6
Hôte : Linda ; 04h36 – Bibliothèque de Hanakaze, maison des Mayer
Mes perceptions se connectent donc cette fois au sens de Linda… Sa queue de cheval effleure sa nuque lors de légers mouvements de tête, ses doigts guident avec fluidité la pointe d’une plume sur le papier jauni du livre. Doucement, son geste s’arrête… Du bout de l’index gauche, elle réajuste ses lunettes. Cela me permet de constater la rédaction déjà établie d’une fiche entomologique sur le firinus, auquel semble s’ajouter un poème.
« Firinus est ton nom savant, mais firin est bien plus commun. Minuscule insecte nocturne, volant haut dans le ciel. Tu éclaires nos nuits telle la lune en miroir, mais te caches du soleil avant même son lever lumineux. Pourtant, aucune température ne te gêne. Cher ovipare si mignon, c’est toujours agréable de te rencontrer. Surtout quand, ensemble, pour nous, vous jouez cette douce mélodie qui nous fait rêver et vous permet de communiquer. Si tu te nourris, les plantes te remercient, car dans votre lien commun, elles aussi mangent bien. »
Sa main droite porte la pointe dans l’encrier ; cela me permet de réfléchir un instant… Certaines caractéristiques me rappellent la luciole. Il y a également les buprestes et les cicindèles champêtres qui me viennent à l’esprit. Le firin est sûrement issu d’un couplage génétique réalisé en laboratoire avec les avancées sur la transgenèse. Le but final est sans nul doute écologique : gestion de la pollution lumineuse, renforcement des plantes via un lien symbiotique nutritionnel. Quelqu’un nommait cela la chaîne alimentaire à double sens… Impossible de me rappeler qui en parlait, même si le prénom de Mirina me semble important. Voilà que la plume revient sur la page en chanvre.
« Tu as six pattes, quatre ailes, une paire d’antennes, deux yeux noirs, le tout sur un corps allongé. Ta couleur oscille entre bleu et vert, écarlate pour ta reine. Une pointe fine termine ton abdomen. Cher ovipare d’une seule année, je te souhaite une bonne journée. »
Elle relève son regard sur le jeu d’ombres et de lumières produit par la flamme de la lampe à huile, qui éclaire la modeste pièce aux fenêtres closes. Chaque mur est rempli d’étagères pleines de livres, et au centre, les chaises sont rangées sous les tables pour offrir un espace dégagé et spacieux. Son bureau est couvert de diverses notes, mais tout reste organisé. « Écrire m’offre l’incroyable liberté des possibles ; la plume est mon reflet et rien ne l’entrave. » Sa bouche s’ouvre dans un long bâillement, tandis qu’elle étire ses bras en avant. « Je me demande si Michel apprécie le livre que je lui ai offert hier. D’ailleurs, j’espère que les révisions de Mizuki vont lui servir. Il y a des chances pour qu’elle en ait oublié une partie. » Avec un large sourire, Linda s’étire une nouvelle fois avant de reprendre son écriture. « Allez, j’ai encore du travail… Il faudra aussi que j’aille réveiller Noémie. En plus, Amélia nous a invitées pour manger cette après-midi… »
Ses sensations s’effacent avec cette pensée… me voilà donc de nouveau seul. Voyons, le prénom de Mirina m’est revenu… Cependant, cela ne provient pas de ma mémoire sémantique, c’est bien un microscopique fragment de la partie épisodique. Une autre classification s’impose, disons le bleu.
Il sera aussi utile de faire des points récapitulatifs réguliers pour éviter les confusions. Après tout, comme le disait… Ah… impossible de me souvenir de son prénom… Qu’importe, il disait : les histoires se poursuivent et se croisent, tandis que de nouvelles s’y ajoutent. Tissant lentement la vaste toile complexe, comme une araignée patiente et méthodique. Une trame fragile, mais dense, où chaque fil compte… La rupture d’un seul pourrait emporter l’ensemble dans le silence. La beauté, tout comme le malheur, vient de la diversité. Bien que le concept soit simplifié pour donner une image, c’est un rapprochement de la réalité active. Le principe de cause à effet. Ceci est un fragment bleu…

Annotations
Versions