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Hôte : Mizuki ; 06h50 – Chambre de Mizuki, maison des Ashura, Hanakaze
Mes perceptions se connectent aux sens de Mizuki. Au travers de ses paupières closes, la luminosité du soleil m’est perceptible. Tout comme la surface lisse du bois sous ses avant-bras qu’elle croise. Le vent réchauffe sa peau, agite ses courts cheveux. Soudain, ses battements de cœur ralentissent.
« Une goutte d’eau tombe, mais avant de l’apercevoir, elle a disparu pour former une flaque. Mouillant la terre, elle y disparaît en une seconde pour devenir une minute. Une heure se termine et ce qui était dissocié se rassemble dans ce monde interconnecté. » Le flux de ses pensées est plus envahissant que jamais pour mon esprit. En ce moment étrange, ma connexion avec elle est plus forte que jamais. Sa relaxation est si grande qu’elle me donne l’impression qu’elle est ce monde, comme si Mizuki et moi n’étions qu’un.
« Je suis un minuscule fragment de l’ensemble, qui de sa seule présence influence ce qui l’entoure. Un être à la fois unique, mais indissociable des autres composantes de la vie. Tout est relatif et rien n’est une certitude, car, je suis, mais pour autant je ne suis pas. » La façon dont Mizuki perçoit le monde ne semble pas humaine… Cette sensation m’est connue. « Unique et dissocié. Connecté, mais isolé. Un où tout, suis-je moi, toi, ou celle qui silencieuse dort. »
Tout disparaît à nouveau, ce vide m’envahit. Au centre, se trouve Mizuki, debout, figée. Cependant, ses yeux ont une couleur écarlate. Non, émeraude. Le haut de la pupille est rouge vif, le bas vert sombre… l’inverse… Ce n’est pas net. Elle sourit… Non pleure… Tout est étrange… Une expression de neutralité totale… Les émotions sont confuses et mélangées… Colère, joie, tristesse, solitude, ennui, rires, peur, sérénité, surprise, émerveillement, frustration, nostalgie, espoir, déception, excitation, confiance, inquiétude, gratitude, embarras, fierté, douleur, apaisement, impatience, tendresse, indifférence, admiration, doute, soulagement… Aucune…
C’est tellement étrange, ce silence… Cette absence de ressentis. Même le goût de sa salive devient inexistant… Brusquement, tout émerge dans un ressenti vivant… Un enfant baille, une brindille bouge au vent, une particule d’air qui change de sens… Une main frotte des cheveux, un oiseau s’envole au loin, un cheval hennit… Un rire, un bâillement… Loin dans les cieux, une femme aux cheveux argentés… Son regard fixé sur le monde… Qui est-elle ? Son visage me rappelle…
Le visible et l’invisible deviennent perceptibles sur le même plan. Ma propre existence intangible dans son corps… Tellement à sentir, voir, toucher, écouter, goûter percevoir, anticiper. Cela n’aura duré qu’un court instant… Juste l’espace d’une nanoseconde… Me voilà de nouveau sans hôte.
Mon vécu prouve qu’une partie de sa génétique est Eien. Pourtant, autre chose m’échappe, cette troisième existence ressentie… Une personnalité entièrement vide… Un néant total de mémoire, d’émotion, et malgré tout un stimulus sensoriel absolu… Comment peut-elle exister ? Un être non conscient, mais pleinement formé… Dans tous les cas, la seconde où cette impression de disparaître m’a touché vient de la fusion des consciences… C’est comme dormir en restant pleinement éveillé d’être l’autre. Ce phénomène, sans aucun doute est relié à la personnalité militaire des Eien. Mizuki en est donc bien une… Du moins à moitié… Serait-elle née biologiquement et non en laboratoire ? Ce serait bien plus logique au vu du fait qu’elle est à moitié Hahaoya… C’est fascinant, mais aussi effrayant pour ce monde qui n’est clairement pas prêt.
D’ailleurs personne ne l’est… même moi en ignore les implications… Mon Chishiki ne doit pas les comprendre non plus… Cela dépasse largement toutes possibilités de pronostic… Et cette femme qui est-elle ? Son nom m’échappe, mais elle vit depuis longtemps…

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