3

6 minutes de lecture

Hôte : Mizuki ; 04h18 – Chambre de Mizuki, maison des Ashura, Hanakaze

Pendant un cours instant, le prénom de Naya me parvient, mais il ne se rattache à rien de tangible et me voilà à observer de nouveau. Ses mains appuient fermement sur le sol pendant que son pied droit impulse une poussée légère. Ses jambes s’élèvent avec fluidité vers le plafond créant ainsi une transition entre l’uttanasana et l’adho mukha vrksasana. Ses deltoïdes et triceps tiennent la charge de son poids sans tremblements.

— Est-ce que Kuroki a pu t’offrir ta nouvelle épée ?

D’une voix calme et limpide ses mots se forment malgré l’effort.

— Pas encore, ces commandes s’accumulent en ce moment.

Son regard se fixe sur le tapis et ses sourcils se relèvent…

Cette tache était là avant la naissance de Michel… Ça m’a toujours intriguée.

Sa pensée fait ressurgir un souvenir impersonnel en moi. Quinze ans plus tôt… Émilie se lève en soutenant son ventre, mais soudain, elle perd les eaux. Son hurlement attire immédiatement Yumi et Annie, qui entrent dans la chambre avec rapidité. Cet instant est celui d’une naissance… Celle de Michel… Comment disait cet homme… Chaque histoire commence par… Qu’importe… Cette donnée n’appartient pas à mon Chishiki et n’est pas non plus reliée à Mizuki où Michel… Il est possible que ce soit lié à un observateur conçu de mon vivant, mais impossible de l’identifier. De plus, en théorie, il n’aurait pas survécu à ma mort physique et enfin, il devrait être numéroté, mais tout me ramène au prénom de Hana. Brusquement, Mizuki, poussent avec ses doigts sur le sol et son corps se lève encore plus.

— Le fraisier de Samuel était absolument délicieux !

— J’ai vu ça ! Une fille un peu trop gourmande en a englouti la moitié.

Sa voix est vive et son sourire serein, tandis que celle de Michel devient traînante. Il ne faut pas que mes pensées deviennent trop envahissantes sur mes observations. Mon rôle est d’observer pour mon Chishiki et non de faire des hypothèses. Soudain, son visage grimace et ses sourcils se froncent.

— Ce n’est pas ma faute si on n’en mange pas souvent.

— Mieux vaut se modérer pour ne pas rendre fades ce que l’on aime.

— Papa m’a dit exactement la même chose ! Donc, hier, je lui ai demandé d’acheter une brioche.

Ses lèvres s’étirent en un large sourire, tandis que Michel se met à rire sans retenue. Mizuki le rejoint dans ce même geste social, tandis que l’air encore frais refroidi doucement dans sa chambre.

— Tu es vraiment incorrigible !

— Toi aussi tu es gourmand ! Rappelle-moi qui prend toujours les plus gros morceaux de viande ?

— Toi, évidemment ! Tu manges comme quatre.

Un silence entre eux est comblé par le bourdonnement des firins qui virevoltent en permanence… Ses joues rougissent faiblement pendant que le clapotis des aquinas résonnent en harmonie.

— Mauvais exemple !

Ses jambes redescendent vers l’avant pendant que son dos se voûte. Elle transite ainsi de l’adho mukha vrksasana au chakrasana. Chaque muscle de son corps s’étire… Son ventre émet un faible gargouillis qu’elle décide d’ignorer. Sa respiration reste maîtrisée, chaque inspiration est courte et ses expirations lentes. Cela me permet de réfléchir à l’absence de technologie moderne… Sûrement lié à un événement majeur, car on remet rarement un calendrier à zéro surtout au vu de l’établissement du grégorien.

Il y a cependant plusieurs causes possibles : que ce soit la guerre, des événements climatiques, un événement culturel radical… Dans tous les cas, l’an 2706 est l’année de ce changement. Cela est très clair dans ma mémoire sémantique.

— On a de la chance d’avoir Éline et Samuel.

Michel s’exprime fermement, mais sa voix reste calme. Cela me ramène à mes observations. Un moustique entre et se pose sur la poitrine dénudée de Mizuki qui ne réagit pas.

— C’est vrai, ces pâtisseries sont exceptionnelles !

— Sans parler de la viande fraîche que prépare Éline à la boucherie.

— Dire que c’est moi que tu traites de gourmande !

— On l’est tous un peu au fond. Au fait, tu crois que le bébé d’Éline va naître bientôt ?

Ses yeux se ferment tranquillement et son ouïe se fixe sur la voix de son frère.

— Yumi m’a dit que c’est pour dans trois mois.

— C’est une bonne nouvelle. Tu sais comment ils vont l’appeler ?

Le jeune homme marque une courte pause et son souffle est calme. Le bruit de la page qu’il tourne parvient à Mizuki malgré la séparation de leurs chambres. Il est évident que ses sens sont beaucoup plus développés que ceux d’un humain… Cela pourrait être lié au fait qu’elle est une Hahaoya. Tout du moins uniquement du côté maternel, il reste donc la génétique paternelle qui me manque pour comprendre. Dans tous les cas, avec une expression curieuse, elle maintient sa posture.

— Non, et toi ?

— Je crois qu’ils hésitent encore.

Le moustique marche sur elle, mais elle ne bouge pas… D’un regard calme, ses yeux observent ses pattes bouger en tripode, puis ses antennes denses et duveteuses. Lentement, elle fixe son rostre court et ses lèvres s’étirent.

C’est un mâle ! Ils ne piquent pas.

Ses muscles se tendent avec calme… Brusquement, un bruit sourd provient de la chambre son frère.

— Ça va ?

Tandis que l’intonation de Mizuki prend un tempo plus lent, il soupire profondément.

— Oui, rien de grave.

— Qu’est-ce qui c’est passé ?

— Le pied de ma chaise à craquer, mais je peux le réparer.

— Il était ver… ver… mou… euh…

— Oui, vermoulue.

Mizuki reprend une position droite face au miroir et sourit légèrement.

— Désolée… J’oublie parfois certains mots.

— C’est normal.

— Vraiment ?

— Oui, ça m’arrive également. Les mots, les prénoms, ça dépend de nombreux facteur.

— C’est bizarre d’oublier…

— En effet.

Toujours aussi brusquement, ses sensations s’effacent et mes perceptions se connectent aux sens de Kenji. Ces transferts de conscience sont extrêmement rapides et ne dépasse pas l’ordre de la nanoseconde. Toutefois mon ERA descend à chacun d’eux, mon Chishiki n’agit toujours pas.

Hôte : Kenji ; 04h24 – Boulangerie de Hanakaze, maison des Ariin

Me voilà à percevoir son souffle irrégulier, mais sa posture reste droite. Son regard serein observe les étagères garnies de multiples pâtisseries et de pains variés d’où proviennent les effluves sucrées qui se mélangent avec subtilité aux odeurs grillées et fermentées. Devant lui, Samuel est accoudé derrière le comptoir. Le bois se consume lentement et les braises crépitent dans le four en brique.

— Qu’est-ce que je te sers ?

— Une brioche, pour ma fille gourmande.

— Elle ne va pas faire long feu avec Mizuki.

Ses lèvres s’étirent pendant que le boulanger se tourne vers l’étagère avec assurance…

— Cette coupe au bol ressort parfaitement avec tes cheveux frisés.

Sa voix prend un ton doux. Samuel saisit une grosse brioche dorée et la glisse dans un sac en toile.

— C’est Éline qui me l’a faite hier et je compte bien la gâter ce soir.

Il dépose tranquillement la brioche sur le comptoir, tandis que d’une main calme, Kenji lui remet dix pièces de bronze. Son sourcil gauche se soulève alors que le regard insistant de Samuel le fixe.

— Pourquoi me dévisages-tu ainsi ?

— Savais-tu qu’Annie possède des produits pour les cheveux grisonnants ?

— Ça ne me dérange pas de vieillir.

— C’est bien de savoir s’accepter comme on est.

D’un geste contrôlé, Samuel réajuste sa charlotte, puis secoue la farine sur son tablier blanc pendant que d’un œil attentif, Kenji fixe le regard noiraud du boulanger-pâtissier.

— Quelque chose a l’air de te perturber ?

Tout en poussant un soupir calme, Samuel soutient le regard de mon hôte.

— Je me demande juste si mon enfant sera comme sa mère.

— C’est vrai que ta femme est l’opposée de ma fille sur la nourriture.

— Exact ! Je ne veux pas forcer Éline, mais cela m’a toujours inquiété.

— Tu devrais peut-être essayer un autre type de pâtisserie.

— C’est une bonne idée ! Je vais y réfléchir.

— Parfait, c’est le bon état d’esprit !

— Je commencerai dès ce soir après avoir fait le ménage. Je sais qu’elle aime ce qui est pimenté.

Soudain, la clochette tinte vivement et la porte s’ouvre en fracas. Kenji se retourne calmement. Sonia s’approche du comptoir d’un pas déterminé, puis claque ses mains dessus. Samuel lui sourit.

— Qu’est-ce que je te sers, une gourmandise ?

— Des gâteaux secs aux fruits ! J’en veux un plein sac… Non, deux !

Il fixe tranquillement Samuel, qui commence à servir Sonia…

— Je vais rentrer !

— D’accord ! Passe une bonne journée.

Puis, observe la jeune femme avec un sourire en coin.

— Ne mange pas trop, on a un long trajet tout à l’heure.

— T’inquiète pas ! Je fais juste le plein pour la route et mon petit déjeuner !

Encore une fois, ses sensations s’effacent et mes perceptions se connectent aux sens de Shana.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire MirinaIshiki ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0