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Hôte : Michel ; 05h28 – Cuisine, maison des Ashura, Hanakaze
Mes perceptions sont déjà connectées aux sens de Michel. Ce goût sucré, puis cette saveur amère… C’est un contraste gustatif… Un fragment bleu me revient de ce liquide chaud que l’on boit souvent le matin. Il me dégoûtait, pourtant depuis la sensation gustative de mon hôte, étrangement le café est agréable. D’un regard, il observe son père saisir la hanse de sa tasse en terre cuite, ébréchée sur le haut, et lui affiche un large sourire.
— Qu’est-ce que tu as prévu de faire aujourd’hui ?
La voix de Kenji est énergique, mais calme. Il boit tranquillement une gorgée pendant un moment de silence où Michel pose sa tasse en douceur et joue légèrement avec.
— Kuroki a reçu une commande de la famille royale et je vais récupérer du minerai pour lui.
— Comment vas-tu t’y prendre ? Le minerai d’argent est cher en ce moment.
Les lèvres de Michel commencent à s’ouvrir, ses épaules s’abaissent, ses sourcils se relèvent.
— Comment as-tu deviné ?
— En discutant avec Kuroki.
Ses lèvres s’étirent, puis il reprend une gorgée en fixant le regard détendu de son père.
— Je vais aller à la grotte de Forgiennel.
— C’est une bonne idée ! Après tout, Hanakaze était un village minier autrefois.
— C’est pour ça que je pense qu’il devrait rester des ressources.
— Au fait, ta sœur n’est pas très matinale ce matin ?
— Elle est levée depuis longtemps, pourtant.
— Sa routine sportive ?
— Oui… Elle voulait aussi travailler une chanson.
Ma connexion sensorielle passe brusquement sur Kenji… Cela me permet de voir les lignes fines de son fils. Ses cheveux noirs, ses lèvres douces, semblables à celles d’Émilie. Son grand nez, les traits anguleux de son visage me rappellent son père. Sa musculature bien développée reste cependant plus faible. Un souvenir me revient… l’an 405, il tient son bébé dans ses bras. Ses vêtements sont tachés de sang, sa fatigue musculaire est évidente. Yumi le regarde avec attention.
— Je suis désolée… je…
— Ce n’est pas ta faute…
Une larme coule sur la joue de mon hôte, la main ferme de Henri se pose sur son épaule.
— Émilie était une femme exceptionnelle.
— En effet, mais je dois veiller sur notre enfant et ce village pour elle désormais.
— Tu comptes reprendre son rôle de chef ?
— Exact.
Encore en larmes, Annie s’avance vers lui.
— On sera avec toi…
— Merci… Pour l’instant, j’ai juste besoin d’un moment seul avec mon fils
— Je comprends…
Alors qu’il serre l’enfant dans ses bras musclés, me revoilà dans le temps présent. Ce souvenir était vécu depuis les sensations de Kenji. Aucun doute, un observateur m’a bien précédé dans ce village, et il était très ancien en termes d’existence. Trop pour que ce soit logique, quelque chose ou quelqu’un a dû le maintenir en vie… Hana… Il est difficile de ne pas être certain…

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