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Hôte : Mizuki ; 09h54 – Place centrale de Hanakaze

Mes perceptions se connectent aux sens de Mizuki. Son regard scrute les cheveux blancs d’un marchand à la peau entièrement noire, mais reste focalisé sur ses yeux dorés couverts d’un voile opaque. D’un coup d’œil, elle guette ses oreilles retroussées vers l’intérieur et ses narines fermées pendant qu’il passe sa main aux quatre doigts sur son cou. Derrière elle, les rires de Chloé et Tom sont présents près du stand d’un fripier… Non loin à droite, Emma regarde des articles d’un bijoutier. Pete et Tatsuya passent rapidement à sa gauche pour aller au poste de garde. Marc et Clarisse sont assis sous le porche de la boulangerie. Bien que Mizuki soit attentive à son entourage général, son observation se porte surtout sur l’homme, qui d’un geste rapide époussette sa tunique couverte de broderies. Un silence entre eux est présent malgré l’animation de la place centrale et étrangement, un prénom traverse mon esprit : Ayame, comme s’il l’avait connue. Serait-elle la mère biologique de Mizuki ? Soudain, mon hôte s’avance d’un pas. Un air sec se dessine sur le visage de son interlocuteur, qui ne bronche aucunement. Elle frotte son pied gauche au sol tout en se penchant en avant.

— Je m’appelle Mizuki Ashura ! Et vous, monsieur ?

— Tu comptes acheter quelque chose ?

— Qu’est-ce que vous vendez ?

— Divers produits artisanaux… Regarde mon étal si tu veux être fixé.

Son regard glisse sur les tissus en soie aux couleurs et teintes variées, puis sur les bijoux luxueux finement ouvragés, tous forgés dans divers métaux et possédant des formes multiples. Certaines sont des bagues en or, avec un animal en sigle gravé, d’autres ont des rubis et émeraudes incrustés. Quelques colliers, tous uniques, représentent une femme priant, un homme preux, ou encore un symbole de lys sur une épée. Elle observe distraitement les statuettes finement ouvragées, ainsi que les vêtements nobles d’une qualité réelle, mais sans quitter des yeux l’homme imposant, qui brièvement soupire, puis affiche une expression passive.

— Il y a beaucoup d’articles, mais je ne vois rien qui m’intéresse.

— C’est moi qui t’intrigue, n’est-ce pas ?

— Oui ! Vous êtes différent des gens que je connais.

— Mon nom est Meita Jikakur ! Je suis un Michiyuki !

— Meita, je m’en souviendrai.

Après un ricanement, ses lèvres s’étirent légèrement avant qu’elle ne se redresse. Derrière elle Henri patrouille… Plus à gauche, Anka vend tranquillement ses fleurs aux fleuristes ambulants qui lui sourient. Non loin, Kuroki observe l’étal d’un armurier et critique la qualité de ses articles en faisant des suggestions d’optimisation. Près de la fontaine, Paul prend un en-cas avec Amélia et Murad. Serge, de son côté, répare le toit de la fleuristerie. Bien que Mizuki reste attentive à tout, elle conserve encore son focus.

— C’est quoi ces broderies ?

— Ce sont des distinctions qui représentent mon statut social.

— Tu es épéiste ? Mon père et mon frère sont très forts !

— Mon épée est une arme de cérémonie.

— Tu es fier d’être un Michiyuki ?

— En effet.

— Je respecte ça, mais est-ce que tu peux m’en dire un peu plus ?

— Nous sommes des nomades habitant dans les zones désertiques.

— Tes yeux ont comme un voile sombre… À quoi sert-il ?

— Il permet de regarder le soleil directement.

— Pourquoi tes mains n’ont que quatre doigts ?

— Cela facilite l’utilisation de nos montures.

Soufflant légèrement, elle se rapproche encore d’un pas, mais Meita reste imperturbable.

— Ton peuple est fascinant ! Est-ce que tu pries aussi la déesse Mirina ?

— En effet ! Et oui.

— C’est cool, moi aussi !

Tandis qu’elle baisse un peu les yeux, Meita observe la place centrale d’un air intrigué. Il scrute avec calme chaque habitant que Mizuki à visualiser.

— Mon frère pense que la déesse est un concept.

— Cela ne change rien… Toutefois, je suis surpris de ne pas être surveillé.

Affichant un air joyeux, Mizuki effectue un trois cent soixante sur son pied droit.

— À Hanakaze, c’est normal de faire confiance ! Est-ce que tu comptes rester un peu ?

— J’ai d’autres endroits à visiter, mais je repasserai.

— D’accord ! On pourra discuter plus tard. Bonne chance pour tes ventes.

— Merci, on se reverra peut-être.

Elle sert la main de Meita d’une poignée ferme. Cela me rappelle une chose… Mirina disait que les Michiyuki étaient une nécessité pour former un lien dans un dialecte unique, mais inutile de penser à cela pour le moment. Tout en sifflotant doucement, elle s’éloigne en souriant par l’ouest… Moins d’une minute, elle tourne vers le sud… vingt, trente, quarante-deux mètres… Son regard observe les haies de chèvrefeuille que la brise légère fait bouger tout en avançant tranquillement. Trente secondes de plus, elle s’arrête devant deux grands piliers sculptés. Les nuages dans le ciel azur semblent figés sous son regard, mais se déplacent pourtant bel et bien.

— Je compte sur toi pour veiller sur tout le monde, Mirina ! Merci !

Derrière elle, la respiration saccadée de Tomo ainsi que ses pas rapides, qui frappent le sol en pierre.

— Mizuki ! Attends-moi !

Il court à un rythme effréné, puis s’arrête devant elle, épuisé, et pose ses mains sur ses genoux.

— Prends le temps de souffler.

Après un court instant, Tomo se relève rapidement.

— Je voulais te… remercier… encore une fois de m’avoir… sauvé du fouisseur !

— C’était il y a six mois, tu n’as pas besoin de le faire à chaque fois.

— Je sais, mais… ça m’a fait réaliser que… je devais devenir aussi fort que toi.

— Que dirais-tu d’un entraînement personnalisé demain après-midi ?

— Super ! J’ai trop hâte d’y être, mais je dois aller à l’école. À plus tard.

Repartant en sautillant, Tomo n’a cette fois pas mentionné d’être invisible. Il est possible qu’il n’ait pas ressenti ma présence ou alors, se focalisait-il trop sur Mizuki… Il est également envisageable que, comme il n’est pas mon hôte, ses pensées ne me parviennent pas… « Je devrais me dépêcher, Michel doit… » La pensée de Mizuki interrompt de suite la mienne, mais son regard bascule vers le fourré à gauche. « Je ferais mieux d’éloigner ce serpent d’abord. Il n’est pas agressif ou dangereux, mais une morsure peut arriver s’il se sent acculé. Hmm, le plus simple est de l’effrayer à distance. » Se baissant d’un mouvement calme, elle saisit une petite pierre, puis d’un geste vif du poignet, lance le projectile près de l’animal, qui fuit en toute hâte. Ses sensations s’effacent… Encore et toujours des changements d’hôte brusques, mais peu importe pour le moment.

? : ? + Ayame = Mizuki (Eien + Hahaoya) Cela me paraît logique, même si ma certitude n'est pas encore absolue…

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