Regard...

2 minutes de lecture

Je la regarde, cette femme plus tout à fait jeune, au visage un peu fripé...

Les cheveux sel et poivre, dissimulés sous un colorant bon marché, « brun naturel » comme indiqué sur la boîte...

Quelques kilos en trop, religieusement combattus par des régimes éphémères, quand ils ne sont pas tout simplement oubliés...

Je la regarde, assise tranquillement dans mon canapé.

Elle me regarde avec son sourire en partie édenté...

Lundi, elle me disait qu’elle avait cassé son appareil dentaire en faïence...

Mardi, que son dentiste n’avait pas encore terminé... les travaux...

Jeudi, que de toute façon, à soixante-quinze ans, elle n’en avait plus besoin...

Je la regarde, ma mère au visage fatigué. Et je constate le temps passé...

Dans mon esprit, je vois encore cette femme mince préparer des gâteaux, des yaourts maison...

J’entends les rires de mes frères et je sens presque l’odeur du bonheur lorsque nous étions tous réunis autour de la table, aux repas du soir...

Je me souviens de mes premiers émois, conseillés par sa douceur, consolé dans ses bras lors de mes premiers chagrins...

Je l’ai vue tomber face à l’adversité, trébucher dans la vie, mais jamais je ne l’ai vue abandonner...

Je regarde cette femme, simplement assise en face de moi, et je constate le temps qui passe...

Je me retourne sur le chemin parcouru et je revois les moments de joie ; je vois aussi la tristesse marquer son visage...

Seule sur mon canapé. Seule, abandonnée. Vivante parce qu’obligée...

Elle me regarde de ses yeux malicieux, comme si la manœuvre m’était inconnue...

Je la connais comme si elle m’avait fait...

Je suis l’aîné. Mes frères ont tracé leur route sans se retourner...

Je la vois assise en face de moi, souriant poliment, cachant son désespoir...

Seule. Abandonnée.

Je la regarde, cette femme redevenue chérubine. Elle me voit...

Elle me voit comme on regarde son enfant...

Je l’observe changer sur la ligne du temps...

Plus je la regarde, plus je vois le poids de la vie sur ses épaules...

Je la vois, ma mère, et nos cœurs battent à l’unisson...

Je souris avant qu’elle ne parte...

Elle me regarde... et sourit...

Bonne fête, Maman...

Annotations

Vous aimez lire Goupil ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0