Chapitre 34 : Aux portes des enfers

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À un moment donné, dans quelques lieux...

Il fait sombre. La pénombre est telle que l'on distingue à peine les formes des objets présents dans la pièce. La seule source de lumière, aussi ténue soit-elle, est une fine ligne rasant le sol, laissant deviner l'embrasure d'une porte. La jeune femme, emmitouflée dans une espèce de duvet à la texture soyeuse et, accroupie sur un lit simple posé contre un mur, tente de s'orienter dans ce cloaque inconnu. Elle ne sait pas depuis combien de temps, elle est là, ni où elle est. Le dernier souvenir en date est ces hommes vêtus de noir venus la chercher alors qu'elle se retrouvait seule, prostrée au sol contre un SUV faisant concurrence à une passoire. Egon. Ces bêtes féroces qui égorgeaient et tuaient à tour de bras les hommes en noirs qui menaçaient sa vie avec leurs armes létales. Egon.

Ce nom, tel un mantra, raisonne et ponctue chaque image de son enlèvement qui lui traverse l'esprit. Egon. Où est-il ? Pourquoi lui et ces comparses ont-ils disparu si soudainement ? Qui est-il vraiment ? Un soldat de l'Empire Romain ? Et est-ce réellement possible qu'il ait cette capacité à se transformer en animal. En loup. Pourtant, les loups-garous n'existent pas. Mais si les démons sont réels, quoi d'autre peut l'être ? Lisa est complètement submergée par l'incompréhension. 

Elle est soudainement prise de nausées. Elle sert les dents et tente de contrôler sa respiration. Ce n'est pas le moment de dégobiller sur quelque-chose qu'elle suppose être un plaid. Lisa se tâte les poignets, les chevilles, le cou. Elle n'a pas de liens ou de menottes. Elle se risque alors à poser un pied sur le sol. C'est rugueux, mais a une certaine épaisseur. Ce doit être un tapis ou une vieille moquette à la qualité discutable. 

Elle se redresse et se tient là, debout dans le noir. Ses doigts remplacent ses yeux et tâtonnent doucement l'environnement afin de s'assurer qu'il n'y a pas d'obstacles entre elle et le fin faisceau de lumière qui scintille à même le sol. Lisa pose ses pieds nus l'un après l'autre, les mains en avant. Bientôt, du bout des doigts, elle touche le mur en face d'elle. La pièce ne doit pas être très grande. Elle a compté les pas jusqu'à la lumière. Environ huit. Elle longe les murs en les caressant de ses mains tremblantes. Mentalement, elle établit le plan de la pièce. C'est une petite chambre de dix mètres carrés, approximativement. Dans un coin, il y a un lavabo et des toilettes. C'est en face du petit lit. 

 Elle continue de longer les murs pour arriver devant ce qui semble être une porte. Elle sent ses gonds. Sur la droite, avec ses mains, elle cherche la poignée. Très vite, ses doigts touchent un métal froid et rond. Elle agrippe la poignée et la tourne doucement, mais elle bloque. C'est fermé à clef. Elle se met alors à la tourner de plus en plus vite et de plus en plus fort. La panique l'envahit. Elle se met à frapper la porte de toutes ses forces et à crier. Elle s'agrippe à la sphère froide qu'elle tourne frénétiquement puis, elle se déchaîne à nouveau sur la structure qu'elle espère défoncer. 

Soudain, un cliquetis de l'autre côté, puis le pommeau cylindrique tourne sur lui-même. Lisa, pétrifiée, recule. La lumière envahit petit à petit la pièce. Dans l'encadrement de la porte, une grande silhouette sombre se dessine. C'est un homme. Mais Lisa ne peut pas distinguer plus. Il tend son bras vers le côté droit du mur, à l'extérieur. On entend un clic puis la lumière aveuglante éclaire toute la pièce. 

Elle est petite. Les murs sont blancs, mais sales. Des traces d'humidité commencent à orner le mur de gauche, depuis le plafond. De la vieille moquette usée orne le sol. Il y a effectivement un lavabo en métal et une toilette rudimentaire. Au-dessus de l'espace attribué à la salle d'eau de fortune se trouve une petite grille d'aération, la seule ouverture de la pièce exempte de fenêtre. Cette chambre est une cellule de prison. 

L'homme qui se tient devant elle est grand et sec. Ses cheveux noirs de jais encadrent un visage aux traits fins et harmonieux, malgré une mâchoire carrée. Sa peau est d'un ton cuivré rougeâtre, ses yeux sont noirs. Lisa recule d'effroi. Elle sait ce qu'elle a en face d'elle : un démon. Pourtant, ce dernier n'a pas l'air agressif. Au contraire, son regard est bienveillant.

« Lisa ? N'aie pas peur. Je ne te ferai pas de mal. »

La jeune femme est acculée au mur en face de la porte. Elle fixe son étrange visiteur et est prête à en découdre, serrant le plaid contre elle en guise de bouclier. Elle n'a trouvé aucun objet contondant. Elle n'a même plus de chaussures. Après un rapide examen de sa personne, elle se rend compte qu'elle est vêtue d'une espèce de nuisette blanche et de ses dessous. L'homme s'avance lentement dans la pièce, une main levée, l'autre tenant un paquet. Il s'arrête lorsqu'il approche le lit, y dépose le sac en papier puis, recule d'un pas.

- Ce sont des vêtements et une bouteille d'eau.

- Où suis-je ? » L'homme rouge ne répond pas. Il semble hésiter. Il plonge une de ses mains dans le sac et en sort une espèce de petit boitier. C'est un biper. Il le lui montre.

« Si tu as besoin de quoi que ce soit, tu peux me contacter en appuyant ici. » Il presse un petit bouton se situant sur le côté de la machine qui se met à vibrer. 

- Qui... Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous me voulez ?

- Moi ? Rien de mal. Je vous protège en fait. Les autres ? Ils ont peur de vous, étrangement. Et je ne peux garantir votre sécurité si vous vous retrouvez entre leurs mains.

- Mais ? De quoi vous parlez, bon sang ! Vous êtes un de ces malades qui a tenté de me faire frire la cervelle ?

- Eux oui, moi non. Je vous l'ai dit, je ne vous ferais pas de mal. »

La peur s'évapore peu à peu, laissant part à une grande frustration. Lisa ose s'approcher de l'homme et le défie en se posant devant lui à quelques centimètres à peine de son visage. Elle appuie chaque mot qu'elle lui crache presque à la figure : 

«  Qui. Êtes. Vous. Monsieur ? » 

L'inconnu lui sourit avec une infinie tendresse, ce qui déstabilise complètement la jeune femme. L'inquiétude revient à la charge. Elle doit avoir devant elle un fou à lier qui va certainement lui faire du mal. Mais, avec des gestes doux, il pose ses mains sur ses épaules et lui chuchote d'une voix remplie d'émotions : 

« Je suis tellement heureux de te voir enfin, ma fille ! »

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