibrer sa verge sous mes doigts, et je sentais son désir monter.

Nous changeâmes de position, enchevêtrant nos corps tête-bêche. Son Yin rencontra mon Yang, dans un ballet de plaisirs partagés. L’union était totale. La chaleur qui se dégageait de ce corps à corps me grisait. Je sentais mon excitation monter alors que nos mouvements de va-et-vient réciproques sur nos langues s’intensifiaient.

Nous nous assîmes face à face sur la couchette, jambes entrelacées. Il fallait faire redescendre la pression et laisser ce moment de sensualité se prolonger. Il était encore trop tôt pour une petite mort. Son regard était tendre, tandis que nous nous masturbions mutuellement. Ses gestes étaient lents et précis. Trop habitué à mes caresses solitaires, souvent trop brutes, trop pressantes, je me laissais guider par ses gestes, cherchant la bonne pression et le rythme parfait. Peu à peu nos mouvements et nos respirations se synchronisèrent.

Alors que je sentais l’extase pointer au bout de ses doigts fins, elle mit fin aux préliminaires et s’allongea sur le dos. Le moment était venu pour moi de montrer ma virilité. J’enfilais un préservatif, Morgane releva ses jambes et je la pénétrai.

Couché sur elle, ma langue chercha la sienne. Nos bouches s’embrassèrent tandis que mes mouvements, d’abord hésitants, gagnaient en assurance. Plus je l’enlaçais, plus j’oubliais son phallus chaud sous mon bas-ventre et plus je sentais la douceur de ses seins contre mon torse. Mes va-et-vient devinrent de plus en plus vifs. Nous étions abandonnés derrière les vieux rideaux de ma couchette, dans cette cabine de camion, garé dans un coin obscur de parking. L’excitation avait pris le dessus jusqu’au point d’extase final. Je sentais Morgane frémir de plaisir. J’éjaculais dans un râle animal, tremblant de plaisir. Elle cria. Lorsque je me retirai, je sentis le sperme chaud de Morgane s’écouler sur mon nombril.

Nous passâmes encore quelques minutes entrelacés, tels deux marionnettes, sur la couchette. Je m’endormais doucement. Morgane se leva et se rhabilla en silence. Alors que la portière claquait, j’entendis encore un :

  • Ciao ragazzo, mi amore !

Cela faisait longtemps que je n’avais pas aussi bien dormi. J’étais en retard sur mon tour. Mais la météo fut belle ce matin-là. Elle le fut toute la journée. Je pu faire tout le trajet sous les rayons chauds s’écrasant sur le pare-brise de mon camion, avec le doux souvenir de Morgane.

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