Dimanche

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Il est deux heures du matin.
Aussi étonnant que ça puisse paraître, je dors.
J'ai passé la journée à penser à ce que j'allais dire à Éléa quand je la reverrai, et j'ai fini par me décider : je lui expliquerai simplement qu'on ne peut pas continuer à être amis parce que je l'aime, et que je ne peux plus vivre en faisant semblant qu'il ne s'est jamais rien passé entre nous. Je me suis endormi l'esprit tranquille, songeant que ce n'était pas si compliqué que ça, finalement.
Soudain, mon téléphone sonne, hurlant dans mes oreilles. J'ouvre à peine un oeil et parvient à attraper mon portable à taton sur ma table de chevet. Je décroche.
— Allô ? Dis-je d'une voix endormie.
— Nico ! S'exclame la voix derrière le fil. J'ai besoin de toi !
— Éléa ?
Je grogne. Il est deux heures du matin, bon sang !
— Tu vois Théo ? Murmure t'elle. Celui avec qui j'avais un date ?
— Oui ?
Je sens l'inquiétude monter doucement en moi tandis que le silence s'installe entre nous.
— Éléa, que se passe-t-il ? Lance-je, mon cœur battant bien trop vite.
— Je suis allée chez lui...
Je fronce les sourcils. Ce n'est pas le moment d'être jaloux, je le sais.
— Et, continue t'elle d'une toute petite voix, il m'a virée...
J'ouvre de grands yeux.
— Il t'a virée ??
Je sens son malaise à travers le téléphone.
— Eh ben, hésite t'elle, il avait l'air de bien m'aimer, et puis, d'un coup, il m'a demandé de partir.
— Et tu lui as obéi ?!
— Qu'est-ce que tu voulais que je fasse ?
Je hausse les épaules. Elle n'a pas tord.
— Bref, souffle t'elle, je suis toute seule dans la rue, il fait nuit, je meurs de froid et...
Je n'attend pas la suite. Je me lève en vitesse et enfile mes chaussures avant de sortir dans la rue en pyjama.
— Tu es où ?
Elle me dit le nom de la rue et je réalise que c'est plutôt loin. Au moment où j'arrive vers ma voiture, je me rends compte que j'ai oublié les clés. Pas le temps de remonter chez moi, j'attrape un vélo qui traîne et l'enfourche, puis je pédale aussi vite que me le permettent mes muscles. Mon cœur bat à cent à l'heure. Et si il lui arrivait quelque chose ? Ce serait ma faute. J'aurais dû la protéger, au lieu de lui faire la tête comme un gamin. Je manque de casser les pédales tant je vais vite. Je vole dans le vent nocturne, regardant à peine devant moi.
J'aperçois enfin la bonne rue et accélère encore jusqu'à ce que une silhouette se dessine devant moi. Je frêne brutalement et laisse tomber mon vélo pour me précipiter vers Éléa. Elle est vêtue seulement d'une fine robe de soirée, alors j'enlève mon sweat et le lui donne.
— Merci, souffle t'elle.
Elle ne va clairement pas bien. Je lui prend doucement les mains.
— Je suis désolé, murmure-je, j'aurais dû venir plus vite...
Elle secoue doucement la tête, avec un petit sourire triste, pour me dire que ce n'est pas ma faute.
— Viens, on rentre au chaud, lui dis-je.
Je ramasse le vélo. Éléa s'assied tout devant, et je me tasse contre elle, mes bras entourant ses épaules pour attraper le guidon.
Je pédale doucement, cette fois ci. Je ne veux pas qu'elle se fasse mal. Bien sûr, Éléa a toujours été une femme forte, et elle n'a en rien besoin de moi pour la protéger, pourtant je ressens un besoin pressant d'être là pour elle, toujours.
Elle tourne sa tête vers moi, ses cheveux volant dans le vent, et un petit sourire reconnaissant se dessine sur son visage. Je sens mon cœur se remplir de chaleur à la vue de ce sourire qui m'avait tant manqué. Je le lui rend, et nous passons le reste du trajet sans rien dire, collés l'un contre l'autre, profitant du vent sur nos visages.
Lorsque nous arrivons, je repose le vélo là où je l'ai trouvé, et remonte à mon appartement avec Éléa. Elle semble toujours un peu remuée. Je lui fais une place dans mon lit et vais dormir sur le canapé du salon.
Je me rends compte que j'ai oublié mon doudou baleine sans lequel je ne peux pas dormir. Je me faufile à pas de loups jusqu'à ma chambre. Éléa est profondément endormie, recroquevillée sous ma couette. Je souris doucement. Ce n'est pas la première fois que je la vois dormir, et elle est aussi craquante qu'à cinq ans. Je songe que tant pis pour la déclaration, tant qu'elle est heureuse...
Éléa serre mon doudou baleine contre son cœur, et je songe d'abord à tenter de le reprendre, mais je ne veux surtout pas la réveiller. Tant pis, j'essayerai de dormir sans.
Je m'allonge sur le sofa et enfonce ma tête dans l'oreiller. Puis, lentement, mes paupières se ferment et le sommeil m'emporte.

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