36

2 minutes de lecture

Hôte : Kuroki ; 07h00 – Forge de Hanakaze, maison des Rénard

Mes perceptions sont déjà connectées aux sens de Kuroki. Depuis son regard, me voilà à suivre les gestes de Michel, qui fait tourner son épée entre ses mains. Différents reflets apparaissent dans la lame en fonction de l’angle. Mon hôte pose ses coudes sur le comptoir, les braises dans le bas fourneau sont encore chaudes. Un relent léger remonte de son estomac.

— Je constate que tu as affûté la lame. Tu as aussi remplacé la poignée.

La joyeuse voix de Michel est enthousiaste pendant qu’il abaisse la pointe, puis effleure la poignée du bout des doigts. Sans hâte, il rengaine l’épée dans le cuir du fourreau à sa ceinture.

— Exact. Elle était usée, mais tu sais, même avec le meilleur entretien, elle va finir par se briser.

Un silence léger s’installe entre eux… Michel esquisse un sourire en coin, les yeux posés sur son arme. Moins de trois secondes… Il relève son regard vers Kuroki.

— Je sais… Papa m’a dit d’en changer, mais j’aime beaucoup cette épée.

— C’est vrai que ça date… Après tout, Kenji te l’avait offerte pour tes cinq ans. Au fait, désolé d’avoir pris du retard pour ton cadeau d’anniversaire.

Mon hôte se redresse, ses bras se croisent sur le comptoir.

— Ne t’en fais pas, je comprends que tes commandes passent en priorité.

— Je vais quand même le finir dès que possible, mais je dois encore le peaufiner.

Un éclat de contentement traverse les iris de Michel.

— Super ! Je vais aller te chercher ce minerai d’argent dans la journée.

— Merci, je compte sur toi.

Michel dirige ses pas vers la porte, un souvenir me revient… l’an 416, Kuroki lui montre différents gestes de forge. Le jeune garçon à onze ans, attentif, il observe. D’un mouvement précis, mon hôte retire une lame du bas fourneau, la place sur l’enclume. Le marteau se lève, frappe avec force, mais contrôle. Le préadolescent recule d’un pas, se bouche les oreilles en y plaquant ses mains. Kuroki répète son mouvement, et sans regarder l’enfant, frappe fortement.

— Retire tes mains ! Ici ce n’est pas un jeu… Tu dois rester attentif à tout.

Il frappe encore, Michel laisse ses mains se desserrer doucement.

— Je comprends, mais ça fait mal aux oreilles.

— Oui, c’est douloureux de supporter le son, mais il te guide pour éviter les erreurs.

— Yumi dit que ça abîme les tympans…

— En effet… Ce travail n’est pas fait pour garder une bonne ouïe.

— On ne peut pas concilier les deux ?

— Beaucoup le font et le conseillent, mais moi, je maintiens qu’il faut user de ses capacités.

— Si elle s’abîme, je ne pourrais plus les utiliser ?

— En effet, mais si tu cherches trop à les préserver, tu ne les développeras pas.

— Il faut donc souffrir pour apprendre à comprendre le son ?

— Non, mais pour mieux y résister, il faut l’écouter sans pour autant s’habituer.

Comme si cela devenait une habitude, ses sensations s’effacent… Retour à ma salle de recherche, il est temps d’ajouter des données au tableau des relations relationnelles :

Enseignant en métallurgie : Kuroki à Michel

Enseignante en herboristerie et médecine : Yumi à Mizuki…

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire MirinaIshiki ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0