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Hôte : Linda ; 07h56 – Bibliothèque de Hanakaze, maison des Mayer
Mes perceptions se connectent aux sens de Linda. Percevant immédiatement la stabilité de sa main droite, l’écriture de sa fiche zoologique se termine. Elle commence à siffler un refrain joyeux tout en écrivant rapidement le poème qui y est associé.
« Scatodidius de ton nom scientifique, mais tous t’appellent, scatodus. Certains te trouvent bizarre, mais excréments et urine sont pour toi une nourriture naturelle. Et large de trente centimètres, pour quinze de haut, te voilà rondement dodu. Les belles pâlissent parfois de la vue visqueuse de ta peau brune, mais tes courtes pattes trapues dotées de mains aux doigts préhensiles sont juste ton meilleur outil pour égaler les sapiens. Par ailleurs, ta tête ronde aux grands yeux globuleux et tes narines dilatées rappelleront bébé. Ton immense bouche comme unique orifice, te sert autant à manger qu’à pondre tes œufs ceux-ci tel une poule. Asexué et ne pratiquant l’activité qu’une fois par année, on dira de toi, mais quel sain. En moyenne, tu vis vingt ans, ton souffle rauque te protégeant et t’aidant à trouver l’amour tel un chant. Enfin, tu creuses sous nos maisons des tunnels symétriques que tu entretiens pour t’occuper de nos soucis, qui sont souvent des plus odorants. Ta langue baveuse supprimant pour nous odeurs naturelles et déjections. Alors merci à toi, gentil mammifère, qui nous permet de ne pas penser à cela. »
« J’ai peut-être un peu exagéré le style baroque… mais j’aime bien. » Linda repose sa plume… Comme pour les autres espèces, il m’est évident que le scatodus effectue un rôle écologique majeur… D’ailleurs, Mirina effectuait des recherches sur lui. C’est cohérent avec le souvenir qui m’est revenu précédemment. Un jour son badge s’est décroché de sa blouse pour tomber dans une déjection. Elle s’est penchée avec calme, tous la regardaient avec dégoût alors que sa main tenait l’objet taché. De son côté, avec tranquillité elle l’a nettoyé et raccroché à sa blouse. Voilà encore un souvenir de ma mémoire épisodique… tout est fragmenté, mais revient doucement.
Linda pose ses mains sur son bureau avec calme. « Bon ! J’ai bien mérité une petite pause. » Sa pensée vient de se mélanger à la mienne ? Non, ce n’est pas le moment. Elle se lève, marche vers l’étagère près du canapé, une pancarte en bois indique : Réservé à la bibliothécaire, ne pas toucher.
— Quel livre choisir ? « La fleur désenchantée » ou « La jeune fille égarée »… quoi que…
Sa main saisit un livre intitulé « Le temps d’une nuit ». Elle retourne s’asseoir, ouvre l’ouvrage, les premières lignes parlent d’une jeune femme seule, voyageant sur le long d’une route, un fermier au loin derrière remonte avec sa charrette. Arrivant à son hauteur, il la scrute, ses pieds nues, sa robe en lambeaux, son corps usé avant l’âge… Lui proposant une place, elle pleure, puis monte. Sur le trajet, aucun mot… les mois s’écoulent, le fermier seul, la laisse vivre chez lui, des regards, mais toujours le silence. Un soir d’orage, elle entre dans la chambre de l’homme, nue… Cet ouvrage révèle un texte érotique… Il m’est possible de sentir glisser les doigts de mon hôte dans son short, tandis qu’elle tourne la page. « J’aimerais en trouver que je n’ai pas déjà lu… même si celui-ci est un de mes préférés ! Hum, Je devrais peut-être en écrire un sans inclure mes connaissances. Bon ! J’ai encore un peu de temps avant d’ouvrir, et j’ai bien mérité ce petit moment intime. Je me souviens que la dernière fois que je l’ai fait avec un garçon c’était un peu décevant. Faut dire qu’il n’avait pas vraiment d’expérience. J’ai préféré la fois où j’ai essayé avec une fille, mais personnellement les deux me vont. Oh, ce passage est vraiment bien écrit… Je me demande si je préfère une relation stable ou essayer plusieurs partenaires ? » Ses doigts bougent lentement au rythme de sa lecture, son plaisir m’est perceptible comme s’il était mien. Toutefois, ses sensations s’effacent…
Il devient évident que la fusion de ma conscience avec celle de mon hôte se fait plus présente, cela est sûrement lié à divers facteurs, l’un étant la diminution de mon ERA restant. L’autre vient d’une volonté inconsciente d’avoir une enveloppe physique…

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