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Hôte : Shana ; 06h17 – Chemin forestier, ouest de Hanakaze
Il semble que mes perceptions soient connectées aux sens de Shana. Un craquement sur une branche la fait sursauter, ses paupières s’ouvrent rapidement.
— Je me suis endormie…
Ses index glissent sous ses yeux, puis ses mains passent sur son visage. Son souffle sort dans un long soupir avant que son regard ne scrute la forêt environnante. Quelques oiseaux chantent dans leurs nids pendant que la brise fait bouger les feuilles des arbres. Non loin, un sanglier renifle le sol avant de le gratter ardemment et des marcassins l’imitent. Plus loin sur la droite, une biche dévore goulûment de jeunes pousses. Sur sa gauche, un renard se faufile dans un buisson et tient entre ses crocs serrés un lièvre ensanglanté. Les braises crépitent, ses paupières se ferment, puis se rouvrent brusquement. « J’ai encore failli m’endormir… » D’un geste ferme, elle se pince le bras… « Aïe », puis approche ses mains du feu. « Au moins, je ne suis pas en plein rêve… »
Sa douleur s’est glissée au milieu de mes pensées… Il me faut rester attentif… Les secondes s’écoulent lentement, son estomac gargouille doucement. Sa langue glisse sur ses lèvres, elle mord celle inférieure. « Maman a sûrement déjà ouvert le restaurant… Ses petits plats délicieux doivent mitonner sur les fourneaux… J’aimerais être avec elle, comme autrefois pour cuisiner… » Soudain, sa tête bascule machinalement de droite à gauche.
« Non ! Ma priorité reste de retrouver papa. Je ne peux pas me laisser distraire, le danger peut arriver n’importe quand… » Malgré les gens endormis à ses côtés, elle continue d’observer en silence la forêt déjà bruyante. De mon côté, un souvenir me revient… Même si Shana n’a jamais vécu à Hanakaze. Autour d’elle une vaste cuisine où sa mère prépare avec soin de nombreux plats. Cinq ans et quelques mois, voilà son âge à ce moment de sa vie. Observant du haut de son tabouret, le calme regard ferme de sa maman.
— Prépare cinq grammes de sel, trois de sucre et deux millilitres d’huile d’olive.
La voix de sa mère est puissante… Joyeuse, Shana tire la balance et attrape deux petites coupelles qu’elle pèse et remplit. Elle saisit ensuite un verre mesureur et verse l’huile.
— Parfait, commence à éplucher les taternias.
Elle descend de son tabouret, s’installe à table. Couteau en main, ses gestes sont lents, mais précis. « J’aime trop comme les ingrédients s’unissent… En plus, le potage sent déjà trop bon ! »
— Utilise la patte de chat !
— Euh…
— Tes doigts à l’intérieur, couteau à l’extérieur.
— Oh ! Comme monsieur Filou !
— Exact !
Alors que Shana commence à couper les légumes, me revoilà dans l’instant présent, mais ses sensations s’effacent… Le souvenir vient d’un fragment jaune… Mon Chishiki observait Shana via un autre observateur… Pour reconstituer ce qui manque il a mis certains de ses souvenirs en moi. Ma mémoire sémantique contient certainement toutes les réponses qu’il me faut… L’analyser complètement va demander du temps, il me faut réorganiser ce gigantesque puzzle.
Voyons une hypothèse : Ma naissance, celle de Hana… Elle meurt, devient mon observatrice… Ma propre mort, Hana erre pendant 384 ans… Entre-temps, Naya… si elle est bien mon Chishiki naît… Pioche dans la mémoire de Hana et me ramène en ce 21/04/420… Plausible…

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