Chapitre 4. Stan.

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Je me réveille, il est déjà 7 heures, j'aimerais mieux prolonger mon sommeil d'une heure ou deux mais je n'ai pas le choix, le mercredi, avec le mardi sont mes pires journées, que des gros cours de deux heures jusqu'à 18 heures. Mais si on est bien mercredi, c'est que je n'ai pas rêvé, Enzo et moi on a interragi avec Camille, c'est même elle qui est venue nous parler, deux fois. Avant-hier, je me suis incrusté à son cours d'archéologie parce que je n'avais rien de prévu et qu'il voulait sécher si je ne venais pas avec lui. Au bout d'une heure, alors que j'avais soif, la prof en charge du cours s'est plantée devant notre partie de l'amphi pour dire à certains de respecter son cours, et étant donné que personne ne parlait devant, je me suis retourné et j'ai eu la surprise de tomber pile sur le visage de Camille. Ses yeux verts et ses joues un peu rosies, son air un peu sérieux. Cela ne me surprends pas qu'elle soit du genre bavard et à être sur son téléphone avec son amie plutôt que suivre le cours. J'ai eu l'impression qu'on se regardait pendant longtemps mais quand Enzo m'a touché l'épaule pour que je l'écoute raconter un truc rapidement, j'ai aussi eu l'impression que c'était trop court. Il est le seul à qui j'ai parlé de ce que je ressentais potentiellement pour Camille après avoir échoué a passer à autre chose. Yahn est probablement au courant, mais au début, je savais qu'il serait plus du genre à se moquer de moi plutôt que m'aider. Je l'ai alors prévenu qu'elle était là et qu'il m'avait jamais dit qu'elle suivait le même cours il a regardé derrière lui et m'a dit qu'il ne savait pas, l'amphi est grand et elles ne s'étaient jamais faites remaquer avant et puis il m'a dit qu'elle nous regardait encore. A la sortie du cours on a eu une interaction bizarre mais c'est vers 13h pendant qu'on mangeait tous les trois qu'il n'y avait plus de doute, cette fille s'adressait à nous pour la troisième fois. Yahn s'est tourné vers moi et m'a dit "Attends, attends, elle vient vraiment de nous dire "bon appétit" là ?" et ce n'était pas méchant il était juste surpris et moi aussi d'ailleurs. Enzo m'a donné une tape discrète et j'ai répondu que oui c'était à nous qu'elle avait parlé. J'ai dû révéler à Yahn mon intérêt pour elle et la matinée qu'on avait passée. Et au lieu de se moquer de moi il a lancé un regard à notre ami et m'a dit en me tenant par les épaules ; "Fonce, si tu as une chance, peut-être qu'une de ses copines s'intéressera à nous aussi".

Je savais bien qu'il disait pas vraiment ça pour m'encourager s'il a une idée derrière la tête. On est surtout amis parce qu'on fait du sport ensemble et qu'on se connait depuis longtemps, et il est aussi celui qui me décoince de temps en temps. Mais surtout, c'est mon ami car Enzo s'entend bien avec lui et donc je l'accepte. Et puis ça ne peut pas me faire de mal d'avoir un ami en plus. Tout ça pour dire que si je l'ai beaucoup vue lundi, ça ne risque pas d'arriver aujourd'hui. Le mardi et le mercredi je ne la vois quasiment jamais, par contre je suis en cours avec son amie Héloïse, celle qui me colle en classe. Je regarde mon placard pour trouver quoi mettre aujourd'hui et je me rappelle que maintenant que j'ai l'attention de Camille, je devrais peut-être faire attention à ce que je mets. Et une petite voix dans ma tête ne se retient pas de me souffler qu'elle ne m'a parlé que lundi dernier sur toute sa vie et aussi que ce n'est pas en m'habillant autrement que je rivaliserais avec le mec sportif et tactile qui est souvent avec elle. Avec un soupir, je décide de rester comme d'habitude, avec un jean bleu et un tee-shirt prit au hasard qui finira de toute façon caché sous un pull un peu large. Je vérifie que toutes mes affaires sont dans mon sac et sors de ma chambre, je m'arrête dans le salon pour mettre une pomme et une barre de céréales dans mon sac et après un regard circulaire sur la pièce, je choppe un post-it pour rappeler à mon coloc qui dort encore que c'est sa semaine pour les corvées. J'enfile mon manteau et mes baskets noires et sort en verrouillant la porte.

Sur mon trajet, je mange ma pomme, en jurant intérieurement contre la température extérieure. Il fait froid et j'ai mal aux doigts, le vent souffle désagréablement sur mon visage. Je rabats ma capuche et marche plus vite. Heureusement quand j'arrive dans la salle il reste quelques places de disponibles et notre professeur n'est pas encore arrivé. La salle se remplit avec les minutes, et il ne reste qu'un place devant moi, deux personnes s'étant assises à mes côtés. J'en suis presque mal à l'aise car ces deux filles sont entrées en discutant et on du se séparer a cause de moi. Et puis, un parfum familier, beaucoup trop fort, ce mélange bizarre de café noisette, parfum fruité et shampoing de qualité me fait relever la tête. C'est Heloïse qui s'empresse de s'assoire maladroitement gênée par son café, son sac et son téléphone dans les mains alors que notre enseignant rentre dans la salle sans s'excuser de son retard.

Sans autre formalités qu'un bonjour bref, il nous demande de sortir nos dissertations maison et notre livre d'étude. Mon devoir était déjà sorti mais je me rends compte que j'ai oublié mon livre, mes deux voisines l'ont mais je n'ose pas demander de partager et je me murmure une réprimande. Et puis sous mes yeux un livre apparaît, avec la main d'Heloïse qui me lance un "Dure matinée hein ?" avant de se retourner et demander à son voisin de partager, prétextant l'oubli de son livre. Je n'ai pas le temps de me demander ce qu'il vient de se passer que le prof pointe du doigt au hasard des élèves qui doivent lui rendre leurs travaux et sans surprise ça tombe sur moi. Quelque part, je suis content, mes efforts ont payés et mon énergie du weekend n'a pas servie à rien. J'espère simplement que mon travail ne sera pas trop mauvais à ses yeux.

Après avoir fait circuler les disserations concernées, on se lance sur l'étude d'un chapitre et j'ouvre le livre que ma binôme habituelle m'a passé, je tombe sur son marque-page et reste presque bouche-bée. Son marque-page est intitulé "en cas d'urgence" et liste des numéros de téléphone, respectivement associées à "Maman", "Camille", "Cindy", "Leslie", "Servane" et "Maya". Je reste bloqué sur un prénom et je me demande si elle vient vraiment de m'offrir son numéro sur un plateau d'argent. Saississant ma chance, je le griffonne au milieu de mon cours, pour qu'elle ne le remarque pas si elle jette un coup d'oeil à ma copie à la fin du cours.  Je n'ai pas le temps de plus y penser vu que je dois veiller à bien suivre ce cours de littérature pour pouvoir avoir de la matière pour le partiel en janvier.

On analyse ainsi les personnages, les scènes, les effets dramaturgiques jusqu'à ce que 10:00 s'affiche en bas du tableau et qu'une bonne partie des élèves à déjà rangé ses affaires. Je pousse le livre sur le coin de ma table et range ma trousse et ma pochette de cours, m'attendant à ce qu'elle le récupère et parte sans un mot. Je me suis trompé, et la voilà se balançant sur sa chaise pour s'appuyer sur mon bureau, à moitié tournée vers moi. Les boucles de ses cheveux chatains se balancent aussi contre son cou, sous ses oreilles, et je me force à accrocher ses yeux marrons pour lui addresser la parole :

  • Merci de m'avoir dépanné, annonçais-je en poussant le livre vers elle.
  • Hmm, de rien... Mais ça vaut une séance d'aide pour cette matière...

Elle a l'air sérieuse, je la regarde un peu confus, et ça doit être écrit en majuscules sur mon front puisqu'elle ajoute  :

  • S'il te plait Stan ?
  • Euh, oui, quand tu veux... répondis-je abasourdi cette fois-ci, déstabilisé par son ton et le surnom.
  • Super !

Et puis elle me fait glisser son téléphone ouvert sur la création d'un nouveau contact sur WhatsApp que je remplis sans poser de questions. En appuyant sur enregister, avant de relever la tête vers elle a nouveau, j'apperçois un groupe où le dernier message vient de Camille. Je frissonne, perturbé par cette interaction. Et puis mon vis-à-vis se lève ses affaires déjà rangées, livre en mains et par sans un autre mot dans une effluve de parfum fruité et produit pour cheveux plus estompé et sans le café que deux heures auparavant.

Et voilà je suis maintenant en retard pour mon deuxième cours, littérature et cinéma ; heureusement les exposés débutent aujourd'hui alors avec du recul je me rassure d'avoir eu du mal à suivre. Lors de la pause du midi, je prends mon mal en patience dans la file d'attente à rallonge, perdant espoir d'avoir le temps de manger avec mes amis. Je regarde mon téléphone une énième fois pour vérifier l'heure et je vois que j'ai trois messages, je déverrouille mon portable et tombe sur un numéro inconnu. Le premier fait mention du cours de littérature sur Molière et de redevance avec des émojis qui tirent la langue et qui rient, le second de plusieurs horaires et le troisième d'une adresse. Un quatrième message apparait "Oups au fait c'est Héloïse". Je souris, faisant quelques pas dans la file. Evidement que c'est toi, tu es la seule à qui je parle dans ce cours et à qui j'ai donné mon numéro. Je me retiens de lui répondre ça et copie l'adresse pour voir où c'est sur une carte. On m'indique un immeuble. Je lui réponds alors, choississant samedi en fin de semaine et lui demandant des renseignements supplémentaires sur l'immeuble. Avec une réactivité étonnante, j'ai une nouvelle notification, elle m'envoie des numéros et un code et je la remercie. Au bout d'une trentaine de minutes à piétiner, c'est enfin mon tour et comme je l'avais estimé, je mange seul. 

Je me rends à mon prochain cours en amphithéâtre pour un cours d'histoire littéraire sur le Moyen Age et je soupire, je n'aime pas cette prof mais tant pis. Je suis dans les premiers et je m'installe contre un mur à droite dans les rangées du milieu. Je sors mes affaires et quelques feuilles supplémentaires et j'écris quelques lignes d'une histoire que j'ai en tête en attendant que la prof arrive. Un trio de filles passe et s'assoit dans les premières rangées de l'amphi. Concentré je ne remarque pas qu'il s'agissait de Camille, Leslie et Maya. Je suis le cours d'une oreille, lassé des lectures de textes en ancien français et à la fin je quitte la salle dans les premiers. 

J'ai un début de migraine en arrivant pour les deux dernières heures de la journées qui plus est pour un cours de littérature comparée. Je passe les deux heures mon front dans les mains et la seule chose d'écrite sur ma feuille indique à mon moi futur de rattraper ce cours avec les ressources en ligne. Je rentre chez moi en bus tellement j'ai mal à la tête et arrivé dans l'appart je ne regarde même pas si mon coloc à fait sa part et vais m'affaler sur mon lit les yeux fermés. Quand je me réveille, je vais mieux, mais il est minuit passé. Je me lève pour aller chercher à manger quelque chose de discret comme un yaourt, un fruit, n'importe quoi. Je suis un peu surpris de voir de la lumière dans le salon, et tombe sur mon colloc qui se défonce les yeux avec son ordi dans le noir à regarder une série avec son casque. J'ouvre le frigo et sors finalement un pot de compote car c'est moins gras pour un encas du milieu de la nuit. 

  • Hey mec ! m'interpelle mon coloc, une main sur le coeur, le casque posé que sur une oreille.
  • Pardon si je t'ai dérangé, dis-je à la fois sincèrement et lassé.
  • Ahah non t'inquiète c'est juste moi tu m'as surpris. Si tu veux t'as une pastabox pour toi dans le frigo.
  • C'est à dire ? Je demande, méfiant, car c'est la première fois qu'il me propose à manger et je sais très bien que je n'ai pas acheté ça.
  • Oh c'est le livreur qui m'a bassiné avec son deuxième plat offert pour l'écologie je sais pas quoi de pas gaspiller. Bref j'allais refuser quand je me suis rappellé qu'il était presque 21h et que t'étais pas sorti de ta piaule, et bah j'te laisse si tu veux. Explique t-il en haussant les épaules.
  • Merci mec, répondis-en copiant son tic de langage.
  • Bonne nuit mec, me salue t-il avant de quitter le salon.

Je rouvre le frigo et prend le plat de pates avant de l'observer avec incrédulité. Qu'est ce qu'il se passe aujourd'hui ? Toutes mes interactions sont lunaires. Depuis quand Samuel est-il prêt à délaisser un plat offert supplémentaire et remarque que je ne suis pas venu me faire à manger ? Et c'est moi où il m'attendait dans le salon pour me dire ça ?  Je mange mes pates et je suis ravi qu'elles aient été là, j'aurais été moins satisfait avec simplement de la compote. En rentrant dans ma chambre je prends un billet de cinq dans mon porte monnaie et le laisse avec un nouveau post-il dans le salon, là où celui de ce matin à disparu dans la poubelle. 

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